Tout au long du mois de décembre, des dizaines de concerts et de spectacles de Noël sont présentés ici et là dans la ville et à la campagne, par des chorales de paroisse, d’écoles, de diverses communautés culturelles, et par les grands chœurs de Winnipeg. En voici trois qui ont retenu mon attention.

Les grands succès de Camerata Nova

Camerata Nova.
Camerata Nova.

Depuis plusieurs années Camerata Nova présente l’un des premiers concerts de Noël de la saison. L’entrée est gratuite et les auditeurs sont invités à faire un don de nourriture à Winnipeg Harvest. Cette année encore des dizaines de contenants ont été remplis lors des concerts des 22 et 23 novembre 2014, à l’église Westminster United.

Pour le concert de cette année, Camerata Nova a proposé une rétrospective de ses grands succès de Noël depuis sa fondation, dont plusieurs arrangements commandés par l’ensemble. Les partitions de plusieurs de ces arrangements sont d’ailleurs maintenant disponibles en format numérique sur son site Internet. Ce fut un concert captivant, avec des œuvres de plusieurs époques et de plusieurs pays. Camerata Nova excelle dans tous les genres, du baroque au contemporain, en musique sacrée comme en musique profane. Chacune des quelque vingt œuvres présentées ont été chantées à la perfection. Les voix très belles et justes donnent un son merveilleux. Il y a une grande cohésion au sein de cet ensemble, un esprit joyeux et une simplicité qui le rendent très sympathique. Parmi les œuvres sacrées, les interprétations d’O Magnum Mysterium, de Victoria, Hodie Christus Natus Est, de Palestrina et de Rosa Mystica, un chant marial d’une grande élévation spirituelle composé en 2003 par Andrew Balfour, ont été particulièrement remarquables, exprimant avec beaucoup de tendresse et de piété le grand mystère de la Nativité. Bien agencé, le programme permettait de passer en douceur du sacré au profane. La première partie c’est terminée dans l’hilarité avec l’arrangement très original et humoristique de Jingle Bells, par Michael McKay, qui en a présenté une version plus conventionnelle en rappel à la fin du concert. Comme le veut la tradition, l’auditoire a été invité se joindre au chœur pour chanter trois Noëls populaires.

Pour marquer son 20e anniversaire en 2015, Camerata Nova présentera la grandiose Christmette (Messe de Noël) de Praetorius. Ce sera un événement à ne pas manquer.

Gloria! avec les Winnipeg Singers et le MCI Chamber Choir

Le 6 décembre, ce fut au tour des Winnipeg Singers de présenter leur concert de Noël, également à l’église Westminster, sous le thème Sing Glory! (Chantons la gloire!), avec la participation de Tracy Dahl, soprano, de Kirsten Schellenberg, mezzo-soprano et du Mennonite Collegiate Institute Chamber Choir.

En première partie les Winnipeg Singers, dirigés par Yuri Klaz, ont chanté trois Glorias de Timothy Corlis, Glenn Buhr et Francis Poulenc. Le Gloria de Buhr est une œuvre très difficile. Le chœur en a donné une interprétation éblouissante. Chantant a capella (sans accompagnement), les chanteurs étaient répartis autour de la nef. Les voix se divisaient, se superposaient et se faisaient écho, produisant un son éthéré. La musique comporte plusieurs accords dissonants et des variations de tonalité qui constituent un grand défi pour la justesse du ton, défi que le chœur a relevé avec brio. La réverbération du son, très bien modulé et d’une grande justesse, a créé une ambiance sublime.

Les Winnipeg Singers ont ensuite donné une très belle interprétation de l’éclatant Gloria de Francis Poulenc. Tracy Dahl, dont la carrière a été ralentie par la maladie mais qui est toujours admirée par son fidèle auditoire manitobain, a chanté les solos de façon convenable. Lisa Rumpel au piano et Wes Elias à l’orgue ont été brillants dans l’accompagnement.

