Le Mariage de Figaro, de Mozart, est l’un des opéras bouffe les plus apprécié du répertoire, considéré comme l’un des plus parfaits jamais écrit. Avec économie de moyens, l’Opéra du Manitoba réussit encore une fois à offrir un spectacle de qualité divertissant, qui a attiré une foule nombreuse lors de la première, le 21 novembre 2015.

Countess Almaviva (Lara Ciekiewicz) presents Figaro (Gordon Bintner) and Susanna (Adriana Chuchman) to her husband, Count Almaviva (Daniel Okulitch), during Manitoba Opera's production of Mozart's "Marriage of Figaro" which runs at the Centennial Concert Hall in Winnipeg November 21, 24 and 27.
Suzanne (Adriana Chuchman), Figaro (Gordon Bintner), la Comtesse (Lara Ciekiewicz) et le Comte (Daniel Okulitch).

L’opéra est inspiré de la pièce de théâtre La folle journée ou Le mariage de Figaro, de Beaumarchais. Cette pièce a été jouée à Paris le 27 avril 1784, après trois années de combats et de controverses pour sa représentation. Le Roi lui-même était choqué par cette comédie burlesque qui exposait allègrement les mœurs légères de l’aristocratie, dénonçait son mépris du petit peuple et les abus de certains seigneurs, qui se croyaient en droit d’avoir des relations sexuelles avec la femme d’un vassal ou d’un serf la première nuit de ses noces. Elle faisait en plus un héros de l’astucieux Figaro qui réussit à confondre, humilier et triompher de son maître. Beaumarchais s’est retrouvé en prison mais son œuvre a connu un immense succès populaire et aurait même contribué, selon certains, à la préparation de la Révolution française. Elle fut immédiatement traduite et s’est rapidement répandue à travers toute l’Europe. L’empereur Joseph II, frère de la reine Marie-Antoinette, a interdit la représentation de cette pièce subversive en Allemagne mais le texte s’y était répandu et Mozart en avait une copie au printemps 1785. Il y trouva enfin le sujet d’un nouvel opéra.

C’est grâce au génie musical de Mozart et à la faconde de son librettiste Lorenzo Da Ponte que cet opéra a pu être créé à Vienne malgré la controverse entourant l’intrigue. Préparé dans le plus grand secret avec l’intention ferme de le produire à Paris ou à Londres s’il était interdit par l’Empereur, Da Ponte attendit que l’opéra soit presque terminé pour le lui présenter avec adresse : il lui a expliqué que le librettiste avait supprimé et abrégé les passages les plus critiquables de la pièce de Beaumarchais, et présenté la musique de Mozart comme étant d’une beauté merveilleuse. Séduit, l’Empereur lui aurait dit “Bien : puisqu’il en est ainsi, je me fie à votre goût quant à la musique et à votre prudence quant aux mœurs. Faites donner la partition au copiste”.

Au travers des péripéties comiques de cette journée de noces, où de multiples revirements semblent vouloir empêcher le mariage de Figaro et Suzanne, Mozart explore la psychologie et les sentiments des personnages dans leurs relations interpersonnelles et amoureuses. Il leur donne ainsi un caractère très attachant et une dimension universelle et intemporelle, ces questions étant au cœur de l’humanité depuis ses origines.

Le baryton Gordon Bintner, né à Regina, diplômé de l’Université McGill, gagnant du concours Standard Life de l’OSM en 2011 et du concours de l’Ensemble du Studio de la Canadian Opera Company en 2012, dont il est toujours membre, fait ses débuts à l’Opéra du Manitoba dans le rôle de Figaro. Il a une superbe voix et une belle prestance en scène. Il chante avec beaucoup de musicalité et d’expressivité et une diction parfaite. Le soprano winnipegois Andriana Chuchman, diplômée de l’Université du Manitoba, présentement membre de Glyndebourne Opera, progresse rapidement sur la scène américaine et internationale. Elle est de retour à Winnipeg dans le rôle de Suzanne, après avoir fait ses débuts avec l’Opéra du Manitoba comme Pamina dans la Flûte enchantée en 2011. Elle chante avec une voix claire et légère, très mélodieuse, qui la sert très bien dans des rôles de jeunes filles. Elle est de plus une excellente actrice. Né à Ottawa en 1979 et ayant grandi à Calgary, le baryton basse Daniel Okulitch, le Comte, poursuit sa carrière principalement aux États-Unis et en Europe. Il a interprété Shaunard, dans La Bohème, pour l’Opéra du Manitoba en 2005. Il a une superbe voix très sonore, avec une belle diction. La winnipegoise Lara Ciekiewich, soprano, fait encore une fois sensation autant par ses qualités vocales que son jeu à ses débuts dans le rôle de la Comtesse. Alicia Woynarski, mezzo-soprano originaire de Regina, qui mène une double carrière en chant et en éducation musicale, donne une très belle interprétation du rôle travesti Chérubin, le jeune page qui est amoureux de toutes les femmes, même de la comtesse. La winnipegoise Donnalynn Grills, mezzo, qui interprète Macelline, a souffert d’une extinction de voix à la dernière minute et n’a pu être remplacée. Incapable de chanter à pleine voix, elle a interprété son texte mi parlant, mi fredonnant, de qui en a fait de façon imprévue le personnage le plus burlesque de cette représentation.

Le metteur en scène montréalais Brent Krysa, à ses débuts à l’Opéra du Manitoba, n’a cependant pas réussi à mettre en valeur le caractère comique et socialement corrosif de cet opéra bouffe. Quelques scènes font rire, mais dans l’ensemble la production a davantage l’allure d’une comédie gentille que d’une satire abrasive. L’effet burlesque doit venir d’une exagération du caractère des personnages pour les mettre en contraste, du jeu comique des acteurs et de l’effet de surprise des revirements. Ces ingrédients manquent dans cette production.

La scénographie est aussi un élément important pour définir le caractère d’une production. Celle-ci a été créée par Pacific Opera Victoria et l’Opéra de Calgary pour des représentations en 2014 et 2015. Le décor est constitué sur les côtés de jeux de grandes portes tambour à quatre ailes qui peuvent être mises en rotation. Une porte ornementale vitrée en fond de scène évoque l’opulence du palais du Comte. Quelques accessoires suffisent à préciser les différents lieux de l’action. Ce décor offre plusieurs possibilités pour la création d’effets comiques, comme l’utilisation des portes tournantes pour certains revirements de situation, qui auraient pu être exploitées davantage. Les costumes, empruntés au Royal Winnipeg Ballet, ne définissent pas de manière suffisamment exagérée les principaux personnages. Ils ne reflètent pas l’immense écart entre le statut socio-économique de l’aristocratie et celui du petit peuple qui est à son service, la fatuité des membres de la noblesse en opposition à la simplicité non dénuée d’intelligence des petits.

Malgré tout, grâce à la grande qualité du chant et au superbe accompagnement de l’Orchestre symphonique de Winnipeg, dirigé par Tadeusz Biernacki, cette production est indéniablement un succès musical qui ne manque pas d’intérêt.

Le Mariage de Figaro sera présenté de nouveau le mardi 24 novembre à 19 h et le vendredi 27 novembre à 19 h 30.

http://www.manitobaopera.mb.ca/operas/marriage-of-figaro.html

Pierre Meunier

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