CAMERATA NOVA
Photo : Pierre Meunier.

 

L’’ensemble Camerata Nova a terminé sa saison les 23 et 24 mai 2013 par un concert éclectique sous la direction de Mel Braun, conçu en collaboration avec le Correction Line Ensemble. Le programme, composé de onze oeuvres dont six créations, se voulait une célébration de la richesse spirituelle et culturelle du Manitoba.

Une initiative de la violoncelliste Leanne Zacharias, le Correction Line Ensemble est un groupe de musiciens unis par des liens familiaux ou d’amitié qui expérimentent, en collaboration avec d’autres, la fusion de différents genres musicaux: musique de chambre, chanson, musique contemporaine.  L’église Crescent Fort Rouge United a vibré aux sons du vent, de la terre et de l’eau, du verre et de l’acier, produits par les belles voix des chanteurs de Camerata Nova et la panoplie d’instruments hétéroclites du Correction Line Ensemble: verres, pots en terre cuite, vibraphones, cloches et autres percussions, violon et violoncelle, guitare, piano, orgue, appareils électro acoustiques.

Bien agencé, le programme évoquait, par de très beaux textes et une musique expressive, les racines spirituelles et le mysticisme de celles et ceux qui ont peuplé le territoire depuis l’arrivée des premières nations, leur adaptation à la nature, au climat et aux grands espaces des prairies, et la vitalité et la joie de vivre de la population pluriethnique qui l’habite aujourd’hui.

Le concert a débuté par un arrangement de Robert Honstein, membre du Correction Line Ensemble, du répons O lucidissima apostolorum turba, composé par la grande mystique allemande Hildegard von Bingen, qui a vécu au 12e siècle. Ce chant rend hommage à “la foule lumineuse des apôtres qui ont apporté la lumière de la vérité dans les ténèbres de l’ignorance”. La pièce est introduite par le son éthéré d’un verrillon (ensemble de verres musicaux frottés) dispersé dans l’église, soutenu pendant toute la durée de l’interprétation. L’arrangement crée une atmosphère céleste et intemporelle. Le chant de Camerata Nova était inspiré et avait une grande élévation spirituelle.

Ont suivi quatre chansons de Christine Fellows et John K. Samson dans lesquelles a été intercalé une hymne de Leonard Enns intitulée Nun danket all our God, sur une mélodie de Johann Grüger, chantée en allemand puis en anglais, évoquant l’origine germanique des immigrants mennonites maintenant anglicisés.

La première partie du concert s’est terminée par la présentation en première de Migiis: Sounds of the Whiteshell, d’Andrew Balfour. Cette pièce est une poignante évocation sans paroles de la nature de la région du Whiteshell et des “esprits anciens, humains et animaux, qui en ont imprégné la terre et les eaux”. Tous les instruments et les voix sont utilisés avec différentes techniques de percussion pour créer un environnement sonore envoûtant et parfois mystique. Certaines étaient inusitées, comme des pots en terre cuite frottés avec la main et des lames de vibraphones frottées avec un archet. Le choeur y chante des onomotapées évoquant un langage et un mode de vie oubliés.

Gérald Laroche a ouvert la deuxième partie du concert en interprétant Départ II, un rappel des longues journées de train pour y venir ou en repartir. Les montages électroacoustiques de Gérald Laroche sont fascinants et très évocateurs. Après quelques minutes, on a l’impression que tout a été dit mais la musique ne semble pas vouloir s’arrêter: loin, encore plus loin… Elle a été suivie d’une courte pièce de Robert Honstein intitulée Repose, une autre oeuvre d’ambiance sonore présentée en première par Correction Line. Plus simple que les précédentes, elle invite à la méditation dans le calme et l’harmonie.

Fasciné par Louis Riel, Andrew Balfour songeait depuis longtemps à écrire une oeuvre basée sur son histoire et ses écrits, peut-être un jour un opéra. Empire étrange est un bref oratorio qui met en lumière la foi et le mysticisme de Louis Riel par de courts extraits de ses déclarations au procès et de ses derniers écrits en prison, avant sa pendaison. Balfour a réussi à exprimer avec concision, par la musique et le choix des textes, la mission messianique que Riel avait pressentie dans ses visions. Riel ne se voyait pas comme un nouveau Messie à l’image de Jésus, mais comme le libérateur de son peuple selon la tradition juive de l’Ancien Testament (Riel considérait son second prénom David comme un signe de ses lointaines racines juives et de sa destinée), tout en demeurant profondément chrétien. Balfour a inséré en interlude une chanson de John K. Samson, Bigfoot!, composée dans un tout autre contexte mais qui évoque l’héritage de Riel aujourd’hui: “On ne va pas tout recommencer, voyez esquisser des sourires douteux, quand les visions que je voie croient en moi. Oh! les visions que je voie, ils vont croire en moi.”  L’oratorio se termine par un très beau Notre Père, dernière prière Louis Riel en chemin pour l’échafaud, et ses mots d’adieu au prêtre qui l’accompagne: “Courage, mon Père”.

La musique est de conception moderne mais tonale, agréable à l’oreille. Elle puise dans différentes traditions, notamment la musique médiévale et la musique baroque. Elle soutient très bien le texte et donne une dimension à la fois dramatique et spirituelle à l’oeuvre.

Le concert s’est terminé par un arrangement poétique et humoristique de Mel Braun intitulé Un Manitobain errant, inspiré de la chanson folklorique Un canadien errant. Craignant de ne jamais revoir sa patrie, il se met à penser à son cher Manitoba à travers une suite de chansons manitobaines célébrant ses paysages, son climat et sa culture. Un final surprenant qui célébrait la gloire des Blue Bombers en se battant avec les maringouins,  a clôturé cette belle soirée sur un éclat de rire.

 

Par Pierre Meunier

 

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