Judith Yan.
Judith Yan.

Le Manitoba Chamber Orchestra ose explorer le répertoire d’œuvres nouvelles ou anciennes moins connues et rarement jouées, aborder de nouveaux genres et soutenir les compositeurs contemporains. Le premier concert de l’année 2014, dirigé par la chef canadienne Judith Yan, née à Hong Kong, présentait des œuvres contemporaines inspirées par l’intérêt de trois compositeurs pour la Chine, qui assistaient tous au concert.

Le premier, Julian Grant est un compositeur, écrivain et vulgarisateur né à Londres en 1960. Vivant maintenant aux États-Unis, il a surtout composé pour l’opéra traditionnel et expérimental.

Pendant un long séjour à Pékin, il a acquis un yangqin, instrument à cordes frappées de la famille des cithares sur table, dont il a appris à jouer. Il a composé une pièce sur cet instrument qu’il a ensuite transposée pour piano. Il a composé quatre petites pièces “satellites” pour en faire une suite de cinq pièces, à laquelle il a donné le titre Wu Dai Tong Tang (Cinq générations – une maison) nom chinois de la morelle mammée, un fruit formé de cinq protubérances ressemblant à des doigts, avec lequel les chinois font des assemblages décoratifs pour le Nouvel An. Il a ensuite adapté la suite pour un quatuor à cordes et arrangé une version augmentée pour orchestre à cordes.

La pièce n’a pas de structure logique ni de trame narrative, un peu à la manière des Gymnopédies d’Éric Satie, auxquelles Grant apparente son œuvre. La musique est un jeu subtil de nuances et de couleurs qui évoque la musique chinoise. L’orchestration est superbe, avec des effets reproduisant presque le son d’instruments chinois,  par les pulsions des coups d’archet, le martellement ou le pincement des cordes. Elle fait parfois penser à la musique des petits ensembles instrumentaux qui  improvisent dans les parcs en Chine. Judith Yan a contrôlé cet univers sonore avec précision. Les solos ont été exécutés avec beaucoup de brio par les chefs de pupitres, dont un superbe passage en quintettte.

L’occupation de Tiananmen en musique

Wang Dan est l’un des leaders étudiants qui ont été emprisonnés à la suite de l’occupation de la place Tiananmen en 1989. Pendant son séjour en prison, il a écrit quelques poèmes. Ce sont des méditations sur la vie, la mémoire, l’amitié et l’espérance. Le compositeur américain Scott Wheeler, en a fait un cycle de chants pour baryton, violoncelle et orchestre, intitulé 200 Dreams from Captivity (200 rêves en captivité), à la demande de la philanthrope américaine originaire de Taiwan  Shalin Liu. Elle a elle-même traduit les poèmes en anglais avec l’aide de Scott Wheeler.

Michael Nyby.
Michael Nyby.

Le cycle a été superbement chanté par Michael Nyby. Le jeune baryton ontarien a une voix au timbre lyrique clair et léger, bien formée, avec une tessiture très étendue. Sa diction est impeccable et il récite le texte avec beaucoup de sensibilité. Les mélodies et l’accompagnement soutiennent la narration du texte sans chercher à en illustrer le contenu ou le sens. Composée de main de maître, l’œuvre, qui était présentée en première mondiale, prendra certainement une place importante au répertoire de chants pour baryton.

Depuis son arrivée à Winnipeg en 1995, le flûtiste chinois Xiao-Nan Wang s’applique à faire connaître le dizi, une flûte de bambou chinoise. Au cours des années, il a développé un dizi chromatique en résine, ayant une plus grande capacité d’expression musicale, qui conserve certaines caractéristiques du dizi traditionnel mais permet aussi de jouer de la musique occidentale. Far Heavens (cieux lointains) a été composé expressément pour Xiao-Nan Wang et son nouvel instrument, avec accompagnement d’orchestre à cordes,  par le compositeur canadien Jim Hiscott. L’œuvre évoque le long parcours spirituel  de Xiao-Nan Wang pendant sa vie marquée par la pauvreté, l’oppression du régime politique chinois, la migration et l’intégration au Canada. C’est une œuvre d’une grande intensité émotive, qui a été interprétée avec beaucoup de virtuosité par Xiao-Nan Wang, qui maîtrise parfaitement son instrument. La musique est d’une écriture moderne, parfois atonale, souvent bruyante comme peut l’être la musique chinoise.  Elle intègre bien le timbre du dizi, qui a une couleur de son vibrante et même stridente dans les notes aigues jouées avec force.

Xiao-Nan Wang.
Xiao-Nan Wang.

La soirée s’est terminée avec la Sérénade pour cordes en mi mineur de Sir Edward Elgar. Cette courte pièce très classique et magnifiquement orchestrée a donné l’impression de retrouver le confort familier de sa maison au retour d’un long voyage dans un pays étranger. Elle a été jouée avec beaucoup d’élégance, apaisant les esprits après la tension provoquée par l’œuvre précédente.

Pierre Meunier

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