Pour la dernière production de sa 75e saison, le Royal Winnipeg Ballet se tourne vers l’avenir en présentant The Fairie Queen, du chorégraphe John Alleyne, un ballet moderne inspiré d’un opéra du 17e siècle de Henry Purcell qui, malgré sa beauté, a semblé surprendre et dérouter un auditoire habitué à des productions plus classiques.

Sophia Lee and Liang Xing
Sophia Lee and Liang Xing

The Fairie Queen nous transporte dans un univers féerique où une fée espiègle prend plaisir à semer la confusion dans les amours des humains et des fées par la magie. S’y entremêlent et s’y entrechoquent l’amour et la déception, le réel et l’imaginaire, le mortel et l’immortel, la masculinité et la féminité. Le ballet a été chorégraphié par John Alleyne, d’après un scénario écrit par l’auteur dramatique John Murrell. C’est une adaptation de l’opéra The Fairy Queen de Purcell (1692), qui s’était lui-même inspiré de la pièce Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Le ballet a été créé par Ballet British Columbia, dont Alleyne était alors le directeur artistique, en 2000. Il a été présenté en tournée au Canada par Ballet BC après sa création et a été adapté pour un film produit par la CBC. Il n’avait pas été produit depuis.

Né à la Barbade et immigré au Canada en 1965, John Alleyne a été formé à l’École nationale de ballet de Toronto. Après sa graduation en 1978, il a été engagé par le Ballet de Stuggart, où il a fait ses premières chorégraphies. Il est revenu au Canada en 1984 comme premier soliste du Ballet national du Canada et chorégraphe résident de 1990 à 1992. Il a été nommé directeur artistique de Ballet BC en 1992. Ses chorégraphies de style très contemporain sont reconnues pour leur complexité technique et leur apport au développement d’un nouveau langage en ballet classique.

The Fairie Queen ne raconte pas une histoire de façon explicite et linéaire. La chorégraphie évoque la confusion des sentiments amoureux des personnages, la déception des désirs non partagés nourris par des phantasmes irréalistes et l’aspiration profonde à l’amour parfait. Seuls quelques repères nous raccrochent à l’histoire sous-jacente : l’évocation de la forêt, univers des phantasmes vécus dans l’imaginaire des dieux et des esprits; la fleur magique qui rend les personnes qu’elle plonge dans le sommeil amoureuses de qui elles verront en premier à leur réveil, que ce soit quelqu’un du même sexe ou un humain à tête d’animal; les enfants humains que la reine des fées a adoptés et qu’elle cache à son mari. Les figures sont très modernes, basées davantage sur le mouvement du corps et des poses statiques que sur l’exécution de pas de danse classiques. L’effet visuel est d’une grande beauté plastique. Cette chorégraphie met en valeur la beauté des corps et la souplesse des danseurs. Sophia Lee, Liang Xing, Sarah Davey, Dmitri Dovgoselets, Elizabeth Lamon, Ryan Vetter, Alanna McAdie et Liam Caines ont été superbes.

Le décor est constitué de deux écrans diaphanes reliés par des branches d’arbres en forme d’arche qui forment un mur en fond de scène. Dans sa blancheur dominante, il représente un lieu indéfini. Sommes-nous dans la cour intérieure d’un palais ou à l’orée d’une forêt mystérieuse? À la frontière de deux mondes, le monde des humains et celui des esprits et des fées, le monde du jour et celui de la nuit? Seule peut-être la pose statique de la fée Puck en fond de scène au lever du rideau, évoquant une statue de déesse, nous suggère-t-elle que l’action se déroulera dans la mythique Grèce antique. Les costumes, des justes au corps très moulants de couleur chair, distinguent à peine les personnages. L’éclairage conçu par Jean-Philippe Trépanier et reproduit par Gerald King crée de très belles ambiances et soulignent la beauté plastique de l’ensemble. L’évocation de la nuit dans la forêt au début du 1er acte par un ballet de lucioles est féerique.

La musique, composée par Michael Bushnell et Owen Underhill, est une adaptation de la musique originale de Purcell. Fusionnant la musique baroque et la musique moderne, elle entretient l’esprit de confusion dans lequel baigne ce ballet : ni tout-à-fait baroque, ni tout-à-fait moderne. Elle est interprétée par un petit ensemble de flûte (Jan Kocman), hautbois (Beverly Wang), basson (Alex Eastley), trompette (Isaac Pulford), violons (Gwen Hoebig et Darryl Strain), alto (Daniel Scholz), violoncelle (Yuri Hooker), percussion (Fred Liessens) et clavecin (Donna Laube). Ils ont été excellents, et particulièrement brillants dans l’évocation des multiples chants et bruits de la forêt pendant le ballet des lucioles au début du premier acte.

Le ballet et à l’affiche jusqu’au 3 mai 2015

http://www.rwb.org/whats-on/show/the-faerie-queen

Pierre MEUNIER

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