La Liberté / Chronique classique par Pierre MeunierLa première exécution de la monumentale 7e Symphonie de Mahler, dite “Chant de la nuit”, par l’OSW était annoncée comme un événement historique et un des hauts faits de la présente saison.

Cette symphonie d’une durée d’environ 90 minutes est une oeuvre charnière dans la vie de Mahler. Elle marque la sortie d’un état dépressif et un regain d’espérance, le passage des ténèbres à la lumière, après les épreuves tragiques de la perte de son poste rémunérateur à l’Opéra de Vienne, la mort de sa fille Maria à l’âge de 4 ans et le diagnostique d’une grave maladie cardiaque qui avait obligé Mahler à réduire considérablement ses activités.

Vers 1902,  Mahler a changé son approche de la composition, délaissant la musique à programme selon la tradition établie par Beethoven et Brahms.  Les cinquième, sixième et septième symphonies sont des oeuvres purement instrumentales, rigoureusement orchestrées et au narratif très serré, dans lesquelles on peut percevoir les premiers signes de la musique abstraite du 20e siècle. Mahler n’a jamais expliqué ce changement. Il s’associait peut-être ainsi à un courant de pensée du tournant du siècle qui considérait que la vie sociale, politique et artistique de cette époque était hors de son temps et dépassée. Une musique qui reflétait sans doute aussi les tourments du début du siècle et l’espoir d’un monde meilleur à l’aube de la première guerre mondiale.

La Septième symphonie est une oeuvre colossale en cinq mouvements, très complexe, difficile à diriger, à exécuter et à comprendre. Alma Schindler, l’épouse de Mahler, a relaté que son mari a travaillé avec acharnement aux préparatifs de la création de l’oeuvre, révisant l’orchestration et se livrant avec une dangereuse intensité à plus de deux douzaines de répétitions. Bien que la première ait soulevé l’enthousiasme des musiciens et que l’oeuvre ait été rejouée dans plusieurs villes du vivant de Mahler, la Septième n’a pas connu un grand succès auprès du public.

Même si elle a été chaleureusement acclamée par l’auditoire, cette exécution de la 7e de Mahler par l’OSW (la deuxième, la première ayant été jouée la veille) ne passera pas à l’histoire et n’a pas été le haut-fait attendu. Il faut cependant rendre hommage aux  musiciens qui ont démontré beaucoup de bravoure dans leur jeu, donnant le meilleur d’eux-mêmes malgré une préparation inadéquate, non par manque de travail individuel mais par insuffisance de travail en orchestre. Le travail de mise en forme et d’interprétation d’une oeuvre orchestrale est sous la responsabilité du chef. Mickelthwate a peut-être sous-estimé le degré de difficulté de l’oeuvre et le temps requis pour en préparer une exécution convenable.

Ce que nous avons entendu avait le niveau d’une bonne lecture. Mais on s’attend à beaucoup plus de la part d’un orchestre du niveau de l’OSW. Alexander Mickelthwate en avait plein les bras à maintenir le rythme et la cohésion face à un groupe de 90 musiciens. Il n’a pas semblé avoir accordé suffisamment d’attention aux menus détails qui font la différence entre une prestation ordinaire et une performance exceptionnelle. La lecture était linéaire, presque sans accents. Les motifs mélodiques, dont plusieurs sont très beaux, n’ont pas été suffisamment mis en relief. Bien sur, cette musique est si riche que même une simple lecture, avec des crescendos, des diminuendos et des rythmes bien marqués peut épater. Cependant, Mahler n’a pas composé cette musique pour épater mais pour transmettre des sentiments, des émotions, une pensée et une vision du monde.

Sans contrôler tous les détails, Mickelthwate aurait pu rendre l’exécution plus intéressante en contrôlant mieux l’équilibre sonore des différents pupitres. Même dans les passages fortissimos, des instruments doivent parfois baisser légèrement le volume pour laisser d’autres s’exprimer. Si tous jouent en même temps au maximum de leur puissance des lignes mélodiques qui devraient se superposer et alterner, on n’entend plus que du bruit sans forme et sans couleur. Par exemple,  le quatrième mouvement, noté Andante amoroso, comporte quelques très belles lignes mélodiques jouées à la mandoline et à la guitare, qui donnent une allure de sérénade à ces passages. L’orchestre devrait alors s’effacer pour accompagner subtilement ces mélodies. Nous n’avons malheureusement entendu que quelques notes car le son de la guitare et de la mandoline était couvert par l’orchestre.  Autre exemple, le finale est une joyeuse exultation qui culmine dans un élan mystique symbolisé par une volée des cloches d’un carillon. Mickelthwate n’a pas réduit le volume de l’orchestre pour laisser les cloches dominer. On les a à peine entendues, ce qui a enlevé beaucoup de couleur et de sens à la conclusion de la symphonie. Il avait pourtant attiré l’attention sur ces deux passages de l’oeuvre dans une brève présentation avant le début du concert.

Le son était souvent déformé, provoquant parfois un tintamarre assourdissant dans les fortissimos. Comme effectif de l’orchestre était plus considérable (environ 90 musiciens), il avait peut-être trop de puissance pour l’acoustique de la salle. Une disposition différente des pupitres et l’utilisation de gradins pour les rangées du milieu et de l’arrière auraient peut-être permis d’améliorer le son.

Une des qualités que l’on doit reconnaître à Alexander Mickelthwate et qui contribue sans doute beaucoup à l’estime que lui vouent les auditoires est son sens du spectacle. Élégant,  charmeur, enthousiaste, il communique efficacement avec le public. Il sait, comme les compositeurs, qu’un accord final réussi peut conquérir un auditoire et faire oublier une piètre performance. Même si, comme nous l’avons noté, le final n’a pas atteint l’élévation voulue par Mahler, il a eu suffisamment d’effet pour provoquer une longue ovation.

 

 

 

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