Caché au bord du lac MacDonald, à Harrington, environ 120 Km au nord-ouest de Montréal, le centre musical CAMMAC accueille chaque été des centaines de musiciens amateurs au cours d’un festival de sept semaines de musique pour tous les goûts, tous les âges et tous les niveaux.

CAMMAC VUE DU LACC’est en 1953 que les frères George et Carl Little, deux musiciens professionnels résidant à Montréal, ont institué, grâce à l’appui et à la participation de leurs épouses Madeleine et Frances, le Centre musical et Festivals du Lac à la Loutre pour musiciens amateurs, près de Huberdeau dans les Laurentides. Ils ont aussi compté sur la collaboration de Mario Duchesnes, flûte à bec, et des frères Walter, violoncelle, et Otto Joachim, alto, leurs collègues de l’Université McGill et figures marquantes de la musique au Québec dans la deuxième moitié du 20e siècle, qui ont longtemps enseigné à CAMMAC. Un autre collègue de McGill, le baryton Jan Simons, a enseigné le chant pendant 50 ans et a été directeur général de 1969 à 1990. Le camp musical connait un tel engouement que le nombre de semaines passe rapidement de deux, à quatre et à huit pour se stabiliser finalement à sept. Un programme pour enfants sera ajouté pour encourager la participation des familles. En 1959, le nom de l’organisme est changé à CAMMAC, acronyme de « Canadian Amateur Musicians, Musiciens Amateurs du Canada ». Depuis deux ans, la plus jeune des filles de George et Madeleine Little, Margaret, gambiste de renommée internationale, en est la directrice générale et avait présidé le conseil d’administration pendant cinq ans à la fin des années 1990. Patricia Abbott, soprano, chef de chœur et professeur de musique vocale et chorale à McGill, en est la directrice artistique depuis quelques années.

CAMMAC n’a cessé de prendre de l’ampleur avec la mise sur pied de comités régionaux pour développer des activités locales pendant le reste de l’année. Une imposante musicothèque sert au prêt de partitions pour ces activités. Il existe présentement des comités régionaux à Montréal, Ottawa-Gatineau et Toronto. En 1968, l’organisme a acheté le Domaine des Bouleaux blancs au bord du lac MacDonald à Harrington et s’y est établi à demeure. Il a inauguré un nouveau pavillon central en 2006, après un concours d’architecture, intégrant de nombreux principes d’architecture verte et mettant en valeur une superbe salle de concert avec une excellente acoustique.

Le camp CAMMAC se distingue d’autres institutions comme le Centre d’arts Orford ou le Domaine Forget en étant ouvert à toute personne qui a le goût de faire de la musique, sans égard à son niveau de connaissance, d’expérience ou à son âge. On peut y venir seul ou en famille, en pension ou en camping. Le camp accueille des francophones et des anglophones. Le bilinguisme y est pratiqué avec intelligence et humour, dans un esprit d’ouverture et de camaraderie, avec une excellente qualité d’expression dans les deux langues. Le programme offre un très grand éventail d’ateliers, encadrés par des musiciens professionnels, permettant à tous les participants de faire de la musique à leur niveau, depuis des cours d’initiation avec la méthode Orff pour les néophytes jusqu’à des classes de maître pour les plus avancés. Chaque semaine porte sur un thème différent : un compositeur, un genre musical ou un groupe d’instruments, et comporte toujours du chant choral. Des ensembles professionnels sont invités en résidence pour donner des formations, cette année le Quatuor Alcan, le Quatuor Bozzini et le Trio Fibonacci.

Une visite fortuite lors de la dernière fin de semaine de l’été 2014 m’avait replongé dans l’ambiance joyeuse et amicale du camp CAMMAC, où j’avais passé deux semaines inoubliables il y a une vingtaine d’années. Quelle surprise d’y retrouver le même noyau de personnes dévouées et enthousiastes qui fidèlement animent ces belles semaines de musique comme dirigeants, enseignants ou participants depuis des années. Je suis reparti avec la ferme intention d’y revenir et me suis inscrit à la semaine du 2 au 9 août, consacrée à des chœurs à la française et à la musique de chambre avancée, sous la direction artistique d’Anne-Marie Denoncourt, pianiste accompagnatrice.

