On dit que les parfums sont parfois évocateurs de lointains souvenirs et on peut dire de même de la musique.

Pour mon récent anniversaire,  je me suis fait cadeau d’un superbe coffret de 18 CD, couvrant une grande partie de l’oeuvre d’Olivier Messiaen (Warner Classics 2564 62162-2, moins de 75$ sur Amazon.ca). Messiaen (1908 -1992) est l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle et celui qui a le plus marqué la musique française depuis Debussy. Son oeuvre abondante est d’une étonnante originalité, expression de sa foi profonde et de son amour de la nature. Ornithologue amateur, il était fasciné par le chant des oiseaux qu’il notait pour les intégrer à sa musique.  Il était aussi inspiré par la majesté et la mystique des montagnes, où l’humain rencontre le divin. Il se sentait très près de Saint François d’Assise, à qui il a consacré la dernière grande oeuvre de sa vie.

Catholique fervent, il a été l’organiste attitré de l’Église de la Trinité, à Paris pendant plus de 50 ans, jusqu’à sa mort . Plusieurs des pièces d’orgue qu’il a créées sont la transcription de méditations musicales qui lui ont été inspirées au cours d’offices religieux. Il a aussi écrit pour le piano, son élève et seconde épouse Yvonne Loriod étant son interprète préférée. Il composé plusieurs oeuvres vocales et orchestrales. Si le coffret ne comprend pas l’intégrale de l’oeuvre de Messiaen, il n’en constitue non moins un trésor de pièces très variées, superbement interprétées et enregistrées.

La musique de Messiaen n’est pas une musique de divertissement. Elle n’est pas fondée sur la mélodie mais sur la  juxtaposition des sons et des rythmes, comme une mosaïque de couleurs.  Elle invite au recueillement et à la prière. Elle élève l’esprit, transcende le réel en quête d’une divine lumière infinie. En intégrant des structures musicales, des rythmes et des couleurs empruntés à d’autres traditions musicales et à la nature, elle a un caractère universel. On n’entend malheureusement pas souvent ces oeuvres. C’est pourtant une des rares musiques qui pourrait nourrir notre monde que l’on dit en quête de sens et d’unité. Elle sera peut-être redécouverte par les musiciens de ce siècle.

Comme Messiaen ne composait pas de mélodies, ce n’est pas par des airs connus qu’on reconnaît sa musique mais par le style particulier et unique de ses oeuvres. L’écoute d’un des disques du coffret m’a fait vivre une expérience qui est à l’origine de cette chronique et de sa première phrase. En entendant la musique, j’avais de plus en plus l’impression de l’avoir déjà entendue. Et soudainement a émergé un souvenir vieux de plus de cinquante ans.

À l’époque,  j’étais étudiant au Collège Sainte-Marie, à Montréal, dirigé par les jésuites. Comme c’était sans doute le cas au Collège de Saint Boniface, nous avions congé les mardi et jeudi après-midi, les cours se terminant le samedi. Lorsque je revenais à la maison, la radio était toujours syntonisée sur Radio-Canada. La programmation de l’après-midi était culturelle. On y parlait d’art, de littérature et de musique dans un français impeccable. L’écoute de Messiaen a fait résonner dans ma mémoire la voix chaleureuse et passionnée de Maryvonne Kendergi, qui animait une émission sur la musique contemporaine à la fin des années ‘50. C’est par elle et les nombreux compositeurs et interprètes qu’elle a interviewés  que j’ai découvert cette musique. C’est sans doute au cours d’une de ses émissions que j’avais pour la première fois été imprégné par la musique de Messiaen que j’écoutais. Ce fut une expérience très différente de celle de reconnaître un air connu. La musique m’avait entraîné au plus profond de mon être, n’évoquant pas le souvenir d’un événement précis mais réveillant les émotions d’une semence reçue dès ma petite enfance de mes parents puis nourrie et cultivée par des passionnés de musique et de grands pédagogues comme Maryvonne Kendergi.

Professeure, musicologue, pianiste, commentatrice, Mme Kendergi est née en Turquie de parents arméniens. Elle a étudié et commencé sa carrière en France et immigré au Canada en 1952. Elle a été accueillie à Gravelbourg  Sask, où elle fut animatrice à la station radiophonique CFRG et professeure au collège Mathieu avant de s’installer à Montréal en 1956. Elle a été une figure marquante dans le vie culturelle francophone au Canada comme animatrice au secteur des émissions musicales et culturelles de Radio Canada et professeure à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, à laquelle elle demeure toujours très attachée longtemps après avoir pris sa retraite.

Ayant ouvert la boîte aux souvenirs de la Radio Canada de mon enfance, je me suis rappelé d’autres émissions qui m’ont  marqué.  Bien sur, il y a eu l’opéra du samedi et les grands concerts aux débuts de la télévision. Mais deux émissions expliquent peut-être une lointaine affection pour Saint-Boniface: Matchs inter cités et Collèges au micro. Y participaient régulièrement des équipes de Saint Boniface et du Collège de Saint Boniface, où certains de mes professeurs jésuites avaient fait leur “régence”. Je n’ai retenu aucun des noms des participants à ces émissions.  Mais je me souviens que la qualité de leur langue et leur érudition n’avait rien à envier aux participants de l’est. C’est par ces émissions que j’ai entendu parler pour la première fois du Cercle Molière.

Oui, quelques notes de musique peuvent imprégner notre mémoire et devenir la clé donnant accès à des sources profondes de notre être et à de précieux souvenirs.

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