Par Geneviève NORMAND.

Mark Carney entame mardi une visite d’Etat de quatre jours en Chine, la première en huit ans pour un Premier ministre canadien, afin de renforcer le commerce avec Pékin et de tourner la page sur des années de tensions diplomatiques.

Le chef de gouvernement canadien y est attendu du 13 au 17 janvier, à l’invitation du président chinois Xi Jinping lancée en octobre.

Les deux dirigeants avaient initié un rapprochement l’automne dernier lors de leur rencontre en Corée du Sud en marge du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), que Mark Carney avait qualifiée de “tournant” dans la relation sino-canadienne.

Sa visite visera à “renforcer la collaboration dans les domaines du commerce, de l’énergie, de l’agriculture et de la sécurité internationale”, ont indiqué ses services dans un communiqué.

Et elle marquera surtout la première visite d’un Premier ministre canadien depuis celle de Justin Trudeau en décembre 2017 qui a été suivie par des années de brouille diplomatique entre les deux pays.

“Ce voyage est une avancée majeure”, estime Gordon Houlden, ancien diplomate canadien et directeur de l’Institut de la Chine à l’Université de l’Alberta.

“Si certains des problèmes commerciaux qui affectent nos exportations sont d’origine politique, alors résoudre cette question devrait avoir un effet positif sur le commerce”, explique-t-il à l’AFP.

Les relations entre les deux pays se sont fortement détériorées en 2018 après l’arrestation d’une dirigeante du géant technologique chinois Huawei au Canada à la demande des Etats-Unis, suivie de l’emprisonnement de deux ressortissants canadiens en Chine, soupçonnés d’espionnage par Pékin.

La Chine a été accusée d’interférence dans les élections canadiennes ces dernières années.

Lors de sa visite, Mark Carney doit rencontrer le Premier ministre chinois Li Qiang et des chefs d’entreprise pour toute la partie consacrée aux relations commerciales.

– “L’éléphant dans la pièce” –

Au-delà de rebâtir les liens diplomatiques, Ottawa espère avec cette visite établir des partenariats stratégiques avec la Chine, diversifier ses échanges commerciaux et attirer de nouveaux investissements.

Car le Canada, confronté au protectionnisme américain et aux attaques du président Donald Trump, tente de développer de nouveaux marchés pour rompre sa dépendance économique envers les Etats-Unis.

Et la Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada avec un volume d’échanges bilatéraux de marchandises qui a atteint 118,7 milliards $ en 2024.

“Cette visite est importante car la Chine est évidemment une superpuissance incontournable”, affirme à l’AFP Guy Saint-Jacques, ambassadeur du Canada en Chine entre 2012 à 2016, prédisant que la rencontre entre les deux dirigeants entraînera un “recalibrage important” des relations.

Selon lui, une entente sur les véhicules électriques et l’approvisionnement énergétique chinois est possible à l’issue des rencontres.

Mais “l’éléphant dans la pièce”, rappelle-t-il, demeure la question des droits de douane, appliqués de part et d’autre.

Depuis l’été 2024, Ottawa et Pékin s’affrontent sur le front commercial: surtaxes canadiennes sur les véhicules électriques et l’acier chinois, et ripostes chinoises sur des produits agricoles canadiens, dont le canola, un oléagineux utilisé pour l’alimentation et les biocarburants.

“Quels que soient les accords conclus entre le Canada et la Chine, ils seront scrutés à Washington et pourraient influencer nos discussions sur l’accord ACEUM (accord de libre-échange nord-américain)”, explique Vina Nadjibulla, vice-présidente de la Fondation Asie Pacifique du Canada.

Elle estime par ailleurs que le défi pour Mark Carney en Chine “sera de faire progresser les objectifs économiques sans pour autant sacrifier les priorités en matière de sécurité nationale”.

Après ce déplacement, le Premier ministre canadien doit se rendre au Qatar pour une visite bilatérale et en Suisse pour participer à la réunion annuelle du Forum économique mondial.

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