Par Pierre Meunier

Pour le troisième concert de sa 40e saison, le Manitoba Chamber Orchestra a invité le réputé pianiste Marc-André Hamelin pour une cinquième fois depuis 1991. Originaire de Montréal et maintenant établi à Boston, M. Hamelin est considéré comme l’un des plus grands pianistes de notre époque et mène une carrière internationale remarquable en concert et par le disque. Il tient en très haute estime le MCO et le public de Winnipeg qui remplissait la Westminster United Church et l’a accueilli très chaleureusement.

Hamelin a donné des interprétations éblouissantes du Concerto en ré majeur de Haydn et du Concerto pour piano no 1 en do mineur de Chostakovitch qui ont émerveillé un auditoire averti et l’ont laissé bouche bée. Il est en effet difficile de trouver les mots pour décrire ce que nous avons entendu. Les longues ovations qui ont suivi les deux pièces exprimaient toute la joie et l’immense plaisir que M. Hamelin et l’orchestre, dirigé par Anne Manson, avaient réussi à communiquer à l’auditoire. À l’entracte comme à la sortie, on ne voyait que des visages aux sourires radieux et n’entendait que des mots d’admiration.

Le Concerto de Haydn n’est pas l’une des oeuvres majeures du prolifique compositeur autrichien du 18e siècle mais a connu une très grande popularité. Rattaché pendant plus de trente ans à la famille des princes Esterházy, Haydn a composé de nombreuses oeuvres de “divertissement” pour des réceptions et des concerts dans les palais de la famille. On prend toujours plaisir à écouter ces oeuvres légères, écrites avec simplicité et faciles à comprendre. Lorsqu’elles sont jouées avec finesse, elles peuvent semer la joie et le bonheur. Hamelin et Manson ont uni leurs talents artistiques exceptionnels pour en donner une superbe interprétation, légère, joviale, brillante et pétillante. Dans le premier mouvement, les notes fusent du piano comme de brillantes étincelles sous les doigts agiles de M. Hamelin pendant que les cordes jouent avec une accentuation précise et des nuances colorées. L’adagio est empreint d’un doux romantisme, sans exagération. Dans le rondo final, piano et cordes se lancent dans une joyeuse danse énergique et entraînante, inspirée d’une danse folklorique hongroise.

Le Concerto pour piano no 1 de Chostakovitch a été écrit pour piano, orchestre à cordes et trompette. L’excellent Guy Few a été invité à jouer le solo de trompette. Ce concerto en quatre mouvements, dont les trois derniers sont joués sans pause, composé en 1933, ne respecte pas la forme classique du concerto (thèmes exposés, développés et repris; trois mouvements – rapide – lent – rapide). C’est une oeuvre que Chostakovitch a composée pour mettre en valeur ses propres talents pianistiques. Il l’a lui-même jouée en concert à plusieurs reprises et l’a enregistrée en 1958. Exigeant une grande virtuosité, elle a un caractère très humoristique.

Se faisant face, Hamelin et Few ont joué ce concerto avec un plaisir manifeste et une belle complicité. La scène étant petite, il a fallu reculer l’orchestre pour faire place au piano et Mme Hanson s’est retrouvée presqu’au milieu de l’orchestre, une partie des musiciens et les solistes se trouvant derrière elle. Malgré cette position incongrue, elle est demeurée en contrôle de l’exécution et a très bien dirigé cette oeuvre complexe.

Les trois premiers mouvements font une large place au piano, permettant au pianiste de démontrer toute sa virtuosité. La trompette tente à plusieurs reprises de se faire entendre, mais le piano et l’orchestre la font taire après à peine quelques notes. Elle décide de s’introduire avec force dans le dernier mouvement et réussit même à imposer le silence au piano, qui manifeste son impatience par un fort accord discordant au milieu de la séquence. Les deux instruments se réconcilient pour entreprendre ensemble un final étourdissant. Hamelin a surmonté toutes les difficultés de l’oeuvre avec assurance et sans effort apparent. Sa maîtrise technique extraordinaire lui permet de jouer et de s’exprimer très librement. C’est un grand artiste qui fait de la très belle musique. Few affichait un sourire un peu narquois pendant les trois premiers mouvements, alors qu’il avait si peu à faire: il voulait peut-être dire au pianiste et à l’auditoire; “attendez voir!” Lorsqu’il a pris le haut du pavé au quatrième mouvement, il a fait à son tour une démonstration impressionnante de son immense talent. Son jeu emporté était clair, précis et très musical. Loin de s’effacer derrière ces solistes imposants, l’orchestre a joué avec brio

Le concert avait débuté par la création de Virtousities, une oeuvre de Dorothy Chang commandée par le MCO. “En l’honneur du 40e anniversaire du Manitoba Chamber Orchestra, j’ai eu l’inspiration d’écrire une pièce qui célèbre l’histoire de la musique et la tradition tout en embrassant aussi la nouveauté et l’innovation ‒ ce que le MCO a si bien réussi à accomplir depuis 40 ans,” explique Mme Chang. C’est une très belle composition qui a été fort bien exécutée par l’orchestre et bien reçue par le public.

En début de deuxième partie, on a entendu le Concerto con brio de José Evangelista, compositeur espagnol établi à Montréal, dont plusieurs oeuvres ont déjà été jouées par le MCO. C’est une oeuvre belle et simple inspirée de la musique de Vivaldi.  Le premier mouvement est composé d’une ritournelle jouée par l’orchestre sur laquelle se superpose un thème rythmique joué par les quatre solistes (1er et 2e violons, alto et violoncelle). C’est une forme qu’on n’entend pas souvent et qui donne un très bel effet.

Ce fut sans doute le plus beau concert présenté à Winnipeg au cours de la présente saison. La longue et forte ovation qui a marqué la fin du concert était amplement méritée, non seulement pour le jeu extraordinaire de Marc-André Hamelin et de Guy Few, mais aussi pour la performance de très haut niveau de l’orchestre et le travail remarquable de Mme Manson.

Pour rendre justice à tous ces merveilleux artistes, on aurait aimé réentendre en rappel le final du Concerto de Chostakovitch, mais à tout seigneur tout honneur, Mme Manson et M. Few ont  laissé place à Marc-André Hamelin qui a nous a ébahis avec une brillante improvisation humoristique sur Fantaisie impromptu de Frédérik Chopin.

 

Manitoba Chamber Orchestra
Le mercredi 9 janvier 2013, Westminster United Church, Winnipeg
Anne Manson, chef
Marc-André Hamelin, piano
Guy Few, trompette

Virtuosities, Dorothy Chang, première mondiale
Concerto pour piano en ré majeur Hob. XVIII/11, Joseph Haydn
Concerto con brio, José Evangelista
Concerto pour piano no 1 en do mineur op. 35
(Concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes), Dimitri Chostakovitch

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