Brian Pincott, (à gauche), ancien conseiller municipal à la ville de Calgary et observateur de la vie politique winnipégoise. (photo : Gracieuseté). Michel Durand-Wood commentateur en politique municipale depuis quatre ans. (photo : Marta Guerrero)

Scott Gillingham a été élu maire de Winnipeg avec 53 663 voix pour lui sur les 194 853 votants. Avec un faible taux de participation (37%), Scott Gillingham va avoir du travail pour son premier mandat de quatre ans à la tête de la Ville de Winnipeg.

Par Ophélie DOIREAU et Jonathan SEMAH

Initiative de journalisme loca – Réseau.Presse – La Liberté

Alors que 521 291 personnes étaient appelées à s’exprimer aux urnes le 26 octobre dernier pour choisir un nouveau maire et un nouveau conseil municipal, ce n’est que 37 % d’entre eux qui ont fait valoir leur droit. Un chiffre qui devrait déjà faire réfléchir Scott Gillingham, qui était conseiller municipal de St. James pendant huit ans, comme le pense Michel Durand-Wood, résident du quartier d’Elmwood qui s’intéresse à la politique municipale. « Ce qui était intéressant c’est que ce n’était pas une course à deux chevaux. Il y a eu beaucoup de votes pour Kevin Klein, Shaun Loney et même Robert Falcon-Ouellette. Sept électeurs sur 10 ont voté pour une autre personne que Scott Gillingham. Ce n’est donc pas un mandat fort pour le nouveau maire. »

Même constat pour Brian Pincott qui, de manière générale, a été déçu de cette campagne municipale. L’ancien conseiller municipal à la ville de Calgary et observateur de la vie politique winnipégoise revient sur la manière dont a été élu Scott Gillingham. « Les politiques sont vraiment bons pour oublier rapidement les résultats. Le chiffre qui m’inquiète le plus est celui de la participation. Seulement 37 %. Sur plus de 500 000 personnes appelées à voter, il a récolté à peu près 50 000 voix. On peut dire que 10 % d’entre eux ont voté pour le nouveau maire. 10 %. C’est assez inquiétant. On a un problème de participation et d’engagement. Ça sera à nos élus de sérieusement regarder à ce problème. Ils doivent mener la discussion dans nos communautés. »

Outre cette réalité, le conseil municipal ne semble pas avoir réellement bougé. Michel Durand-Wood relève ce point. « Avec les élections de mercredi dernier, on a l’impression qu’il y a une sorte de statu quo qui s’est mis en place à la Ville de Winnipeg. Pas seulement au niveau du maire. Mais aussi au niveau des conseillers. Il n’y a pas de gros changements. Tous les conseillers sortants ont été réélus sauf Shawn Nason qui a été sorti par l’ancien conseiller Russ Wyatt. Pareil pour St. James, le siège vacant a été comblé par Shawn Dobson qui était déjà conseillé auparavant.

« C’est un conseil qui est quasi identique à avant. Il ne va donc pas y avoir de gros changements à la Ville de Winnipeg. »

Même inquiétude du côté de Brian Pincott. Il pointe le manque de fraîcheur de ce nouveau conseil. « C’est un retour en arrière. Ça reste dans la continuité de l’ancien maire Brian Bowman. Scott Gillingham a représenté la sécurité. Il est complètement connu par la communauté. Winnipeg a décidé de ne rien changer. »

| Différents enjeux à surveiller

Pas de gros changements selon Brian Pincott et Michel Durand-Wood, sauf que les enjeux d’avant les élections restent toujours présents. « Ils vont avoir du fil à retordre. Il y a un déclin financier à la Ville de Winnipeg, des choses vont devoir être adressées », annonce Michel Durand-Wood.

L’auteur du blogue Dear Winnipeg poursuit : « Si l’on se fie à la plateforme de Scott Gillingham, les enjeux de la gestion des infrastructures ne vont pas être une priorité. Il souhaitait l’expansion de la Kenaston et de la Chief Peguis. Pour rappel, une expansion des routes rapporte entre 1,30 $ et 1,90 $ pour chaque $

dépensé. Sauf que ce retour est partagé entre les différents paliers de gouvernement à hauteur d’environ 40 %. Si l’on prend le retour de 1,90 $, le gouvernement va recevoir 0,76 $… C’est une perte d’argent.

« Alors qu’un investissement dans le transport en commun permet un retour entre 3 $ et 4 $ pour chaque $ investi. 40 % de ces sommes, c’est un retour de 1,60 $. On fait donc de l’argent et c’est de ça qu’on a besoin pour les autres enjeux. »

Directeur exécutif de Vélo Canada Bikes au Manitoba, Brian Pincott prend aussi très à cœur le sujet des infrastructures notamment en ce qui concerne les transports en commun. « Scott Gillingham soutient le Plan pour le transport en commun. Il a dit qu’il voulait l’accélérer. C’est un plan sur 25 ans, je pense que ça devrait être un plan de 10 ans. Ça sera à nous, le public, de dire que c’est important pour la durabilité de la ville et faire face aux changements climatiques. La question de l’environnement a d’ailleurs, selon moi, était la grande oubliée de cette campagne. On ne peut pas attendre un autre quatre ou huit ans pour adresser ces défis. »

Malgré cette réalité, Michel Durand-Wood fait valoir l’importance de s’intéresser à la politique municipale, et comme Brian Pincott, il pense que le public doit reprendre ces enjeux en main. « La démocratie, ce n’est pas qu’un jour tous les quatre ans. C’est surveiller ce qui se passe tous les jours. Les citoyens doivent continuer de s’engager et de travailler avec ce conseil pour les quatre prochaines années. »

« Pour un élu, ça le sert bien d’avoir un peuple pas très engagé. Encore une fois, quel mandat ont nos élus avec une si petite partie de la population qui vote? », conclut Brian Pincott.

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