Angel Blue (Violetta) et Adam Luther (Alfredo) crédit: Robert Tinker

Le soprano américain Angel Blue est l’étoile incontestée de la production de La Traviata, de Giuseppe Verdi, présentement à l’affiche à l’Opéra du Manitoba, dans le rôle de Violetta. Rarement a-t-on vu une artiste incarner un personnage avec autant d’authenticité et de crédibilité et donner une prestation aussi dominante.

Une chronique de Pierre MEUNIER

Angel Blue vit un début de carrière professionnelle fulgurant. Elle est reconnue pour son timbre magnifique et son intense présence en scène. Elle fascine par l’agilité et la beauté cristalline de sa voix dans les aigus et la couleur riche et chaleureuse de son registre inférieur. Après à peine huit ans de carrière, elle a chanté dans plus de 35 pays, s’établissant comme l’une des meilleures cantatrices de sa génération. Elle excelle autant en concert qu’à l’opéra. Elle est devenue l’une des vedettes des BBC Proms. Elle a chanté avec les grands orchestres des États-Unis, d’Europe, d’Israël et de Corée. Elle déjà fait ses débuts avec les plus prestigieuses compagnies d’opéra, dont le Metropolitan Opera, le Royal Opera House, la Scala de Milan et le Staatsoper im Schiller Theater de Berlin. Elle a une personnalité exceptionnelle. Pendant ses études musicales en Californie, elle a été élue Miss Hollywood 2005, première dauphine de Miss California 2006 et Miss Nevada 2007. C’est un grand privilège de pouvoir l’entendre à Winnipeg.

Mme Blue s’impose dès sa première entrée en scène, lorsqu’elle apparaît en haut de l’escalier, au retour de sa prestation au cabaret dont elle est la vedette. Fatiguée mais radieuse dans son costume de scène, elle descend avec grâce et sensualité pour gagner ses appartements. Elle ne cessera par la suite de nous éblouir par la beauté et la sensibilité de son chant, l’intensité et la vérité de son jeu. Elle est Violetta, la reine du Paris des plaisirs. Elle, qui se sait condamnée par la tuberculose, proclame à ses admirateurs (et aux auditeurs dans la salle):« Je veux partager ma joie avec vous tous; tout dans la vie est folie sauf le plaisir. Réjouissons-nous, l’amour est rapide et fugitif. C’est une fleur qui naît et meurt, et dont on ne peut toujours jouir. Réjouissons-nous puisqu’une voix charmante, fervente nous y invite. » Alors qu’on vient de lui présenter Alfredo qui lui déclare un amour auquel elle succombera, ces paroles sont prophétiques de la suite de leur relation et du triste sort qui les attend.

Débuts très décevants pour le ténor canadien Adam Luther, qui interprète le rôle d’Alfredo. Après un premier acte au cours duquel il avait donné une excellente prestation, en particulier dans le duo où, se retrouvant seul avec Violetta, il lui déclare son amour auquel elle lui répond ne pouvoir l’accepter à cause de son caractère volage, on a annoncé qu’il était malade mais qu’il avait accepté de poursuivre jusqu’à la fin de l’opéra. Il a dû chanter à voix retenue au cours du deuxième acte, mais il n’avait plus de voix au troisième. On a pu suivre les dialogues grâce aux sous-titres. Son jeu n’a pas été affecté par son malaise et sa présence en scène a permis de maintenir l’intensité dramatique jusqu’à la fin.

Avec un soprano aussi dominant, il n’était pas facile pour les autres chanteurs de se faire valoir. Le mezzo Brabara King (Flora, amie de Violetta), le baryton Howard Rempel (Marquis d’Aubigny, ami de Flora), le baryton Andrew Love (Baron Douphol, protecteur de Violetta), le baryton David Watson (le médecin de Violetta) et le baryton James Westman (Germont, le père d’Alfredo), tous Canadiens, ont été excellents, sans chercher à briller.

Le chœur, préparé par Tadeusz Biernacki, dont c’est la 35e saison à l’Opéra du Manitoba, a été superbe, particulièrement dans les chœurs très rythmés des scènes de fête. Dans la deuxième scène du deuxième acte, les petits chœurs chorégraphiés des bohémiennes et des matadors, regroupant des membres du chœur, est amusant. De toute évidence, ces dames et ces messieurs ne sont pas des danseurs. Leurs pas et déhanchements sont plutôt maladroits, mais effectués avec le sourire.

Cette production de La Traviata est un projet conjoint de l’Opéra du Manitoba, de l’Opéra d’Edmonton, de Pacific Opera Victoria, de l’Opéra de Vancouver et de l’Opéra de Montréal. La mise en scène a été assurée par le montréalais Alain Gauthier, qui fait ses débuts à l’Opéra du Manitoba, et Tyrone Paterson dirige l’Orchestre symphonique de Winnipeg. La construction des magnifiques décors a été effectuée par l’Opéra d’Edmonton, sous la direction de Tim Yakimec. Les costumes et accessoires ont été conçus par Christina Poddubiuk et confectionnés par Pacific Opera Victoria. Kevin Lamothe a géré l’éclairage.

La Traviata sera présentée de nouveau le mardi 17 avril à 19 h et le vendredi 20 avril à 19 h 30, à la Salle de concert du Centenaire, Winnipeg.

 

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