À gauche, Julian Pellicano, (crédit : WSO) ; à droite, John Wiens (crédit : JohnWiens.com).

Julian Pellicano, chef en résidence de l’Orchestre symphonique de Winnipeg depuis 2013, a patienté longtemps avant de se voir confier la direction d’un concert des grandes séries classiques. Sa première présence au pupitre, le 15 décembre 2017, a été une belle réussite.

par Pierre MEUNIER

Julian Pellicano est né dans une famille originaire du Sud de l’Italie qui a immigré aux États-Unis dans les années 1950. Autodidacte, il a commencé à jouer le piano à l’âge de cinq ans, la batterie à 8 ans et a été initié à l’accordéon par son grand-père.

Il a été admis au Peabody Conservatory comme percussionniste même s’il n’avait pas suivi une formation classique. Il a poursuivi ses études au Collège royal de musique de Stockholm, en Suède, et à la Yale School of Music, où il a été membre du Yale Percussion Group. Il a étudié la direction d’orchestre comme fellow à la Yale School of Music.

Pellicano s’est fait connaître lors de la création, avec le Dr Paul Lehman, d’une nouvelle version du Ballet Mécanique de George Antheil. Il a créé plus d’une quarantaine d’œuvres de compositeurs américains depuis 2005. Il est l’un des deux chefs du Norfolk Contemporary Ensemble, de la faculté de musique de l’université Yale, depuis 2008.

Maintenant à sa cinquième année avec l’OSW, il dirige la majorité des concerts Pops et des concerts jeunesse. Au cours de la saison 2017-2018 il a participé à la première édition du Ciclo de Música Contemporánea, à Oviedo, Espagne, était de retour au Louisiana Philharmonic en janvier 2018 pour la présentation du film Jurassic Park et a dirigé pour la première fois l’OSW pour les productions The Princess and the Goblin et Casse-noisette du Ballet Royal de Winnipeg.

Il aura probablement à prendre plus de responsabilités en attendant l’arrivée du nouveau directeur musical après le départ d’Alexandre Wickelthwate à la fin de cette saison, tout en continuant de promouvoir sa carrière comme chef invité.

Pellicano s’était bien préparé pour ce concert et a dirigé avec assurance et efficacité, demeurant en contrôle du début à la fin. Son interprétation était sobre et l’exécution très soignée.

Il a bien exprimé le sens et le caractère dramatique de l’œuvre, sans rechercher des effets exagérés pour épater l’auditoire, notamment dans les numéros les plus rapides. Il a un style discret qui ne détourne pas l’attention sur sa personne et ne craint pas de laisser aller les musiciens lorsqu’ils jouent de façon inspirée.

Pour cette production, l’OSW a institué le Chœur de l’Orchestre symphonique de Winnipeg dont la direction a été confiée à John Wiens.

Originaire du Manitoba, M. Wiens est revenu récemment à Winnipeg après un long parcours de perfectionnement qui l’a conduit en Belgique, au Maroc et à Montréal, pour diriger le chœur de la St. Matthias Anglican Church de Westmount et l’ensemble Bellechose. Il a travaillé avec Robert Ingari, Andrew Megill et le regretté Christopher Jackson, une sommité de la musique ancienne. Il est directeur artistique de Polycoro, co-chef de Camerata Nova et directeur de la musique à la St. Michael and All Angels Anglican Church.

Le chœur de l’OSW a donné une performance de haut niveau, très musicale et inspirée. La diction était parfaite, bien qu’on ait perçu des signes de fatigue dans le final. Mais cela n’a pas entaché la qualité d’ensemble de la prestation.

Les solistes provenaient tous de chœurs professionnels de Winnipeg. Le soprano Jane Fingler est membre de Camerata Nova depuis plusieurs années. Elle chante aussi avec les ensembles Polycoro et Canzona. Elle a étudié le chant à l’Université du Manitoba avec Donna Fletcher et a complété son baccalauréat en 2014.

Le haute-contre Daniel Peasgood se produit sur la scène musicale de Winnipeg depuis 17 ans. Il a été membre de plusieurs ensembles dont les Winnipeg Singers, Camerata Nova, Canzona, The Canadian Chamber Choir, Antiphony, et, plus récemment, Polycoro. En 2015, il a chanté dans Cendrillon, de Massenet, avec le Manitoba Underground Opera. Il a aussi chanté dans la récente production des Vêpres de Monteverdi du Ballet royal de Winnipeg.

Le doyen du quatuor, le ténor Peter John Buchan, fait du chant choral depuis qu’il s’est joint au chœur d’hommes et enfants de la All Saint’s Church en 1979. Il a chanté comme choriste avec la plupart des grands ensembles de Winnipeg, dont les Winnipeg Singers et Camerata Nova, a été soliste avec le Manitoba Chamber Orchestra et sur le réseau national de la CBC.

Il a participé aux concours Rose Bowl et Tudor Bowl du Festival de musique de Winnipeg. Il s’est produit au Millennium Centre de Londres et à la cathédrale Saint-Guy de Prague. En 2005, il a été le soliste invité au Festival d’hiver de Reykjavik. Il a aussi récemment participé à des opéras produits par Winnipeg’s Musical Offering et la Little Opera Company.

Le batyton Kris Kornelsen a été soliste et choriste avec les Winnipeg Singers et Canzona. Il a aussi été invité par le Manitoba Chamber Orchestra, le Mennonite Oratorio Choir et le Winnipeg Philharmonic Choir. Il a été soliste pour Le Messie de Haendel, La Création, de Hayden, La Passion selon Saint-Jean et La Passion selon Saint-Mathieu de Bach. Il est membre du quatuor vocal mixte Encore.

Une qualité que l’on retrouve généralement chez des chanteurs choristes expérimentés est un contrôle parfait de la voix, afin de bien s’harmoniser avec le chœur et de ne pas percer l’ensemble. Ils ont aussi habituellement une excellente diction. Nous nous attendions donc à ce que ces solistes chantent sans forcer la voix et avec une excellente diction.

Peter John Buchan a donné une performance exceptionnelle, chantant d’une voix limpide et très musicale, très bien modulée et projetée sans effort. Sa diction fut impeccable. Tout son texte a été intégralement proclamé avec clarté et sensibilité. Nous avons pu le comprendre sans effort d’attention.

Ce fut l’une des meilleures performances que nous avons entendues depuis quelques années, qui nous a rappelé celle du soprano Jennie Such dans la production du Messie de 2016 sous la direction de Tania Miller.

Malheureusement, la performance de M. Buchan n’a pas inspiré les autres solistes. Jane Fingler et Daniel Peasgood ont semblé ne pas faire confiance à la qualité naturelle de leur voix.

Habitués à chanter dans des espaces plus petits comme les églises, où les chœurs se produisent habituellement, ils ont peut-être craint que leur voix manque de puissance et ne remplisse pas la salle. La propagation du son ne dépend pas de la force de la voix mais de la qualité de la modulation.

Leur chant n’a pas été mauvais, mais la musicalité et surtout la diction ont malheureusement été sacrifiées dans leurs efforts de chanter avec plus de puissance.

Plus expérimenté, Kris Kornelsen a chanté d’une voix assurée et bien placée, très musicale, mais a eu lui aussi des problèmes de diction qui ont rendu plusieurs passages de son texte inintelligibles.

01Le travail de Julian Pellicano a cependant permis d’avoir une exécution d’ensemble d’excellente qualité, maintenant l’intérêt du début à la fin. Ce fut somme toute une belle réussite.

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