Le Royal Winnipeg Ballet commence sa nouvelle saison avec la présentation de Giselle, l’un des plus grands ballets du répertoire classique et chef-d’œuvre de la période romantique. Les solistes et le corps de ballet ont donné un spectacle de toute beauté lors la soirée d’ouverture, le 30 septembre 2015.

Giselle, ou Les Willis, est le fruit de la convergence de multiples apports. Il y eut d’abord un poème de Victor Hugo publié en 1829, Fantômes, au sujet d’une jeune espagnole qui, par excès d’amour, danse jusqu’à en mourir. En 1835, Heinrich Heine fait une première allusion aux willis (spectres de jeunes fiancées défuntes, mi-nymphes, mi-vampires, qui poursuivent leurs fiancés pour les précipiter dans la mort) dans un recueil intitulé De l’Allemagne. Inspiré par cette légende, Théophile Gautier suggère ensuite l’argument d’un ballet à Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges, qui écrit le livret que son compatriote, Adolphe Adam, met en musique. Le ballet est créé à Paris en 1841 sur une chorégraphie de Jean Coralli et de Jules Perrot. Le grand maître de ballet Marius Petitpas, qui dominait sur la scène du ballet classique de Saint-Petersbourg à cette époque, retoucha la chorégraphie pour la production de Giselle au Théâtre impérial Mariinski en 1887, version qui a fait école.

C’est cette version que Peter Wright a suivie pour la production du RWB, un superbe spectacle qui met en pleine valeur la richesse et la beauté du ballet classique. La chorégraphie exploite une grande palette de pas difficiles, exigeant des danseurs beaucoup de virtuosité et un grand déploiement d’énergie. C’est d’ailleurs lors de la création de ce ballet que la soliste Carlotta Grisi a pour la première fois utilisé des pointes.

Le ballet comporte deux actes qui sont liés mais racontent deux histoires qui se déroulent en des lieux et des univers différents.

 

en avant plan de g à d : Evelyn Hart, Jo-Ann Sundermeier et Liang Xing
en avant plan de g à d : Evelyn Hart, Jo-Ann Sundermeier et Liang Xing

Le premier acte est campé dans un village de campagne et raconte l’histoire d’un prince volage, Albrecht, fiancé à une noble princesse, qui courtise Giselle, une belle jeune villageoise un peu naïve, sous une fausse identité. Giselle se laisse séduire malgré les mises en garde de sa mère et de son prétendant Hilarion, un garde forestier. On assiste à une fête marquant la fin des vendanges au cours de laquelle Giselle est couronnée reine du village, pendant qu’Hilarion cherche à trouver la véritable identité d’Albrecht. Il sera finalement démasqué par Hilarion, et confronté à sa fiancée, Bathilde, lorsque la cour en partie de chasse fait une pause au village. Prise de désespoir, Giselle perd la raison et meurt.

La première soliste Jo-Ann Sundermeier a été éblouissante dans le rôle très exigeant de Giselle. Originaire de Pompano Beach en Floride, elle a été membre de la compagnie de 2003 à 2013, commençant comme apprentie et se hissant au rang de première soliste en 2012. Après avoir passé deux ans au Smuin Ballet de San Francisco, en Californie, elle est de retour avec le RWB. Démontrant un sens aiguisé de l’art dramatique, elle a fait vivre son personnage avec vérité et beaucoup d’émotion. Elle a parfaitement maîtrisé une chorégraphie très complexe comportant une grande variété de pas très difficiles tout en dansant avec beaucoup de grâce.

Originaire de Pékin, le premier soliste Lan Xing, Albrecht, a d’abord dansé avec le RWB au cours de la saison 2013-14 comme artiste invité, alors qu’il était premier soliste du Ballet national de Chine. Il a accepté de demeurer avec la compagnie comme premier soliste en 2014. Son interprétation d’Albrecht était remarquable. Très athlétique et énergique, il exécute les pas sautés et acrobatiques avec une grande élégance. Il a un bon sens dramatique et donne beaucoup de crédibilité à son personnage.

