Six ans après ses débuts, Jean-Marie Zeitouni était de retour à Winnipeg le 13 novembre 2015, pour diriger un concert de l’Orchestre symphonique de Winnipeg mettant en vedette le trompettiste Joe Burgstaller. Zeitouni a fait briller l’orchestre dans un programme où trompettes et cuivres ont résonné avec éclat.

 

zeitouni2Né à Montréal de parents égyptiens, Jean-Marie Zeitouni a d’abord été formé Conservatoire de musique de Montréal. Son expérience comme chef de chœur, chef d’orchestres de chambre et symphonique, et directeur d’opéras, lui permet de maîtriser un grand répertoire, depuis la musique baroque jusqu’à la musique contemporaine. Il est présentement directeur musical du Festival de musique et du Centre des arts de la musique du Colorado et directeur musical de l’orchestre de chambre I Musici de Montréal. Il a récemment terminé des engagements comme directeur musical de l’Orchestre symphonique de Colombus, en Ohio, et comme chef invité principal de l’ensemble Les Violons du Roy avec lequel il a donné 250 concerts en Amérique du Nord au cours des 13 dernières années. Il s’est aussi retrouvé à la direction musicale du programme “Opera as Theatre” du Centre des arts de Banff, chef associé et maître des chœurs à l’Opéra de Montréal ainsi que directeur musical de l’Atelier lyrique de Montréal. Il a gagné le Prix Juno de l’album classique de l’année – Solo ou orchestre de chambre, pour l’album Piazzola enregistré avec les Violons du Roy en 2006. Il a fait ses débuts avec l’OSW le 13 novembre 2009.

Le concert a débuté avec une œuvre composée en 2011 par le canadien John Estacio. Brio: toccata et fantaisie pour orchestre est une pièce qui ressemble à une ouverture d’opéra. Zeitouni, un ami du compositeur, a en donné une magnifique interprétation. Il a un sens aiguisé de la narration, entraînant l’orchestre dans de très beaux phrasés, bien accentués, bien rythmés et bien ponctués. On a senti l’expérience du chef de chœur, très attentif à la sonorité et à l’équilibre des voix. Les nuances sont très belles, exécutées avec sensibilité. Les crescendos se terminent toujours en équilibre, sans distorsion sonore. Il a réussi à engager les musiciens dans sa vision de l’œuvre et ils ont joué avec tout le brio que cette pièce demandait. L’auditoire a été séduit et a répondu avec une ovation d’une intensité exceptionnelle pour une ouverture de programme, qui a forcé M. Zeitouni à revenir saluer.

Nous avons entendu ensuite le Concerto pour trompette et orchestre en mi-bémol majeur de Johann Nepomuk Hummel. Compositeur du tournant du 19e siècle (il est né en 1778 et décédé en 1837) Hummel était un enfant prodige qui a rencontré Mozart et est devenu son élève à l’âge de 8 ans. C’était un pianiste virtuose qui a publié une méthode de clavier qui s’est vendue en milliers d’exemplaires. En tant que compositeur, il était considéré par plusieurs comme un nouveau Beethoven, avec qui il a d’ailleurs entretenu une amitié qui a connu des hauts et des bas. Quand Hummel est décédé, plusieurs ont considéré que la période classique était morte avec lui. En effet, il n’avait pas suivi les traces de Mozart et Beethoven sur la voie du romantisme, si bien que malgré une grande renommée de son vivant, sa musique a été mise au rancart après sa mort. Composé en 1803 pour le même soliste à qui Haydn avait dédié son célèbre Concerto pour trompette, ce concerto est une œuvre de divertissement demandant beaucoup de dextérité et de souplesse. On pense que c’est grâce à cette œuvre que Hummel aurait obtenu le poste convoité que Haydn avait occupé pendant plus de trente ans à la cour des Esterházy, en 1804.

jbLe trompettiste américain Joe Burgstaller a ébahi l’auditoire par son électrisante virtuosité et sa grande musicalité. Il a été époustouflant. M. Burgstaller a fait des tournées sur tous les continents comme soliste et comme clinicien pour ses classes de maître novatrices pour les instrumentistes de tout genre intitulées “Change Your Mind, Change Your Playing®” (Changez votre pensée, changez votre jeu). Il est professeur distingué au Peabody Institute de l’université Johns Hopkins de Baltimore où il enseigne la trompette et la musique de chambre. Il a été membre de l’ensemble Canadian Brass pendant huit ans. Il fut l’un des solistes les plus populaires de tous les temps des Columbia Artists’ Community Concerts, donnant plus de 60 récitals par année. Trois de ses enregistrements ont atteint le Top 10 Billboard.