Sous la direction de Robert Ingari, chef de chœur et compositeur de musique chorale, professeur agrégé à l’École de musique de l’Université de Sherbrooke, nous avons exécuté le Requiem de Fauré, et sous la direction de Michel Roberge, qui fait carrière comme chef de chœur et d’orchestre en Europe et est présentement chef des chœurs de l’Opéra d’Innsbruck, chanté trois chœurs d’opéra. Ce fut un immense plaisir de travailler avec l’un et l’autre. Tout en maintenant une ambiance joyeuse et conviviale, ils n’ont eu aucune condescendance pour notre statut de chanteurs amateurs, nous poussant sans cesse au-delà de nos limites dans l’exécution et l’expression, avec un souci méticuleux du détail. Le résultat fut à la mesure du travail accompli et tous les participants avaient certainement progressé à la fin de la semaine.

Robert Ingari en répétition avec le quatuor vocal.
Robert Ingari en répétition avec le quatuor vocal.

On nous offrait aussi la possibilité de travailler en petit ensemble. J’ai pu ainsi réaliser un vieux rêve de chanter en quatuor, sous la tutelle de Robert Ingari. Il a suggéré de nous concentrer sur seulement deux courtes pièces du 16e siècle, le motet Adoramus te de Palestrina et la chanson Come Again! Sweet Love Doth Now Invite de John Dowland. Ce fut une expérience très enrichissante au cours de laquelle nous avons pu cultiver notre sens de l’écoute, notre justesse et surtout notre expressivité. M. Ingari nous a fait travailler ces pièces comme un orfèvre cisèle un bijou, attentif au moindre détail et le polissant avec soin pour en faire scintiller toutes les nuances.

Le mardi, quelques participants ont eu l’occasion d’exposer leur talent lors d’une divertissante soirée cabaret. Par la suite, les soirées ont été consacrées à des concerts de grande qualité présentés par le Trio Fibonacci, l’ensemble en résidence, et par les enseignants. Lancé au printemps 1998, le trio, formé des membres fondateurs Julie-Anne Derome, violon, et Gabriel Prynn, violoncelle, et depuis 2010 du pianiste Wonny Song, est très actif à Montréal et a effectué de nombreuses tournées à l’étranger. Wonny Song n’ayant pu venir au camp, la jeune pianiste Geneviève Jalbert, qui a accompli un travail d’accompagnement monumental au cours de cette semaine, a relevé avec brio le défi de remplacer Song lors du magnifique concert donné par le trio. Nous avons entendu de très belles prestations de la part des enseignants en chant, guitare classique, flûte et cordes, en solo et petits ensembles. Vincent Lauzer, flûte à bec, désigné révélation de l’année 2013-2014 par Radio-Canada, a démontré sa grande virtuosité dans une interprétation époustouflante de The Four Seasons and a Melting Iceberg, une œuvre composée pour lui par Matthias Maute, un compositeur, flûtiste et chef d’orchestre allemand installé à Montréal depuis plusieurs années. Le samedi, le fruit du travail accompli au cours de la semaine a été présenté dans une suite de concerts préparés par chacun des ateliers, en finissant avec les œuvres chorales.

Les semaines se terminent le dimanche matin par un concert mettant en vedette de jeunes artistes en émergence, suivi d’un brunch. Nous avons entendu le Duo Cheng2, formé des frère et sœur Bryan (17 ans), violoncelle, et Silvie Cheng (24 ans), piano. Musiciens prodiges qui se démarquent déjà individuellement et en duo sur la scène musicale internationale, ils ont interprété de façon magistrale un très beau programme d’œuvres de Gabriel Fauré, César Frank et Claude Debussy. Non seulement sont-ils des interprètes virtuoses, ils sont aussi d’excellents vulgarisateurs, s’exprimant aisément en anglais et en français, et illustrant la mise en contexte des œuvres par la projection d’images. Cette matinée a été marquée par la visite de Mme Hélène David, ministre de la Culture et des Communications du Québec, accompagnée des autorités régionale et locale.

C’est toujours avec un mélange de joie et de tristesse que se terminent les séjours au camp. Joie nourrie par le plaisir et la satisfaction d’avoir fait et entendu de la très belle musique, tristesse de quitter ce lieu vibrant et de se séparer des personnes avec qui nous avons vécu une si belle expérience, unis par l’amour de la musique. C’est pourquoi on y revient en si grand nombre tous les étés.

https://cammac.ca/fr/

Pierre MEUNIER

1 COMMENTAIRE

  1. Bravo Pierre! Cet article dépeint à merveille l’essence de Cammac. L’expérience Cammac vaut la peine d’être vécu et ne laisse que les plus merveilleux souvenirs à ceux qui y séjournent. Je suis également heureuse d’avoir échangé quelques mots et partagé le repas du midi en votre compagnie lors de mon passage un mercredi journée portes ouvertes.

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