Par Pierre Meunier
 

 Colin Carr. Manitoba Chamber Orchestra
Colin Carr.

Pour clôturer la célébration de sa quarantième saison, le Manitoba Chamber Orchestra a invité le grand violoncelliste Colin Carr pour un éblouissant concert de musique de chambre, présenté à la manière dont était jouée cette musique à l’origine, le 5 juin 2013. Il ne manquait que les costumes et les perruques pour reconstituer complètement l’ambiance des salons et des cours du 18e siècle dans l’église Westminster United.

À cette époque, la musique de chambre était jouée dans des salons privés où des musiciens se rencontraient pour faire de la musique pour leur propre plaisir ou celui des invités à des banquets ou autres évènements mondains dans les salles de bal des cours impériales. Ce n’est que beaucoup plus tard que cette musique a été jouée en concert. Colin Carr a préparé ce concert comme s’il était présenté dans une petite salle où l’orchestre, formé d’un groupe d’amis jouant sans chef, disposait de peu d’espace. Debout, les violonistes entourent les violoncellistes, dont Colin Carr, qui doivent jouer assis. L’exécution repose entièrement sur le travail fait en répétition et sur la communication entre les musiciens.

Tous les membres de l’orchestre sont d’abord rassemblés pour interpréter le Divertimento en ré majeur , K136, le  premier d’une série de trois “divertissements” pour orchestre à cordes composés à l’âge 16 ans par Mozart, en 1772. On sait peu de chose sur les circonstances de la composition et de la création des ces pièces. Même si elles ne font pas partie du corps principal de l’oeuvre de Mozart, elles sont écrites avec génie, légères et enjouées. Les musiciens jouent avec entrain et bonne humeur, attentifs les uns aux autres, échangeant des regards et des sourires complices. Ce fut une exécution ravissante, bien rythmée, merveilleusement nuancée. Après quelques mesures, on est captivé par ces musiciens laissés à eux-mêmes qui jouent dans une parfaite harmonie, et emporté par la beauté de la musique.

Colin Carr a ensuite interprété le Concerto no 7 en sol majeur pour violoncelle et orchestre (2 violons, alto et violoncelle) de Boccherini. M. Carr joue avec virtuosité d’un violoncelle fabriqué à Venise par Matteo Goffriller en 1730. L’instrument est puissant, avec une sonorité riche et chaleureuse. Il sonne très bien sur toute l’étendue du registre. Les graves ont une grande profondeur d’âme, les aigus la légèreté d’un chant d’oiseau. Reconnu à la fois comme grand compositeur et violoncelliste virtuose, Boccherini a probablement composé ce concerto pour ses propres concerts, pour démontrer ses talents en composition et interprétation. On peu supposer qu’il l’a d’abord interprété à la cour d’Espagne, où il est parvenu à se faire engager sous le patronage du frère du Roi Carlos III, Don Luis de Bourbon. Boccherini a fait publier le concerto à Paris en 1770.

Le concerto a permis à Carr de faire une éclatante démonstration de son propre talent d’interprète. Il a joué avec beaucoup d’expression, surmontant sans peine les nombreuses difficultés techniques de l’oeuvre. Carr a interprété l’allegro du premier mouvement avec légèreté et vivacité, une touche toujours juste sur toute l’étendue du registre, sans aucun grincement. Dans le bel adagio, il a fait chanter son instrument avec beaucoup d’émotion, surtout dans la profondeur des graves. L’allegro final au rythme dansant, gai et entraînant, a été joué de manière éblouissante. Le petit ensemble de cordes (Karl Stobbe et Barbara Giroy au violon, Daniel Scholz à l’alto et Desiree Abbey au violoncelle) a donné un  accompagnement impeccable.

Le sextuor pour cordes Souvenir de Florence, de Tchaikovsky complétait le programme en deuxième partie. 100 ans après Mozart et Boccherini, la musique de chambre était jouée en concerts publics. En 1886, il avait proposé à la Société de musique de chambre de Saint-Petersbourg de lui dédier une nouvelle oeuvre en échange de son élection comme membre honoraire. Ce n’est qu’au retour d’un voyage à Florence en 1890 qu’il l’a complétée, d’où le titre Souvenir de Florence. Il l’a ensuite révisée en 1891 et 1892. Il y a très peu de sextuors au répertoire, car il est très difficile de faire jouer six instruments différents en harmonie de façon indépendante. Tchaikovsky était très fier d’avoir surmonté cette difficulté. Le sextuor a été composé pour 2 violons, 2 altos et 2 violoncelles. Comme cela se fait fréquemment pour obtenir un meilleur équilibre entre les parties, il a été joué par un plus grand nombre de musiciens au concert.

Jouant toujours sans chef, Carr s’étant intégré aux seconds violoncelles, les violonistes debout, l’ensemble a donné une interprétation éblouissante des quatre mouvements de ce sextuor. Le jeu avait du souffle, du mouvement, de l’entrain. Les phrasés étaient bien nuancés et les dynamiques exécutées en parfaite harmonie. L’équilibre entre les parties a été maintenu parfaitement. Ce fut un enchantement continu pendant la trentaine de minutes que dure l’oeuvre. Comme les deux précédentes, cette exécution fut longuement acclamée par un auditoire ravi.

Ce concert a couronné une saison exceptionnelle. Nous attendrons avec impatience le début de la prochaine saison qui nous promet d’autres soirées de belle musique, notamment avec le retour des pianistes Jan Lisiecki et André Hamelin, et de la soprano Suzie LeBlanc.

 

Manitoba Chamber Orchestra

Le 5 juin 2013, église Westminster United, Winnipeg

Colin Carr, violoncelle, chef et soliste

Divertimento en ré majeur, K136, Wolfgang Amadeus Mozart

Concerto no 7 en sol majeur pour violoncelle et orchestre, G 480, Luigi Boccherini

Souvenir de Florence, Sextuor pour cordes en ré majeur, op 70, Piotr Ilitch Tchaikovsky

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