Une nouvelle recherche, menée par une doctorante à Brandon, Julie Braaksma, révèle que 54 % des enseignants du Manitoba ont été victimes de violence au cours de l’année scolaire 2023-2024, et que 47 % d’entre eux ont été victimes de harcèlement.
Bien qu’alarmants, ces résultats n’ont pas surpris leur auteure, Julie Braaksma, enseignante à Brandon.
Dans le cadre de sa thèse de doctorat, l’enseignante a décidé d’étudier ce sujet après avoir constaté qu’il existait peu de recherches publiques mettant en lumière la violence et le harcèlement auxquels font souvent face les enseignants.
En utilisant les définitions officielles de la Loi sur la sécurité et l’hygiène du travail, elle a interrogé 191 enseignants et leur a demandé de parler de leurs expériences en lien avec ce sujet.
« Cela a plutôt confirmé que ce phénomène existe dans les salles de classe, ce qui n’avait pas été démontré auparavant », explique l’auteure.
« Nous nous demandons pourquoi il y a une pénurie d’enseignants, mais je me dis : Pourquoi n’y en aurait-il pas? Aucune personne sensée n’irait volontairement travailler chaque jour en sachant qu’elle va être agressée physiquement ou verbalement. »
Les conclusions
Bien que les recherches sur ce sujet soient limitées au Canada, rien n’indique que le Manitoba soit un cas particulier.
Les quelques études menées là-dessus en Colombie-Britannique et en Ontario ont également révélé qu’entre 50 et 60 % des enseignants étaient victimes de violence ou de harcèlement.
Cette étude démontre que les principales causes de violence envers les enseignants étaient les élèves eux-mêmes, suivis des parents. Et une majorité des professeurs interrogés ont indiqué que l’augmentation du nombre d’élèves ayant des besoins particuliers dans les classes était le principal facteur à l’origine de ces chiffres.
« La réponse numéro un était le fait qu’il y avait davantage d’élèves à besoins particuliers intégrés dans les classes ordinaires. La deuxième était le manque de soutien apporté à ces élèves par des spécialistes, et la troisième était le manque d’assistants pédagogiques. »
Mais, l’étude n’a trouvé aucune corrélation entre le niveau de violence ou de harcèlement subi et l’origine ethnique, le sexe, ou l’orientation sexuelle des enseignants.
En fait, il n’y avait également aucune différence entre les expériences de violence et de harcèlement vécues par les enseignants en début de carrière et celles vécues par les enseignants travaillant dans les écoles depuis plusieurs décennies.
Un constat préoccupant, puisque les nouveaux enseignants ayant une expérience professionnelle limitée peuvent ne pas savoir comment gérer les situations de crise.
« Les enseignants, qui sont en première ligne, ont très peu ou pas du tout reçu la formation nécessaire pour faire face à des élèves violents, comme le programme d’intervention non violente en cas de crise. Même les assistants pédagogiques ne reçoivent pas cette formation », confie Julie Braaksma.

Les recommandations
Julie Braaksma cite trois facteurs comme étant les plus essentiels et les plus urgents pour apporter des changements. Elle affirme qu’il est important de veiller à ce que tous les incidents violents ou de harcèlement soient correctement signalés.
« Si un élève menace de vous lancer une agrafeuse, cela doit être signalé. Si un élève vous insulte, cela doit être signalé. Même s’il s’agit d’un accident évité de justesse et que personne n’a été blessé, cela doit être signalé. »
Les divisions scolaires doivent également veiller à appliquer des sanctions cohérentes en cas d’actes violents : bien qu’une certaine marge de manœuvre puisse être accordée aux élèves ayant des besoins particuliers, d’après son expérience, il n’est pas rare de voir un élève commettre un acte de violence envers le personnel scolaire et être autorisé à revenir à l’école le lendemain sans aucune conséquence.
Enfin, elle affirme qu’il est essentiel que tout le personnel, des enseignants aux bénévoles, soit correctement formé pour gérer les interactions difficiles et les situations de crise avec les élèves.
Non seulement doivent-ils savoir comment désamorcer les situations ou apporter l’aide nécessaire aux élèves, mais Julie Braaksma souligne également que cette formation pourrait donner au personnel éducatif le soutien adéquat pour faire face aux conséquences sur la santé mentale d’être la cible de violences.
« Nous ne demandons rien d’irraisonnable. Nous demandons simplement de pouvoir venir travailler en toute sécurité, nous demandons à ne pas être frappés, crachés dessus, pincés ou mordus chaque jour. »
La MTS prend la parole
Selon Lillian Klausen, présidente de la Manitoba Teachers’ Society (MTS), ces résultats concordent avec les problèmes soulevés par les enseignants au cours des dernières années.

Elle affirme que l’augmentation du nombre d’élèves fait que les enseignants et les spécialistes sont moins disponibles pour répondre aux besoins des élèves et ont moins de capacité à les soutenir correctement.
« On comprend que les jeunes ont de plus en plus de difficultés à gérer leur comportement parce qu’on n’a pas les appuis en place pour les aider », dit-elle.
Elle ajoute que le sous-financement est le facteur le plus important. Sans ressources adéquates, les écoles perdent la capacité d’offrir des ressources supplémentaires ainsi que des activités et des programmes parascolaires.
« On perd ce qu’on pouvait offrir dans les écoles et à l’extérieur de l’école, ce qui permet aux élèves de jouer, de s’amuser, de changer de décor pour avoir une vie équilibrée, souligne Lillian Klausen. On enlève toutes les parties qui sont là pour aider les jeunes à réguler leurs émotions et leurs comportements. »
Elle ajoute que, bien que la MTS exprime ces préoccupations au gouvernement provincial depuis plusieurs années, elle se réjouit de la publication de ce rapport indépendant, disant que ces données aideront à soutenir les enjeux soulevés.
La présidente de la MTS se montre optimiste quant à l’écoute du gouvernement et pense que le prochain budget reflétera cette compréhension des enjeux. Lillian Klausen insiste toutefois sur la nécessité d’agir rapidement.
« On procède à des évacuations de salles de classe dans certaines situations où un élève ne peut pas contrôler ses émotions. Alors, on a des jeunes qui sont témoins de la violence aussi. Et parfois, lorsque les jeunes sont souvent témoins d’actes de violence, cela devient normalisé. »
Initiative de journalisme local.
