Crédit photo: Andriana Chuchman et Tracy Dahl

À l’invitation du Manitoba Chamber Orchestra, on a eu l’impression de se retrouver dans des soirées musicales entre amis avec les sopranos Tracy Dahl et Andriana Chuchman, le 21 mars 2018, puis avec la flûtiste virtuose Lucie Horsch, 18 ans, revenue nous éblouir de son jeu exceptionnel, le 24 avril 2018, deux ans après ses débuts au MCO en mai 2016.

Une chronique de Pierre MEUNIER

Au cours des années 1980 à 2010, le soprano colorature Tracy Dahl a brillé sur la scène internationale, s’imposant comme l’une des divas de son époque dans les maisons d’opéra les plus réputées. Ralentie par la maladie en 2010, elle mène toujours une carrière active au Canada et aux États-Unis et n’a rien perdu de sa virtuosité. Élève de Tracy Dahl à l’Université du Manitoba au début des années 2000, Andriana Chuchman est une étoile montante du monde de l’opéra, s’imposant par la beauté de sa voix et ses talents d’actrice exceptionnels.

Toutes deux ont leur lot d’admirateurs qui sont accourus en grand nombre pour profiter de cette occasion unique de les entendre au cours d’un même concert. Alors qu’on s’attendait à ce qu’elles chantent en alternance, avec quelques duos, elles ont tout interprété ensemble, tantôt en duo, tantôt à l’unisson. Elles ont fait preuve d’une telle complicité qu’on avait l’impression d’avoir devant nous la mère et la fille. Elles ont chanté Mozart, Vivaldi, Saint-Saëns et Debussy. Les deux voix magnifiques se mariaient très bien et aucune n’a cherché à se distinguer. Tracy Dahl a démontré qu’elle avait encore une voix et qu’elle pouvait brillamment exécuter des arpèges avec virtuosité et projeter des aigus impressionnants. Andriana Chuchman était radieuse et expressive, mais sans excès. Démontrant respect et admiration pour son ainée, elle a fait preuve de retenue pour ne pas éclipser Tracy Dahl par l’éclat de sa jeunesse.

En ouverture de concert et pour donner des temps de repos aux solistes, Anne Manson a dirigé de très belles interprétations d’Airs d’Espagne, de José Evanglelista, de la Symphonie no 17 en sol majeur, K 129, de Mozart et de la Symphonie no 65 en la majeur, Hob. 1 :65, de Joseph Haydn.

Malgré son jeune âge, Lucie Horsch est considérée comme l’une des meilleures flûtistes baroques (flûte à bec) de l’heure. Elle a atteint une maîtrise technique ahurissante de son instrument et une maturité musicale exceptionnelle tout en maintenant la fraîcheur et la simplicité de sa jeunesse.

Elle a interprété avec brio le Concerto en ré mineur BWV 1059, de Jean-Sébastien Bach, le Concerto en fa majeur, RV 433 “La Tempeste di Mare”, d’Antonio Vivaldi, et le Concerto en fa majeur, de Giuseppe Sammartini.

Le concerto de Bach aurait d’abord été composé pour hautbois. Il a été construit en rassemblant et adaptant divers éléments de symphonies et cantates. En jouant d’une flûte soprano, Lucie Horsch a donné à la pièce écrite en ré mineur un caractère joyeux et lumineux, permettant de mieux en apprécier la virtuosité.

Le Concerto en fa majeur de Vivaldi est le premier des six concertos pour flûte de l’Opus 10, publié en 1728. Depuis quelques décennies, les compositeurs italiens délaissaient la flûte baroque en faveur de la flûte traversière, qui s’imposait par sa modernité. Cependant, quelques flûtistes virtuoses, dont l’allemand Johann Joachim Quanz, ravivèrent l’intérêt des compositeurs, dont Vivaldi, qui entreprit de composer l’Opus 10. Le caractère sombre et orageux de l’Allegro et du Presto justifient certainement le sous-titre le l’œuvre, Tempête en mer. En jouant cette fois d’une flûte alto, Lucie Horsch a accentué le caractère sombre de la pièce écrite fa majeur.

Giuseppe Samartini fut davantage reconnu comme le meilleur hautboïste européen de son époque que comme compositeur, étant surclassé à ce titre par son jeune frère Gionanni Battista. Samartini a été solo de l’orchestre de l’opéra de Milan avant de s’établir en Angleterre où il a joué dans les orchestres rassemblés par Haendel pour ses séries de concerts au King’s Theatre. Il a éventuellement été engagé au service exclusif du Prince de Galles. Son Concerto en fa majeur est une pièce de virtuosité pyrotechnique pour flûte soprano que Lucie Horsch a interprété avec une aisance stupéfiante, se méritant une longue ovation de l’auditoire ébahi.

Entre les concertos, l’orchestre, dirigé par Anne Manson, a donné des interprétations divertissantes et raffinées de la Sérénade pour cordes op. 11, de Dag Wiren et de la Symphonie no 28 en do majeur, K200/189K de Mozart.

La Sérénade pour cordes est l’œuvre pour laquelle le prolifique compositeur suédois Dag Wiren, décédé en 1986, est aujourd’hui reconnu. Cette sérénade est un hommage à Mozart. Sa réputation s’est établie quand le thème accrocheur de la marche du quatrième mouvement a été choisi comme trame musicale de l’émission sur les arts Monitor qui a connu une longue carrière sur la BBC.

Au début de la deuxième partie, le MCO a présenté la première canadienne de Baroque Melting, de la compositrice canadienne Vivian Fung, dont la présentation programmée le 13 décembre 2017 avait été reportée. C’est une brève pièce humoristique où des thèmes baroques sont exposés puis déformés et tordus comme un objet de cire soumis à la chaleur. C’est une expérience amusante dont l’exécution fut parfaitement réussie.

 

 

 

 

 

 

 

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