La Liberté / Chronique classique par Pierre Meunier

DÉBUTS ÉBLOUISSANTS DE NATASHA PAREMSKI

“Vous attendiez une brunette, vous avez une blonde; elle devait être chinoise, elle est russe!” a dit avec humour Natasha Paremski, avant de jouer en rappel après son triomphe dans le Concerto no 1 de Tchaïkosvski. La séduisante blonde de 25 ans a remplacé avec brio Yuja Wang, qui a annulé une troisième fois un engagement avec l’Orchestre symphonique de Winnipeg. Née à Moscou, où elle a commencé ses études de piano à l’âge de 4 ans, Natasha Paremski a immigré aux États-Unis avec sa famille en 1995 et est devenue citoyenne américaine en 2001.

L’exécution du célèbre concerto de Tchaïkovski a mal commencé. La longue pause qui a suivi le Don Juan de Strauss, donné en ouverture de programme, a peut être refroidi les musiciens et indisposé la soliste. En plus des discours de circonstance pour lancer la 65e saison de l’orchestre, il y a eu une brève cérémonie de remise de médailles du Jubilé de la Reine à Timothy Burt, président du conseil d’administration, et Alexander Mickelthwate, directeur musical de l’orchestre, présidée par Mme Joyce Bateman, députée de Winnipeg-Centre-Sud. Les premiers accords des cuivres ont manqué de justesse et Mme Paremski raté quelques notes dans son entrée. Mais nos craintes quant à la suite de l’oeuvre ont rapidement fait place à l’émerveillement. Mme Paremski nous a éblouis par la jeunesse, la fougue, la puissance et le romantisme de son jeu.

Quel plaisir pour l’oeil de regarder jouer cette belle jeune femme!  Elle a un rapport très sensuel avec la musique qu’elle exprime par des mouvements corporels très subtils, qui se rapprochent davantage de la danse que des gestes théâtraux de nombreux pianistes: joyeux balancement des épaules dans les passages allègres, léger déhanchement quand la musique devient plus langoureuse, tension presque extatique sur les notes les plus romantiques. Le geste se marie si bien à la musique qu’il n’en détourne pas l’attention mais aide à mieux l’apprécier. Il suffit d’ailleurs de fermer les yeux pour confirmer que notre jugement n’est pas trop affecté par la beauté de la pianiste.

Longiligne et d’apparence délicate, Mme Paremski surprend par la puissance de son jeu. Aucun besoin de retenir l’orchestre, ses fortissimo résonnent à plein volume. On est moins surpris par l’extrême délicatesse de ses pianissimo. Elle a une technique irréprochable. Elle suit la cadence avec une précision millimétrique, montant et descendant les longs arpèges avec souplesse. Les mélodies romantiques sont jouées avec de beaux phrasés fluides et émouvants. Une grande partie de l’auditoire, dont certainement de nombreux habitués connaissant l’étiquette des concerts, n’a pu se retenir d’applaudir chaleureusement à la fin du premier mouvement. Le final du troisième mouvement fut tout aussi bien réussi et a soulevé l’auditoire.

Il y a longtemps que Mickelthwate a si bien dirigé un concerto. Il a maintenu un bel équilibre entre l’orchestre et le piano. On en senti la présence de l’orchestre du début à la fin avec une qualité de jeu qui ne se limitait pas seulement à accompagner mais était partie prenante de l’oeuvre.

En rappel, Natasha Paremski a interprété le troisième mouvement Prestissimo de la Sonate no 7 pour piano de Prokifiev, qu’elle a enregistrée en 2011 sous l’étiquette ARIOSO. Ce morceau de bravoure fut une démonstration époustouflante de son immense talent et de sa grande virtuosité.

Pour ceux qui ont manqué le concert ou voudraient revoir Natasha Paremski, on trouve sur Youtube une intéressante présentation du Concerto no 1, extraite d’un film de la BBC sur Tchaïkovski mettant en vedette Natasha Peremski : http://www.youtube.com/watch?v=gGGuAAduGSI. Ainsi qu’une de ses interprétations du troisième mouvement de la Sonate no 7 de Prokofiev : http://www.youtube.com/watch?v=gOQestqb-vQ

En début de concert, comme mentionné plus haut, on a entendu Don Juan, de Richard Strauss et en deuxième partie, la Symphonie no 7 de Beethoven, les deux oeuvres dirigées de mémoire par Mickelthwate. Elles ont été exécutées suffisamment bien pour ne pas déplaire, mais il ne s’y est rien passé d’exceptionnel. Mickelthwate a beau faire surabondance de gestes pour simuler une quelconque émotion, il ne réussit pas à la communiquer aux musiciens et on ne la sent pas dans la musique. Comme on l’a souvent mentionné, il semble davantage préoccupé d’épater l’auditoire par des effets frappants que de l’émouvoir par de subtiles nuances. On a particulièrement senti ce manque d’âme dans le superbe deuxième mouvement de la Septième symphonie. C’est dommage car les musiciens nous ont souvent démontré qu’ils peuvent jouer avec beaucoup de sensibilité et d’émotion. Les solistes de l’orchestre ont encore une fois été excellents.

 

Le vendredi 21 septembre 2012

Salle de concert du Centenaire, Winnipeg
Alexander Mickelthwate, chef
Natasha Paremski, piano
Don Juan, Op. 20, Richard Strauss
Concerto No.1 pour piano et orchestre en si bémol mineur, Op. 23, Piotr Ilitch Tchaïkovski
Symphonie No. 7 en la majeur, Op. 92,  Ludwig van Beethoven

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