Le 23e Festival de musique nouvelle de l’Orchestre symphonique de Winnipeg (OSW), qui a eu lieu du 25 au 31 janvier 2014, a présenté une programmation hétéroclite, donnant l’impression que le festival est en quête de sa spécificité.

Le Hilliard Ensemble.
Le Hilliard Ensemble.

L’orientation et la programmation du festival semblent avoir souffert du départ de Vincent Ho, compositeur en résidence et cocurateur du festival avec Alexander Mickelthwate, de 2007 à 2013. Seulement quatre œuvres ont été créées pendant le festival de musique nouvelle, ce qui est peu pour un évènement de sept jours.

Peut-on considérer comme de la musique nouvelle une œuvre composée par Pierre Boulez il y a plus de cinquante ans et quelques autres de la deuxième moitié du XXe siècle? Les organisateurs ont fait, par ailleurs, une large place à la musique électro-acoustique de compositeurs issus de l’univers de la musique rock et de la musique expérimentale. Était-ce le choix de Matthew Patton, nouveau cocurateur du festival? Un festival de musique nouvelle organisé par un orchestre symphonique ne devrait-il pas se  spécialiser dans la musique “classique”? Le répertoire s’enrichit suffisamment chaque année d’œuvres très diversifiées pour bien remplir un programme de sept concerts.

Le festival a débuté et s’est terminé par deux grands concerts intégrés à la série Masterworks, comportant des œuvres composées ou adpatées pour orchestres symphonique. La prestation de Karl Stobbe, assistant violon solo de l’OSW, dans le Concerto pour violon (2011), du compositeur canadien Owen Pallett, a été remarquable. 48 réponses à Polymorphia (2012), de Jonny Greenwood, une suite de variations sur Polymorphia (1961) de Krzysztof Penderecki, présente un univers sonore teinté de belles couleurs, au caractère éthéré. Litanie pour solistes, chœur mixte et orchestre (1994) d’Alvo Pärt, inspirée des prières des heures de la liturgie de Saint Jean Chrysostome, a été interprétée dans une atmosphère de recueillement par le Hilliard Ensemble et les Winnipeg Singers.

La Deutshe Grammophon a demandé à des compositeurs contemporains de recomposer de grandes œuvres traditionnelles. Le compositeur Max Richter Richter a choisi les Quatre Saisons de Vivaldi. Les Quatre Saisons recomposées (2012), présentées en première canadienne au concert de clôture, ne suscitent pas le même émerveillement que l’œuvre originale et comportent quelques longueurs. Gwen Hoebig, violon solo de l’OSW qui joue à merveille les Quatre Saisons de Vivaldi, a été excellente. Le festival s’est terminé par le touchant Requiem pour Larissa (1999), de Valentin Silvestrov, avec le Mennonite Festival Chorus.

| Un manque de vision

C’est dans la programmation des concerts de la semaine qu’on a senti un manque de vision et d’inspiration. Le dimanche, le Hilliard Ensemble, qui mettra un terme à sa carrière à la fin de l’année, a donné une très belle prestation de chants a capella. L’ensemble s’est ensuite joint à la mezzo-soprano Jacqueline Horner-Kwiatek et au University of Manitoba Singers pour une présentation d’extraits du projet des guitaristes électro-acoustiques Phil Kline et Jim Jarmusch de composer un opéra sur la vie de l’ingénieur en électricité Nikola Tesla (1856 – 1943), Tesla in New-York. Kline et Jarmusch nous ont imposé une longue improvisation à la guitare électrique qui servira peut-être d’ouverture au futur opéra. Malgré la qualité des chanteurs, les quelques scènes qui ont été interprétées n’étaient pas impressionnantes. Il s’agit manifestement d’une œuvre inachevée.

Le lundi 27 janvier, le festival s’est déplacé au Pantages Playhouse pour un programme de musique pour instruments à vent et percussions par des ensembles de jeunes musiciens de l’Université de Brandon et de l’Université du Manitoba, et le Winnipeg Wind Ensemble. Ce fut un concert d’amateurs de bon niveau qui a permis aux étudiants de jouer devant leurs parents et amis qui formaient une bonne partie de l’auditoire. Il n’y a rien eu d’exceptionnel dans la brochette d’œuvres qui ont été jouées.

L’OSW était de retour à la salle du Centenaire les mardi et mercredi. On a pu entendre de belles pièces de style classique dont les créations de Three Muslings (2013) de Roydon Tse, œuvre gagnante du Prix des jeunes compositeurs du Centre de musique canadienne (Prairies) en collaboration avec l’OSW et de Eighteen Hundred and Seventy-Five (2013), une commande du Icelandic Festival of Manitoba et du consul général d’Islande au compositeur islandais Valgeir Sigurôsson.

| Du bruit sans musique

Malheureusement, le Premier mouvement de la symphonie no 14 (2008) et la Symphonie no 11 (1998) de Glenn Branca, et Deleted Poems et The Hopeless Pursuit of Remission de Venetian Snares, en première mondiale, œuvres présentées au cours de ces deux concerts, n’ont apporté aucun plaisir à l’oreille ni enrichi notre expérience musicale. Faire du bruit ce n’est pas faire de la musique, même s’il y a sans doute un public intéressé à cette musique qui se veut d’avant-garde et parfois provocatrice. Dans ce cas, le mieux est de présenter cette musique au cours de soirées qui lui sont spécifiquement dédiées, comme ce fut le cas le lundi ou le jeudi, pour un spectacle au caractère ésotérique de style nouvel âge.

Des petits films d’animation expérimentaux ont été projetés en collaboration avec la Cinémathèque de Winnipeg lors des concerts donnés par l’orchestre symphonique. C’était trop pour ces soirées déjà bien chargées. L’idée est cependant intéressante. La Cinémathèque pourrait peut-être programmer une soirée de films de musique expérimentaux dans le cadre du prochain festival.

Il est intéressant d’entendre les compositeurs présents au festival nous parler de leurs œuvres. Il faudrait cependant que ces entrevues soient mieux préparées et dirigées par de bons interviewers.

Pierre MEUNIER
On peut consulter le programme du festival en cliquant sur ce lien.

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrez votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici