Invité à clôturer la dernière saison du Manitoba Chamber Orchestra, le 28 mai 2014, Marc-André Hamelin a interprété le Concerto no 17 de Mozart avec tendresse et délicatesse, démontrant une grande profondeur de sentiment.

Hamelin, Marc-André (c) Chris Christodoulou

On associe trop souvent la virtuosité d’un musicien à ses prouesses techniques, particulièrement la vitesse et la puissance de son jeu. Marc-André Hamelin nous avait démontré qu’il était capable de tels éclats lors de son passage au MCO en janvier 2013, alors qu’il avait ébloui l’auditoire par des interprétations époustouflantes du Concerto en ré majeur de Haydn et du Concerto pour piano no 1 en do mineur de Chostakovitch. Mais la virtuosité, c’est aussi, et peut-être davantage, la capacité de jouer avec retenue, de pénétrer l’univers profond des sentiments, de s’effacer pour laisser éclore la beauté intrinsèque de la musique.

Mozart a composé ce concerto pour Barbara Ployer, une pianiste vraisemblablement virtuose, qui l’a joué pour la première fois lors d’un concert privé dans la maison de campagne de son oncle Gottfried von Ployer Ignaz. Elle s’était installée chez lui à Vienne après la mort de sa mère, en 1781. Elle y rencontra Mozart et devint son élève. Il lui écrivit deux concertos pour piano en 1784, le 14e et le 17e. Peut-être Mozart était-il secrètement amoureux de Barbara. Le Concerto no 17 en sol majeur, K 453 est en effet empreint d’une grande profondeur de sentiment, de tendresse et de délicatesse. Il se termine par un vif allegretto dont Mozart avait le secret, une suite joyeuse et parfois humoristique de variations sur thème très simple et accrocheur, qu’il avait même réussi à faire chanter par son oiseau de compagnie.

Marc-André Hamelin a joué le concerto comme s’il écrivait une lettre d’amour. On sentait chez lui une attention constante à choisir le bon ton, à s’exprimer dans un style sentimental, avec une retenue respectueuse de ses élans affectifs, comme s’il ne voulait pas étouffer la petite flamme d’un amour naissant ou incertain. Sa touche est tendre et délicate : on a souvent l’impression qu’il réussit à faire vibrer les cordes du piano sans les frapper, les notes s’élevant avec une douceur sublime. Hamelin a un sens exceptionnel de la ponctuation : quelle finesse dans sa façon de placer les virgules, de terminer des phrases par un point d’exclamation, d’interrogation ou des points de suspension. Hamelin ne se donne pas en spectacle. La musique émane de ses doigts agiles pendant que son corps demeure presque immobile et apparemment impassible. La musique parle par elle-même.

Anne Manson a assuré un dialogue impeccable entre l’orchestre et le piano. Mme Manson est une excellente interprète de ce répertoire. Elle a une belle complicité avec Marc-André Hamelin et ils aiment jouer ensemble. L’orchestre a comme toujours été excellent, les musiciens ayant bien harmonisé leur jeu avec celui du pianiste. Les échanges entre le piano et les bois, dans l’Andante (deuxième mouvement) étaient très touchants.

La soirée avait débuté avec la première mondiale de Nature Vectors de Glenn Buhr, une commande du Conseil des arts du Manitoba. C’est une pièce en trois mouvements qui évoque différents phénomènes de la nature : la force gravitationnelle de la terre, l’équilibre des forces naturelles, le cycle des saisons. C’est une musique d’ambiances qui invite l’auditeur à se laisser emporter dans la contemplation imaginaire de la grandeur de la nature.

En deuxième partie, nous avons entendu une très belle exécution du Divertimento pour orchestre à cordes de Béla Bartók. Cette pièce a été commandée en 1939 par le chef d’orchestre suisse Paul Sacher. Sacher a grandement contribué à enrichir le répertoire de la musique de chambre commandant de nombreuses œuvres aux grands compositeurs de l’époque, dont Igor Stravinski, Richard Strauss, Arthur Honegger et Paul Hindemith. Pour cette deuxième commande, Sacher avait demandé à Bartók de composer une pièce plus courte et plus légère que la première. Bartók a accepté mais l’œuvre ne ressemble pas du tout aux divertissements composés par Mozart et ses contemporains. Bartók a dit au sujet du titre de son œuvre: « Divertimento désigne une musique amusante, divertissante; pour ce qui me concerne celle-ci me divertit, qu’elle le fasse pour le respectable public, ce sera une autre affaire ». Les mouvements allegro trouvent une certaine légèreté dans le rythme des danses folkloriques dont s’est inspiré Bartók. Mais le compositeur, qui allait bientôt s’exiler aux États-Unis, était sans doute trop préoccupé par le climat politique d’avant-guerre pour composer un véritable divertissement et l’adagio central est plutôt sérieux et sombre. Anne Manson en a donné une solide interprétation, terminant en beauté une autre saison sans faille du MCO.

L’orchestre entreprendra sa nouvelle saison avec la soprano québécoise Karina Gauvin le 16 septembre. Elle chantera des œuvres de Händel. http://www.themco.ca/concert/manson-gauvin/

Manitoba Chamber Orchestra
28 mai 2014, Westminster United Church, Winnipeg
Anne Manson, chef
Marc-André Hamelin, piano
Nature Vectors, Glen Buhr (première mondiale)
Concerto no 17 en sol majeur, K 453, Wolfgang Amadeus Mozart
Divertimento pour orchestre à cordes, Bela Bartók

Pierre Meunier

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