La réputée violoniste américaine Jeanne Lamon a mené avec inspiration les musiciens de l’Orchestre symphonique de Winnipeg dans un magnifique concert baroque le vendredi 16 janvier 2015. Ses interprétations de J.C. Bach, Mozart, Corelli et Haydn ont donné un bel aperçu de que devait être l’ambiance des concerts au XVIIIe siècle.

Jeanne Lamon.
Jeanne Lamon.

Jeanne Lamon a mis fin à une carrière de 33 ans comme directrice musicale de l’ensemble de musique de chambre Tafelmusik de Toronto en mai 2014. Elle demeurera Conseillère artistique en chef jusqu’à ce que sa succession soit assurée. Depuis qu’elle a pris la direction de ce qui n’était qu’un petit ensemble de musique de chambre en 1981, Mme Lamon l’a transformé en un orchestre professionnel de 17 musiciens réputé à travers le monde comme l’un des meilleurs orchestres baroques. Tafelmusik compte près de 80 enregistrements, dont plusieurs ont été primés. Spécialisée en musique baroque, Mme Lamon a reçu les éloges de la critique en Europe et en Amérique du Nord pour la grande qualité de son jeu et de sa direction musicale.

Madame Lamon dirige en jouant comme premier violon (ou violon solo) avec l’orchestre, comme cela se faisait habituellement à l’époque baroque. Elle se tient debout près des premiers violons et mène l’orchestre par son propre jeu, par le regard et les mouvements de son corps. Plutôt que de suivre la battue et les gestes d’un chef au pupitre, les musiciens doivent constamment s’écouter et se regarder les uns les autres. Ils ont une plus grande responsabilité dans l’exécution, dont le succès dépend de la coopération de chacun. Le rôle du “chef”, dans ce contexte, est de communiquer cet esprit de coopération aux musiciens, tout en leur faisant partager sa vision de la musique à interpréter, pendant le travail de préparation du concert. Cette façon de jouer plaît beaucoup aux musiciens, qui peuvent s’exprimer plus librement, et elle permet généralement de faire de la très belle musique, comme nous avons pu l’apprécier lors de ce concert.

Trois des compositeurs au programme, Johan-Christian Bach, Amadeus Mozart et Joseph Hayden, ont vécu à la même époque, Hayden étant né le premier en 1732 et décédé le dernier en 1809. Ils se connaissaient, se sont rencontrés et se sont influencés. Archangelo Corelli, qui est du siècle précédent (1653-1713), avait joué un rôle important dans la mise en forme de la musique concertante, que les Bach, Mozart et Hayden ont continué de perfectionner, chacun avec son génie propre.

Le plus jeune des fils de Jean Sébastien et de sa seconde épouse Anna Magdalena, Johann Christian Bach s’est fait une renommée de compositeur de musique sacrée et d’opéra. Conformément à la tradition de l’époque, tous les opéras de J. Christian Bach débutent par une ouverture sous forme de Sinfonia en trois mouvements. Celle qu’a choisie Mme Lamon, la Symphonie en sol mineur op. 6, no 6 W. C 12, se distingue par sa maîtrise du style Sturm und Drang (Tempête et passion) dans lequel il est donné libre cours à des émotions intenses pour mettre en relief le caractère dramatique de l’histoire. C’est une pièce élégante écrite avec beaucoup de raffinement et superbement orchestrée. L’orchestre en a donné une interprétation d’une très grande musicalité. La musique avait de l’allant, de l’expression, une belle accentuation. Ce fut un début de concert exquis.

Mozart a rencontré J. Christian Bach en 1764, à l’âge de 8 ans, lors d’un séjour à Londres avec son père. Mozart a reconnu que J. C. Bach avait eu sur lui une influence importante. Mozart a arrangé, les sonates opus 5 (no 2, 3 et 4) de Johann Christian Bach en concertos pour piano (K 107) et lui a rendu hommage en citant l’ouverture de La Calamita dei cuori de ce dernier dans l’Andante de son Concerto en la majeur (K 414), composé peu après la disparition de Johann Christian.

De Mozart, Mme Lamon a choisi d’interpréter le Concerto pour clarinette en la majeur, K. 622. Mozart affectionnait particulièrement la clarinette pour son ton fluide, qu’il considérait très proche de la voix humaine, l’agilité de son jeu et la facilité de l’intégrer dans le pupitre des vents de l’orchestre ou dans un ensemble de musique de chambre. Mozart a découvert la clarinette pendant son enfance et l’a utilisée dans ses compositions chaque fois que c’était possible. Le Concerto pour clarinette est l’avant dernière œuvre complète composée par Mozart. Elle demeure l’une des plus belles œuvres écrites pour cet instrument et un exemple des plus sublimes de la perfection formelle et de la profondeur de sentiment de Mozart. Le clarinettiste solo de l’OSW Micah Heilbrunn en a donné une remarquable interprétation, l’orchestre le soutenant de manière impeccable. Nous avons encore une fois été emportés par la musicalité du jeu de l’orchestre.

Après une très belle exécution du Concerto grosso en si bémol majeur, op. 6, no 5 d’Arcangelo Corelli, nous avons entendu la célèbre Symphonie no 101 en ré majeur, “L’horloge”, une des “symphonies de Londres” composées par Franz Joseph Haydn pour des séries concerts à Londres, à l’invitation du violoniste et impresario Johann Peter Salomon, en 1791 et 1794. Ces dernières symphonies ont une construction musicale sans pareil et Hayden y fait une démonstration remarquable de son talent pour le divertissement. Plusieurs ont été sous-titrées d’après le caractère évocateur d’un air ou d’un mouvement. Dans la 101, l’évocation du tic-tac d’une horloge dans le deuxième mouvement constitue le “ clou” de l’œuvre et explique le sous-titre de “L’horloge”. Ce mouvement est l’un des plus sophistiqués de Hayden, avec sa forme hybride de variation et de rondo.

Mme Lamon a obtenu une palette de son aux couleurs exceptionnellement belles et équilibrées en disposant les musiciens de façon non conventionnelle. Les violons étaient placés à gauche et à droite. Au centre se retrouvaient en “colonne” les violoncelles à l’avant, les vents au milieu et les contrebasses à l’arrière. Cette disposition a permis d’entendre beaucoup mieux le jeu des différentes sections de l’orchestre et ainsi d’apprécier davantage la qualité de l’orchestration de cette symphonie. Avec cette grande qualité du son, le jeu engagé et expressif des musiciens dans un ensemble parfait a fait de cette audition un plaisir musical inoubliable.

Orchestre symphonique de Winnipeg
Le 16 janvier 2015, Salle de concert du Centenaire
Jeanne Lamon, chef et violon
Micah Heilbrunn, clarinette

Symphonie en sol mineur, op. 6, no 6, W. C12   Johann Christian Bach
Concerto pour clarinette en la majeur, K. 622   Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto grosso en si bémol majeur, op. 6, no 5   Arcangelo Corelli
Symphonie no 101 en ré majeur, “L’horloge”   Franz Joseph Haydn

Pierre Meunier

1 COMMENTAIRE

  1. i think this is very beautiful. N:B: soeeitmms i find hard to understand the mysterious reasons why some artists manage to do « real records » and get reviews from magazines and netzine (such as « the silent ballet ») and other artists not..even when maybe the latter are better than the former…

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