Ce premier acte commande la participation de nombreux figurants dans des rôles non dansés. Le RWB a coutume d’inviter des personnalités de Winnipeg pour certains de ces rôles. La danseuse étoile Evelyn Hart, qui a fait carrière pendant 30 ans avec le RWB, a été invitée à personnifier Berthe, la mère de Giselle, qui occupe une place importante dans le déroulement de l’histoire. On a senti dans chacune de ses interventions que le feu de la danse brûle toujours dans son cœur. Madame Hart a joué ce rôle avec une grâce et une intensité émotive rappelant ses heures de gloire comme première soliste.

Le demi soliste Egor Zdor, qui a intégré la compagnie en 2012, a bien dansé et interprété le rôle d’Hilarion.

Les tableaux avec le corps de ballet sont magnifiques. Les mouvements d’ensemble, évoquant des danses populaires, exécutés avec une grande précision, produisent de très beaux effets visuels. Un enlevant pas de six anime la fête. Les solos de bravoure typiques de ces danses populaires sont bien exécutés, mais certains sont mal synchronisés avec la musique, se terminant avant l’accord de chute.

Le concepteur des costumes et du décor, Peter Farmer, a su créer une atmosphère champêtre dans une belle harmonie de couleurs automnales, magnifiquement mises en lumière par Nicholas Cernovitch.

 

les willis
les willis

Le deuxième acte se nous transporte près de la tombe de Giselle, où des spectres de jeunes vierges défuntes, les willis, habitent la nuit et poursuivent les hommes qui passent pour les entraîner dans le monde des morts en les forçant à danser jusqu’à leur dernier souffle. Le décor est obscur, une bruine mystérieuse s’élevant du sol et se transformant en spectres qui fendent l’air en une rapide et effrayante traînée lumineuse. Hilarion venu pleurer sur la tombe de Gisèle et ne réussit pas à échapper aux willis et est emporté dans le monde des morts. La reine des willis fait surgir l’esprit de Giselle pour l’initier à leurs rites. Lorsqu’Albrecht vient déposer des fleurs sur la tombe de Giselle, il est saisi par les willis et forcé de danser jusqu’à sa mort, malgré les supplications de Giselle qui demande de l’épargner. Elle révèle sa présence à Albrecht et le soutient dans sa danse jusqu’à l’aube, lorsque les esprits retournent au royaume des morts et que leurs pouvoirs cessent d’agir. Giselle disparaît dans sa tombe et Albrecht se retrouve seul et vivant.

Sundermeier a superbement dansé ce deuxième acte, donnant à son personnage un caractère fantomatique et diaphane, empreint de légèreté. Xing a pour sa part démontré de belles qualités d’acteur lorsqu’il dansait en luttant contre l’épuisement. Ensemble, ils ont exécuté de très beaux pas de deux. Le corps de ballet, formé uniquement de danseuses toutes vêtues d’un léger tissu blanc, a dansé à la perfection, créant une ambiance d’outre-tombe. La première soliste Sophia Lee interprétait la Reine des willis,

De la musique d’Adolphe Adam, compositeur français prolifique du 19e siècle qui a composé des dizaines d’opéras et d’opérettes, de multiples chansons, de la musique sacrée, et dont la musique de ballet a amorcé un renouveau du genre et influencé les Léo Delibes, Édouard Lalo, André Messager et même Tchaïkovski, il ne reste que quelques œuvres encore jouées et connues aujourd’hui, dont le ballet Giselle et le célèbre cantique Minuit chrétiens. La musique de Giselle est l’une des premières à aller au-delà de simplement donner le rythme, en établissant et maintenant une ambiance, une atmosphère, et en utilisant un motif musical comme fil conducteur. Elle est considérée encore aujourd’hui comme un chef d’œuvre qui n’est peut-être pas étranger au succès continu de ce ballet. Sous la direction de Tadeusz Biernacki, l’Orchestre symphonique de Winnipeg en a donné une très interprétation.

Le ballet et à l’affiche jusqu’au 4 octobre 2015

http://www.rwb.org/whats-on/show/giselle

 

Pierre Meunier

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