La soprano Suzie LeBlanc a prêté sa belle voix à la poétesse Elizabeth Bishop pour interpréter certains de ses plus beaux poèmes, mis en musique par les compositeurs Christos Hatzis et Alasdair Mclean, accompagnée par le Manitoba Chamber Orchestra, à Winnipeg le 18 février 2013.

Suzie LeBlanc
Suzie LeBlanc

C’est de façon fortuite que Suzie LeBlanc a découvert la poésie d’Élizabeth Bishop, en furetant dans le sous-sol d’une église en Nouvelle-Écosse, en 2007.

Elle a immédiatement senti une grande affinité avec la poétesse, née à Worcester (Massachusetts).

Elle a vécu une partie de son enfance auprès de ses grands-parents maternels en Nouvelle-Écosse et y est retourné à l’âge adulte.

Sa poésie vibre de son attachement à la terre, aux couleurs et aux odeurs des provinces maritimes. L’acadienne Suzie LeBlanc a été profondément touchée par cette poésie.

Dans le cadre des célébrations du centenaire de naissance de Bishop, Suzie LeBlanc a entrepris le projet de faire mettre en musique une sélection de ses poèmes par les compositeurs Christos Hatzis, Alasdair Mclean, John Plant et Emily Doolittle, et de les enregistrer.

Le projet a été complété en 2013 par le lancement d’un coffret comprenant le CD des poèmes chantés par Suzie LeBlanc ainsi qu’un DVD sur sa traversée à pied de la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve, en suivant le trajet parcouru par Élisabeth Bishop en 1932, tel que décrit dans son journal.
Pour le concert de Winnipeg, Suzie LeBlanc a choisi d’interpréter Four Songs on Poems by Elizabeth Bishop, de Christos Hatzis et The Bishop Suite d’Alasdair Mclean.

La musique composée par Christos Hatzis colle aux mots et au sens des poèmes. Comme il n’y a pas de lien entre les poèmes, la musique est très différente pour chacun. Les trois poèmes choisis par Alasdair Mclean constituent un triptyque sur la famille et la communauté, l’amour durable et la séparation inévitable à la fin de la vie.

L’ensemble constitue une véritable suite, avec unité de style, comme une œuvre en trois mouvements, dans laquelle Mclean cherche davantage à évoquer les émotions qu’à raconter une histoire.
Chacun à leur manière, les deux compositeurs ont fait une œuvre remarquable qui prolonge la longue tradition de la mise en musique de poèmes qui a été marquée, parmi tant d’autres avant et après eux, par les Hayden, Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Debussy, Fauré ou Poulenc.

Elizabeth Bishop
Elizabeth Bishop

Les poèmes et la musique ont été mis en valeur par la magnifique interprétation de Suzie LeBlanc et l’excellent accompagnement du Manitoba Chamber Orchestra dirigé par Anne Manson.

Mme LeBlanc séduit toujours par sa beauté, sa sérénité et sa simplicité. Elle a donné une prestation à la hauteur de son immense talent.

Elle s’est appropriée la poésie d’Élizabeth Bishop, qu’elle chante avec beaucoup d’émotion.

La voix est claire et atteint les aigus sans difficulté.

La diction est impeccable : chaque mot est parfaitement articulé et bien accentué.

L’accompagnement de Hatzis doublant souvent la soliste, Anne Manson avait parfois de la difficulté à contenir le volume sonore de l’orchestre tout en respectant la dynamique de la musique. Mais Mme LeBlanc a toujours réussi à se faire entendre sans forcer la voix.

En ouverture de programme, on a entendu une pièce très intéressante du compositeur polonais Wojcieck Kilar, Orawa, composée en 1986. Orawa est le nom d’une région de la chaîne de montagnes des Carpates, que la Pologne et la Tchécoslovaquie se sont disputée. Ce mot désigne aussi un terrain en pente dont l’herbe a été fauchée.

Cette pièce dynamique pourrait tout aussi bien évoquer les forces de la nature à l’œuvre dans les montagnes que la fête populaire marquant la fin de la saison des foins.

La musique commence par un solo de violon qui semble appeler les autres instruments à se joindre à lui avec une intensification du rythme et de la dynamique à mesure que s’ajoutent les instruments jusqu’à une partie centrale mouvementée.
La pièce se termine comme elle a commencé, cette fois les instruments quittant tour à tour, le violon solo le dernier. Ce fut très bien réussi.

La soirée s’est terminée avec la Sérénade pour cordes en mi bémol majeur, op 6 de Josef Suk, élève d’Antonin Dvořák. Composée pendant les vacances d’été à l’âge de 18 ans, la Sérénade est une pièce inspirée de la Sérénade pour cordes de son maître mais démontre un style et une pensée très personnelle.

La pièce est généralement joyeuse et légère, mais dans le long adagio du troisième mouvement Suk démontre son sérieux et la profondeur de sa pensée. Anne Manson a encore dirigé ce merveilleux groupe de musiciens dans une exécution sans faille.

Pierre Meunier

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