Laurent Poliquin, figure connue de la poésie franco-manitobaine, signe avec Sortir des champs ombreux une première pièce de théâtre, un texte né d’un défi lancé, et devenu une véritable aventure littéraire. L’œuvre est parue aux éditions Les Impliqués durant l’été 2025.
Ce drame psychologique met en scène Samuel Lemoine, un père qui pensait tout maîtriser, l’amour, le passé, l’avenir, mais dont le monde bascule quand Camille, sa compagne, disparaît.
Elle laisse derrière elle non seulement une lettre énigmatique, mais aussi deux jumelles : l’une dont la couleur de peau est blanche, l’autre avec la peau noire.
Le lecteur plonge dans un drame psychologique où, au fil de lettres oubliées, de photos jaunies et d’une fresque inachevée commencée par Camille dans la chambre des jumelles, se dessine peu à peu le portrait d’un homme ébranlé par leur naissance et contraint d’affronter les ombres de sa propre histoire.
Un défi personnel
Sortir des champs ombreux marque pour Laurent Poliquin le début d’une nouvelle aventure littéraire : sa « première incursion dans le théâtre ».
Elle est née de sa participation à un concours international de théâtre diffusé sur les réseaux sociaux.
Pour le futur dramaturge, il s’agissait là de s’essayer à un nouveau genre.
« Je me suis dit que je devais essayer, que je n’étais pas là pour gagner, mais que si je faisais quelque chose de suffisamment intéressant, peut-être que ça pourrait intéresser un éditeur », explique-t-il.
Et l’intuition fut bonne : le texte a en effet été retenu pour publication après le concours. Un encouragement inespéré pour le néophyte, qui ne cache pas la difficulté propre à ce genre littéraire.
En effet, concevoir une pièce lui a demandé un apprentissage intensif et une remise en question complète de sa manière de penser l’écriture.
« On parle d’avoir une vision théâtrale sur la scène. C’est plus que du texte, c’est vraiment voir, percevoir, imaginer et animer tout cela. Il y a du visuel, et tout doit être réfléchi », confie Laurent Poliquin.
L’auteur ne cache ni ses doutes, ni ses obstacles : « J’ai dû faire beaucoup de lectures connexes et retravailler mon texte. Il y a eu presque sept versions ». Un travail intensif, mais formateur : un véritable « challenge personnel », comme il l’appelle.
Au cœur de la pièce, on retrouve un évènement déclencheur : la naissance de jumelles de couleurs différentes.
Un point de départ inspiré par un fait divers rencontré en ligne :
« Vous aviez cette histoire d’un père de famille, il y a deux jumelles qui viennent de naître et elles ne sont pas de la même couleur. Il y en a une qui est blanche et l’autre est noire. Quelle belle prémisse de départ, je trouvais ça fabuleux! », confie l’auteur.
Plutôt que de verser dans l’explication biologique, Laurent Poliquin y a vu une occasion d’explorer ce que cette situation révèle des personnages : leurs peurs, leurs origines, ce qu’ils transmettent ou ignorent transmettre.
« Je voulais avoir une quête qui permettait d’aller plus loin, de réfléchir », souligne-t-il. « Est-ce que c’est bien vrai? Est-ce que c’est bien possible? Comment se défaire de traits de personnalité qui viennent d’une génération précédente? C’est tout cela que le personnage cherche à comprendre », conclut-il.
Ce questionnement intérieur apparaît d’ailleurs comme une signature de l’auteur : « C’est vrai que ça reste un peu philosophique. C’est un peu moi », confie-t-il, en souriant.
Le pied à l’étrier
À ce jour, Sortir des champs ombreux n’a pas encore été portée à la scène. Mais l’auteur n’y voit ni regret ni impatience.
« J’ai juste envie de partager un texte, voire un amour pour l’écriture, pour la langue. Mais d’être joué, ça serait la cerise sur le gâteau! », s’exclame-t-il.
Cette publication lui a en toutefois donné l’élan nécessaire pour poursuivre l’aventure théâtrale.
Une seconde pièce, cette fois ancrée dans le Nord canadien et portée par des adolescents francophones, est déjà écrite et en attente de réponses d’éditeurs ou de théâtres.



