L’auditoire a vécu de belles émotions lors de la projection du film muet Le Cirque, de Charlie Chaplin, accompagné par l’Orchestre symphonique de Winnipeg, le 25 avril 2015.

Merna Kennedy et Charles Chaplin.
Merna Kennedy et Charles Chaplin.

Aux débuts du cinéma muet, les films étaient présentés avec un accompagnement musical joué au piano ou par un petit orchestre. Les grandes salles de cinéma de style art déco de l’époque comportaient un proscenium (avant-scène) ou une fosse d’orchestre. La musique était d’abord improvisée mais très tôt des compositeurs ont été invités à composer des accompagnements plus élaborés. Parmi eux, on compte des compositeurs célèbres comme Camille Saint-Saëns, Robert Stolz, Franz Lehár, Sergueï Prokofiev, Arthur Honegger, Paul Hindemith, Dimitri Chostakovitch, Erik Satie. L’invention de la bande sonore permettant une parfaite synchronisation du son et de l’image a mis fin à l’ère du cinéma muet au début des années 30 et à l’accompagnement musical en direct, mais a du même coup entraîné l’essor de la musique de film. Dans les nouvelles salles, l’avant-scène ou la fosse d’orchestre ont disparu pour faire place à des systèmes de sonorisation de plus en plus sophistiqués.

Le cinéma muet en noir et blanc avec ses sous-titres est vite disparu des écrans. Il serait sombré dans l’oubli si des passionnés de l’histoire du cinéma n’avaient fondé les premières cinémathèques pour la conservation et la restauration des films, dont les chefs d’œuvre du cinéma muet. C’est dans les salles de projection de ces cinémathèques qu’on a recommencé à présenter des films muets avec accompagnement de piano vers le milieu des années 1970. La transposition sur bande magnétique et maintenant la digitalisation des films ont permis une plus grande diffusion des œuvres et leur présentation en salles de concert avec accompagnement d’orchestre. Des chefs d’œuvre comme Le Cirque et Les Lumières de la ville, de Charlie Chaplin, Le Fantôme de l’Opéra, de Rupert Julian, Metropolis, de Fritz Lang, et Le Cuirassé « Potemkine, de Sergueï Eisenstein ont trouvé une nouvelle vie. D’abord offertes à un public d’initiés, ces projections ont suscité de plus en plus d’intérêt et font maintenant partie de la programmation de nombreux orchestres. La technologie permet même maintenant d’extraire la musique de la bande sonore de classiques du film parlant et de films contemporains et de les présenter version concert : au cours de la prochaine saison, l’OSW présentera Home Alone (Maman, j’ai raté l’avion), et les versions 1940 et 2000 de Fantasia, de Walt Disney.

Chaplin était un génie du cinéma, étant à la fois le scénariste, le réalisateur, le compositeur de la musique et l’acteur principal de plusieurs de ses films. Le Cirque raconte les péripéties de Charlot engagé malgré lui dans un cirque en déchéance dont il devient la vedette. Il apporte un peu d’humanité dans cet univers misérable et sauve le cirque de la faillite. Chaplin jette un regard tendre, humain et lucide sur ce cirque qui apparaît comme un microcosme de la société de son temps. Sa candeur, qui nous fait parfois rire aux larmes, révèle un personnage qui, dans son grand dépouillement, a le cœur tourné vers les autres. Amoureux de la fille du propriétaire du cirque, il ressent une grande peine lorsqu’il se rend compte qu’elle a été séduite par le nouvel équilibriste, beau et charmeur. Mais lorsqu’elle demande à Charlot, chassé du cirque, de l’emmener avec lui, ne pouvant lui offrir qu’une vie de misère il convaincra son rival de la demander en mariage. Invité à réintégrer le cirque qui reprend la route, il choisit de poursuivre son propre chemin le cœur joyeux.

Le film date de 1928 mais Chaplin en a composé la musique en 1967-1968 pour la réédition du film en 1970. La partition a été révisée pour des projections-concert par Timothy Brock en 2003. La projection débute avec la très belle chanson Swing Little Girl que Chaplin a lui-même composée et enregistrée pour cette réédition. Comme ses scénarisations et son jeu d’acteur, la musique de Chaplin révèle un sens très développé de l’action dramatique. Elle colle parfaitement à l’action et exprime avec beaucoup d’efficacité et de sensibilité les émotions des personnages. Les scènes burlesques sont soutenues par un rythme effréné culminant sur une accentuation éclatante des gags. La musique devient extrêmement tendre et romantique dans les moments d’intimité entre Charlot et la fille du propriétaire, avec de très beaux solos de violon. Julian Pelicano a dirigé avec précision, assurant toujours une parfaite synchronisation entre la musique et l’image.

Comme à la vieille époque, le film principal a été précédé par un court métrage, Kid Auto Races at Venice (Charlot est content de lui), tourné par Henry Lehrman à Venice, Californie, en 1914, dans lequel le personnage de Charlot est apparu pour la première fois à l’écran. La musique de Timothy Brock a été commandée par la Cinémathèque de Bologne. Le film a été tourné à l’impromptu au cours d’une course automobile pour enfants dans le cadre de la Vanderbilt Cup de 1914. Charlot s’interpose sans gêne pour faire des pitreries devant la caméra, perturbant la prise de vue de la course et la course elle-même. Une deuxième caméra capte la scène montrant Charlot devant la première caméra et les réactions public assistant à la course, qui n’étaient pas des figurants, s’offusquant d’abord du comportement de Charlot puis le trouvant de plus en plus amusant.

Pierre MEUNIER

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