Le ballet The handmaid's Tale au RWB (gracieuseté : Daniel Crump)

Le Royal Winnipeg Ballet a ouvert sa 79e saison avec la présentation du ballet The Handmaid’s Tale, de la chorégraphe Lila York. Fruit d’un long processus de création, York a réussi à produire une œuvre provocatrice d’une grande intensité dramatique qui invite à une réflexion sur les abus de pouvoir et le non-respect des droits de la personne dans les régimes totalitaires.

Pierre Meunier

The Handmaid’s Tale décrit, en16 tableaux, l’histoire d’Offred, une jeune femme condamnée à l’esclavage dans un état totalitaire théocratique nommé République de Gilead. Ce régime, qui ne respecte pas les droits de la personne et est particulièrement oppressif pour les femmes, a été institué par groupe terroriste d’extrémistes religieux qui a détruit les institutions démocratiques des États-Unis.

La chorégraphie de Lila York est un mélange de danse contemporaine et de danse classique. Elle est très explicite, évoquant avec réalisme les différents épisodes de la vie d’Offred au service de Fred, un commandant haut dirigeant du régime. Le tableau où Offred est violée pour qu’elle devienne enceinte et donne un enfant au commandant dont l’épouse est stérile, et celui où elle accouche d’un bébé mort-né sont particulièrement bouleversants. Les seuls tableaux romantiques sont ceux qui évoquent la relation amoureuse d’Offred et Luke avant le coup d’état, et le tableau final qui célèbre la paix et la liberté retrouvées avec une chorégraphie acrobatique spéciale d’Amanda Green.

L’histoire fait intervenir de nombreux personnages, ce qui permet à plusieurs danseurs de se distinguer. L’ensemble des danseurs ont donné une excellente performance, d’une grande intensité émotive. La chorégraphie est physiquement très exigeante avec des poses demandant beaucoup de souplesse et des mouvements très énergiques, les danseurs démontrant de belles qualités athlétiques. La gravité du sujet a semblé toucher profondément l’auditoire qui a retenu ses applaudissements après les différents numéros, ce qui a évité d’interrompre le déroulement de l’histoire et de briser l’atmosphère. Même à la fin du spectacle, les spectateurs ont semblé en état de choc et ont applaudi timidement.

Le ballet est dansé sur des musiques de plusieurs compositeurs contemporains, dont James McMillan et Alvo Pärt. L’Orchestre symphonique de Winnipeg, dirigé par Julian Pellicano, en a donné une interprétation remarquable. L’action se déroule dans un décor très austère, évoquant un univers carcéral. Les costumes de Liz Vandal caractérisent parfaitement les personnages.

The Handmaid’s Tale traite d’un sujet très d’actualité, compte tenu des régimes totalitaires qui sont en place dans plusieurs pays et de la montée inquiétante des mouvements d’extrême droite dans les démocraties, notamment aux États-Unis. Ce n’est pas un spectacle divertissant et réjouissant, mais il est sans doute opportun d’aborder ces questions fondamentales dans une œuvre artistique.

The Handmaid’s Tale était présenté à Winnipeg du 10 au 14 octobre 2018.

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