Commissariée par Eric Plamondon, directeur de la programmation artistique et culturelle du CCFM, l’exposition accueillera les photographies des artistes Philippe Bellefeuille, Gavin Boutroy et Alexandre Normandeau.

Le choix du titre de l’exposition Sans Flash n’est pas anodin. Plusieurs niveaux d’interprétation sont possibles selon Eric Plamondon. Dans un premier temps, il renvoie littéralement à une photographie principalement réalisée sans éclairage artificiel.

« Je ne peux pas garantir que 100 % des photos sont sans flash, mais 90 % le sont », précise le commissaire de l’exposition.

Mais l’expression va bien au-delà de la technique.

Pas de surenchère visuelle, ni d’explications chargées : l’image existe pour ce qu’elle est.

« Il n’y a rien qu’on essaie de vendre ou de survendre. On n’a pas besoin d’écrire un roman pour expliquer la photo. L’art va parler de soi-même », résume Eric Plamondon.

Sans Flash est le fruit d’un choix assumé par Eric Plamondon, qui est allé chercher les artistes pour leur proposer d’être exposés en galerie.

« Auparavant, je travaillais à Artspace Inc. En face de mon bureau, il y avait une chambre noire et ces photographes faisaient partie des quelques francophones du Manitoba qui venaient l’utiliser. Et souvent ils me montraient sur quoi ils travaillaient », confie-t-il.

Les trois artistes, qui ne se connaissaient pas tous auparavant, ont ensuite été invités à se rencontrer et à réfléchir ensemble.

« Depuis, ils ont appris les uns des autres », raconte Eric Plamondon, évoquant la naissance d’une communauté informelle autour de la chambre noire, où les jeunes photographes se retrouvent désormais pour partager techniques et savoir-faire.

Deux regards, et une simplicité

Dans ce triptyque complémentaire, chaque artiste déploie un univers distinct.

Parmi les photographes exposés, deux Manitobains se sont confiés à La Liberté sur leurs démarches artistiques respectives : Gavin Boutroy et Philippe Bellefeuille.

Tous deux travaillent en photographie argentique, mais leur rapport au médium, au territoire et au récit diffère profondément, offrant au public une traversée sensible entre nature, ville et voyage.

Dans Sans Flash, Gavin Boutroy présente un travail entre la nature et la ville réalisé avec un appareil Leica M2 de 1962. Il propose des images de chasse et de forêt en couleur, avec une volonté d’interroger le spectateur.

« J’aimerais surprendre un peu les gens avec ces images-là et leur proposer une autre version, une autre manière de penser au caractère esthétique d’une activité, et de leur montrer aussi un peu la beauté que l’on peut retrouver là-dedans », dit-il.

Il évoque notamment une photographie d’un corps de wapiti gisant dans une rivière.

La lumière, la brume et la posture de l’animal transforment une scène réelle en vision presque légendaire.

« On aurait dit une scène sortie tout droit d’un conte de fées ou de la mythologie », confie-t-il.

À l’inverse, ses photos urbaines sont majoritairement en noir et blanc.

« En ville, je trouve que la ville est une unité où l’ordre visuel est beaucoup plus difficile à trouver en couleur. Donc, je fais beaucoup plus de photos urbaines en noir et blanc », explique-t-il.

Le cliché noir et blanc lui permet aussi de brouiller les repères temporels : « Je vais souvent avoir des scènes où c’est très difficile de dater l’époque car je m’intéresse beaucoup à ce passage du temps », souligne le photographe. Plus que l’image isolée, c’est la série qui intéresse Gavin Boutroy.

« Je pense que les photos racontent plus en série qu’elles ne racontent seules. Une photo peut prendre un sens différent selon les photos qui viennent avant et après », dit-il.

Il rajoute jouer également sur le format des photos.

« C’est une expérience très différente de regarder une photo dans un livre photo ou dans un album de famille que de regarder une grande photo sur un mur. »

Dans l’exposition, cinq grandes photos cohabitent avec des formats plus petits pour créer un monde cohérent, presque narratif.

« J’essaie de montrer une version de l’art photographique qui est quand même grand public, où tu as une qualité esthétique aux objets mais aussi une sorte de qualité plus profonde, de recherche de sens. J’espère que les personnes qui entreront dans l’exposition pourront vivre une véritable expérience esthétique », conclut-il.

L’univers de Philippe Bellefeuille déploie une autre sensibilité. Issu du monde de la vidéo et du documentaire, il a commencé à côtoyer l’univers de la photographie par le biais du BMX.

Parce qu’il souhaite réaliser des vidéos de ce sport, il achète une caméra DSLR et commence à prendre quelques clichés.

Mais c’est lorsqu’il hérite de la caméra de son père qu’il décide d’explorer la photographie argentique.

Un nouveau défi pour ce directeur de la photographie qui baigne dans le monde du digital.

« Je trouve ce format rafraîchissant, pour le défi, puis pour le visuel, d’avoir une perspective différente », souligne-t-il.

Pour sa première exposition en galerie, Philippe Bellefeuille présentera cinq photographies de voyage, prises entre l’Espagne et le Manitoba, dans des cadres fabriqués lui-même avec l’aide de son beau-père.

Moment en canoë avec un ami, passants dans la rue : il s’agit pour l’artiste de partager des moments qui lui « tiennent à cœur » et qui l’ont touché. Une étape importante, vécue avec à la fois excitation et humilité.

« Le fait que ce soit une exposition de groupe, c’est vraiment idéal comme premier pas », confie Philippe Bellefeuille.

Ralentir

Pour Philippe Bellefeuille, manier la pellicule le ramène à une forme de méditation.

« Avec l’analogue, tu es vraiment forcé de ralentir avec toutes les étapes de développement, de scanning. Ça permet de prendre ton temps et de méditer sur les compositions, les moments que tu crois qui méritent la photo », dit-il.

Cette lenteur imposée par la pellicule est aussi au cœur de la démarche de Gavin Boutroy.

« Chaque tirage va te prendre minimum une dizaine de minutes, mais tu peux très bien passer deux, trois, quatre, cinq heures ou même cinq jours sur le tirage d’une photo », dit-il.

Une approche qu’il compare volontiers à l’artisanat, bien loin de la rapidité du traitement numérique.

« Il y a beaucoup de bruit sur Internet, sur les réseaux sociaux, et encore plus depuis l’intelligence artificielle. À l’inverse, l’argentique force à être plus sélectif dans les scènes que l’on photographie et dans les photos qu’on décide de faire », souligne-t-il.

Pour le commissaire de l’exposition Eric Plamondon, Sans Flash invite le visiteur à ralentir, à regarder autrement et à découvrir une photographie en toute simplicité.

Le vernissage aura lieu au CCFM ce 15 janvier de 17 h à 20 h. L’exposition se terminera le 11 avril 2026.