Portrait de Victoria: probablement de domaine public (photo d'un tableau d 'époque)
Portrait de Victoria: probablement de domaine public (photo d’un tableau d ‘époque)

Camerata Nova a présenté l’Officium Defunctorum de Tomas Luis de Victoria lors de son premier concert de la saison, le samedi 26 septembre 2015, à l’église St. Alphonsus de Winnipeg, en collaboration avec la Society of St. Dominic.

La Society of St. Dominic, fondée en 2005 par des laïques catholiques de Winnipeg, s’est donné pour mission “la glorification de Dieu et la sanctification des âmes par la redécouverte de la tradition contemplative catholique dans les arts, la liturgie et la vie et les écrits des saints”. Dans le contexte de cette mission, la présentation du Requiem de Victoria, considérée comme l’une des plus grandes œuvres de la Renaissance espagnole, était tout à fait appropriée.

Prêtre catholique, compositeur, maître de chapelle et organiste, Tomas Luis de Victoria est le plus célèbre polyphoniste de la Renaissance espagnole. Septième d’une famille de onze enfants, il est né à Avila vers 1548. Il perdit son père à l’âge de neuf ans. En 1558, il devint chantre de la cathédrale d’Avila où il commença ses études musicales en chant, composition et orgue. Il étudia la théologie au Collegio romano de Rome, dont Palestrina était le maître de chapelle et de chant. Ce dernier a exercé une grande influence sur les premières compositions de Victoria. Victoria succéda à Palestrina comme maître de chapelle en 1573. En 1586, il fut nommé chapelain et maître de chœur du couvent royal des clarisses déchaussées à Madrid, où vivait, retirée, la fille de Charles Quint, l’impératrice Marie d’Autriche, veuve de l’empereur Maximilien II. Il revint à Rome en 1592 pour publier ses Missae, liber secundus et retourna définitivement en Espagne en 1595. À partir de 1596, il fut le maître de chapelle et l’organiste de l’impératrice Maria à Madrid. Victoria composa l’Officium defunctorum, sa dernière œuvre et le chef-d’œuvre de sa vie, pour la messe des funérailles de l’impératrice Maria en 1603. Il continua d’exercer les mêmes fonctions auprès de sa fille Margarita jusqu’à sa mort le 27 août 1611.

 

La musique de Victoria, écrite dans le cadre de la Contre-Réforme, est marquée par sa foi catholique et s’inscrit dans certains courants spirituels espagnols prônant la simplicité et la sincérité, comme le relève Marc Vignal, dans son Dictionnaire de la Musique: “Dans cette perspective, sa musique, qui n’emprunte jamais ses thèmes au répertoire profane (…) mais seulement au plain-chant ou à des motifs dérivés de lui, reste éprise de naturel et de simplicité. (…) En fait, elle est l’équivalent exact de l’itinéraire spirituel d’une Thérèse d’Avila ou d’un Jean de la Croix.” L’Officium defunctorum est une œuvre pour 6 voix regroupant l’office des défunts et la messe de requiem. Profondément mystique, elle favorise la contemplation et la méditation. Chaque section, ou partie de section pour certaines, à l’exception du Kyrie, débute par une introduction en plain-chant par un soliste qui se développe ensuite dans une polyphonie à 3, 4 ou généralement 6 voix, qui exprime le texte de manière à en faire comprendre le sens et à en favoriser la méditation contemplative.

 

Formé de seulement 14 chanteurs (2 paires de sopranos et deux paires de ténors, 3 altos et 3 basses) chantant a capella, Camerata Nova en a donné une interprétation sublime, d’une grande élévation spirituelle. La direction était assurée depuis le chœur par le contre-ténor Ross Brownlee, qui chantait avec les altos. Le chant était mélodique et léger, le ton lumineux et très juste, la diction claire et précise. L’équilibre des voix fut toujours presque parfait. Camerata Nova a donné une touche particulière à la longue séquence du Dies Irae, chanté en mode plain-chant sans référence à un ton liturgique précis. On a ajouté un accompagnement de pédale inférieure (bourdon), chantée bouche fermée en imitant le son du didgeridoo, un instrument à vent très ancien, dont Michael Thompson, membre de Camerata Nova, est un interprète virtuose, doublée d’une pédale supérieure (cordes aigües) également chantée bouche fermée. L’effet était saisissant, mettant en contraste la crainte terrifiante du jugement dernier et l’espérance du salut par la grâce de la miséricorde divine.

Christopher Jackson: Studio de musique ancienne de Montréal.
Christopher Jackson: Studio de musique ancienne de Montréal.

 

Camerata Nova a dédié ce concert à la mémoire Christopher Jackson, spécialiste de la musique polyphonique de la Renaissance, décédé le 25 septembre 2015. Co-fondateur du Studio de musique ancienne de Montréal, qui a redonné vie à ce grand répertoire, Christopher Jackson a énormément contribué à faire de Montréal un centre de rayonnement de l’interprétation de la musique ancienne en Amérique du Nord. Il a notamment contribué au lancement de la carrière de nombreux chanteurs et musiciens, dont Daniel Taylor et Suzie LeBlanc, qu’on a souvent entendus à Winnipeg. Camerata Nova entretient des liens étroits avec le milieu de la musique ancienne de Montréal et M. Jackson devait diriger le dernier concert de la saison en avril 2016.

Pierre Meunier

1 COMMENTAIRE

  1. Merci de tous vos mots gentis, Pierre! C’etait un concert très spécial pour tous les chanteurs à cause de la musician, le mort de Chris et aussi le mort du père de Karine.

    Sandi

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