M. Burgstaller fait sonner sa trompette avec clarté et justesse. Son jeu est très éloquent, avec une articulation parfaite et des phrasés bien liés et nuancés, même dans les passages les plus difficiles. Zeitouni a dirigé de façon magistrale, maintenant un parfait équilibre sonore dans une conversation très intéressante avec le soliste. L’orchestre a joué sans complexe, répondant avec brio aux défis que lui lançait la trompette, particulièrement les cuivres, dont le son était éclatant. Acclamés longuement après cette brillante exécution, M. Burgstaller et l’orchestre ont donné une émouvante interprétation du magnifique tango Oblivion, d’Oscar Piazzola. Burgstaller a joué avec beaucoup de lyrisme, l’orchestre assurant un discret mais beau fond sonore au chant de la trompette.

En deuxième partie, M. Zeitouni a dirigé la très belle suite orchestrale avec piano du ballet Petrouchka, d’Igor Stravinski. Rappelant que Stravinski avait vécu à Paris, où Petrouchka a d’ailleurs été composé et créé, il a dédié cette représentation à la mémoire des victimes des attentats de Paris, survenus quelques heures plus tôt en ce vendredi 13 novembre.

Le ballet émouvant raconte comment une fête du mardi gras à Saint-Pétersbourg a été brusquement interrompue par la destruction de la marionnette Pétrouchka. Un magicien avait animé trois marionnettes d’un théâtre ambulant : Pétrouchka, un Maure et une ballerine. Une violente dispute éclate entre Petrouchka et le Maure, choqué par l’amour que Petrouchka manifeste envers la ballerine dont il est le maître. Il menace violemment Pétrouchka qui s’enfuie sur la place publique, poursuivi par le Maure et la ballerine qui tente de le calmer. Le Maure rattrape Petrouchka et le tue d’un coup de sabre. La foule est sous le choc. Le magicien tente en vain de faire comprendre qu’il ne s’agit que d’une poupée sans âme mais la foule se disperse bouleversée et attristée. Se retrouvant seul avec la poupée brisée, le magicien voit apparaître le fantôme de Petrouchka sur le toit du théâtre de marionnettes et s’enfuit apeuré par cette vision qui semble briser la frontière entre l’imaginaire et le réel.
La musique de Petrouchka évoque avec beaucoup de réalisme les différentes scènes du ballet, qui étaient identifiées par des surtitres. L’OSW a une longue expérience d’accompagnement de ballets avec le Ballet royal de Winnipeg, que Zeitouni, qui a l’expérience de l’opéra, a pu mettre à profit pour réaliser une interprétation vivante, émouvante, bien rythmée et d’une grande intensité dramatique. Le pianiste David Moroz a été excellent au piano. L’auditoire a encore une fois été soulevé par cette très belle exécution qui concluait une superbe soirée de musique. Il l’a manifesté par une très longue et chaleureuse ovation.

Ce n’est plus un secret que la direction de l’OSW a entrepris le processus de planification de la succession d’Alexander Mickeltwate à la direction artistique de l’orchestre. M. Zeitouni mérite certainement d’être inscrit à la liste des chefs à considérer.

Orchestre symphonique de Winnipeg
Salle de concert du Centenaire, le 13 novembre 2015
Jean-Marie Zeitouni, chef
Joe Burgstaller, trompette
David Moroz, piano

Brio: toccata et fantaisie pour orchestre                                John Estacio
Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur    Johann Nepomuk Hummel
Petrouchka, ballet en quatre Tableaux (version de 1947)       Igor Stravinsk

Pierre Meunier

 

 

 

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