Crédit photo: Daniel Crump

Le Ballet royal de Winnipeg a terminé sa 78e saison avec éclat en présentant l’électrisant Carmina Burana, une de ses productions les plus populaires, Sérénade, un chef-d’œuvre de Balanchine, et la première mondiale de For Bye and About, du jeune chorégraphe Philippe Larouche.

Chronique de Pierre MEUNIER

Carmina Burana (Poèmes ou Chants de Beuern), est un recueil de poèmes et de chansons du 13e siècle découvert en 1803 à l’abbaye de Benediktbeuern, en Haute-Bavière. Comprenant 315 poèmes profanes ou religieux, au caractère souvent satirique et grivois, en latin médiéval, avec certains extraits en moyen haut-allemand ou en ancien français, composés majoritairement par les goliards (des ecclésiastiques défroqués et des étudiants vagabonds), il a été publié en 1847 par Johann Andreas Schmeller. Lorsque Carl Orff a découvert ces textes dans les années 1930, il en a immédiatement perçu le caractère théâtral. Il en a choisi 24 pour construire une cantate évoquant les plaisirs d’une vie libertine. L’œuvre a connu un immense succès dès sa création et est toujours l’une des plus populaires du répertoire orchestral, choral et de ballet.

Carl Orff a conçu Carmina Burana comme une œuvre dans laquelle la musique, le chant et la danse forment un tout intimement lié et cohérent. La présentation de cette œuvre selon la vision de Carl Orff exige un important déploiement de musiciens, de chanteurs et de danseurs qui en fait une entreprise onéreuse. La popularité de l’œuvre a conduit à des versions simplifiées, mettant l’accent sur la musique orchestrale, sur le chant ou sur la danse, selon la perspective du producteur : des orchestres la jouent en version concert avec des effectifs choraux réduits; des chœurs, pour qui cette œuvre présente un grand défi, la chantent avec accompagnement de piano seulement; des compagnies de ballet la produisent avec un accompagnement minimum. La version de Mauricio Wainrot présentée par le RWB est intégrale, avec orchestre et chœur. Elle a été commandée et créée par le Ballet royal de Flandre en 1998. Elle a été intégrée au répertoire du RWB en 2002.

La perspective de la chorégraphie de Wainrot n’est pas narrative. Il ne met l’accent sur le texte mais plutôt sur l’ambiance et le caractère des cinq parties de l’œuvre : O Fortuna Imperatrix Mundi, qui évoque la roue de la fortune qui tourne dans un inexorable mouvement perpétuel et la fatalité du destin; Primo vere, une célébration lubrique du réveil des sens au printemps; In Taberna : une orgie de bon vin et de bonne chère à la taverne; Cour d’amours : jeux sensuels de séduction; O Fortuna : un salut rituel à Hélène, la vierge-reine du libertinage, et reprise de O Fortuna.

La chorégraphie de Wainrot est très expressive : danse primitive et presque sauvage dans O Fortuna, ronde légère et ludique, de style très classique, dans Primo vere, grivoiseries, enivrements et lubricité dans In Taberna, pas de deux sensuels et érotiques dans Cour d’amours, danse rituelle païenne pour le salut à Hélène et nouveau déchaînement sauvage et primitif pour le final. Elle est interprétée avec dynamisme et sensibilité, les danseurs exprimant avec beaucoup de justesse l’esprit et le sens des différents mouvements. Portant des costumes colorés et évocateurs, ils évoluent dans des décors d’une grande simplicité.

La musique était interprétée en direct par l’Orchestre symphonique de Winnipeg, les University of Manitoba Singers et le Winnipeg Boys Choir, sous la direction de d’Earl Stafford. Les solistes, de jeunes chanteurs en émergence de Winnipeg, étaient Syndey Clarke, soprano, Adam Sperry, ténor et Ben Erickson, baryton. Tous étaient regroupés dans la fosse d’orchestre. L’Orchestre sonne généralement très bien depuis la fosse d’orchestre, que ce soit pour l’opéra ou le ballet. Dans cette production, le son semblait malheureusement étouffé. L’ensemble ne produisait pas la puissance sonore qui caractérise certains passages de l’œuvre, dont l’attaque éclatante d’O Fortuna, dès l’ouverture et à la reprise du final. Le son du chœur, entassé au fond de la fosse derrière l’orchestre, ne portait pas. La voix des solistes semblait tamisée. Seul le passage interprété par la quarantaine d’enfants du Boys Choir, qui chantaient devant l’orchestre, a bien passé la rampe. Cette production sera certainement reprise un jour. Il serait sans doute préférable que les chœurs et les solistes soient sur la scène plutôt que dans la fosse, afin d’assurer un meilleur équilibre sonore. Cela ne devrait pas présenter un défi de mise en scène insurmontable.

La soirée avait débuté avec la création du ballet For Bye and About, du jeune chorégraphe Philippe Larouche, originaire du Québec et établi à Winnipeg, qui a été formé au RWB, a dansé deux saisons avec la compagnie et enseigné à l’École de ballet avant de se consacrer à la chorégraphie comme agent libre. For Bye and About est une courte pièce de tendance LGBT pour six danseurs masculins. Dansée sur les 3e et 4e mouvements de la Symphonie no 4 de Beethoven, elle explore les relations d’inclusion et d’exclusion et les liens qui se tissent et se défont à l’intérieur du groupe. La chorégraphie est très classique a été dansée avec beaucoup d’élégance et de sensibilité.

A suivi une superbe interprétation de Sérénade, la première œuvre créée par George Balanchine après son arrivée aux États-Unis en 1933. Dédiée aux étudiants de la nouvelle École de ballet américaine qu’il avait fondée, elle est considérée comme le chef d’œuvre du célèbre chorégraphe. Ce ballet sur une musique de Tchaïkovski est devenu l’œuvre principale du New York City Ballet. Ne racontant pas d’histoire, il explore toute la beauté du mouvement comme mode d’expression d’émotions et d’états d’âme avec délicatesse et une élégance raffinée. L’interprétation du RWB était fluide, légère et céleste, emportant l’auditoire dans un univers merveilleux et paisible.

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