La deuxième partie a débuté par la présentation de quelques pièces par le MCI Chamber Choir, dirigé par Rick Heppner Muëller. Le MCI est une institution d’enseignement secondaire privée située à Gretna, sur la frontière canado-américaine. Elle compte de 140 à 160 étudiants et accorde une grande importance au chant choral. Ce chœur de très haut niveau a donné une belle démonstration de la qualité de la formation musicale donnée dans cette école par des interprétations remarquables de Locus Iste, d’Anton Bruckner et de For the Beauty of the Earth, de John Rutter. Ils ont été éblouissants dans l’interprétation rythmée et dansante de Balleilakka, une chanson de la bande sonore du film tamoul Sivaji, tourné en 2006. Cette chanson est un difficile virelangue pour qui ne parle pas le tamoul.

Les jeunes chanteurs se sont ensuite joints aux Winnipeg Singers pour conclure le concert avec une présentation très relevée du célèbre Gloria de Vivaldi. Les deux chœurs se sont fondus parfaitement dans une interprétation vive, joyeuse et lumineuse, dirigée de main de maître par Yuri Katz. Les solistes Tracy Dahl et Kirsten Schellenberg ont très bien chanté. Le petit orchestre de dix jeunes musiciens manquait malheureusement de puissance devant ce grand chœur mais sonnait très bien lorsqu’il jouait les interludes.

1000 voix ont chanté le Messie de Haendel avec l’OSW

Ivars Taurins.
Ivars Taurins.

Pour la première fois, l’Orchestre symphonique a organisé, le 12 décembre, une soirée de chant en commun du Messie de Georg Friedrich Haendel, sous la direction d’Ivars Taurins, qui incarnait le personnage de Haendel pour l’occasion. Cette soirée très attendue a presque fait salle comble en attirant plus de mille participants, dont un très grands nombre de chanteurs membres de différentes chorales de Winnipeg. Les chanteurs du Mennonite Festival Chorus, qui a chanté le Messie en concert régulier le lendemain, s’étaient dispersés dans les sections réservées aux différentes voix.

Taurins, pardon, Herr Haëndel, pour qui ce n’était pas une première, a démontré un grand talent d’acteur et d’humoriste, et a dirigé cet immense chœur avec beaucoup d’aplomb. Les chanteurs ont vécu une expérience inoubliable et ceux qui ont assisté à cette soirée comme auditeurs ont été très impressionnés par la puissance et la beauté du chant. Le format de cette soirée ne permettait pas d’interpréter l’œuvre au complet. Presque tous les numéros des première et troisième parties ont été chantés mais la deuxième a été abrégée. Quelques sauts de page nous ont rapidement menés au mémorable Hallelujah, que tous ont entonné à pleine voix et beaucoup d’énergie.

Comme en 2013, les pages orchestrales, notamment l’Ouverture et la Symphonie pastorale, étaient de toute beauté. Le quatuor de jeunes solistes canadiens est sans doute le meilleur que nous avons entendu chanter le Messie avec l’OSW depuis quelques années. La soprano Lesley Bouza, originaire de Guelph, la mezzo-soprano Aidan Ferguson, diplômée de l’Atelier lyrique de Montréal, le ténor Justin Odwak, qui poursuit sa formation à l’Université du Manitoba sous la direction de Mel Braun et le baryton Geoffrey Sirett, de Kingston, ont tous démontré de très belles qualités d’interprétation. Ces jeunes chanteurs en début de carrière n’ont pas cherché à épater par leur virtuosité. Respectant le caractère presque sacré de cette œuvre, ils ont chanté avec retenue, donnant priorité au texte avec une diction parfaite et un sens du phrasé permettant de comprendre le texte sans difficulté.

En début de soirée, la directrice exécutive de l’OSW, Mme Trudy Schroeder, avait invité les participants à faire part de leurs commentaires et suggestions suite à cette première expérience, et de dire s’ils aimeraient qu’elle soit reprise l’année prochaine. La participation enthousiaste de l’auditoire et ses applaudissements nourris à la fin, qui ont réclamé en vain une reprise de l’Hallelujah ou du chœur final Whorty is the Lamb, étaient une réponse claire que tous souhaitaient que comme dans plusieurs autres villes, le chant en commun du Messie devienne un événement annuel à Winnipeg.

Pierre Meunier

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