L’exposition Votre attention s’il-vous-plaît est présentée jusqu’au 31 janvier à la Maison des artistes visuels francophones. Ce projet nous donne l’opportunité de nous confronter nos habitudes numériques.
Alors que les outils numériques et les algorithmes monopolisent notre esprit, les créations de Charlotte Sigurdson nous poussent à interroger notre dépendance aux téléphones intelligents.
La méthode de cet encouragement s’appelle Votre attention s’il-vous-plaît, c’est à retrouver dans le Studio de la Maison des artistes visuels francophones. « Il y a un temps où on n’avait pas tous les téléphones dans les mains, rappelle Charlotte Sigurdson.
« Être capable de voir cette évolution de la technologie, mais aussi de la société, c’est incroyable. Ça a tout changé : la démocratie, la manière de communiquer, même aussi de débrancher le temps personnel. »
Ce sont surtout les algorithmes des réseaux sociaux qui inquiètent Charlotte Sigurdson.
« Les vidéos courtes sur YouTube et Instagram changent aussi notre expérience du temps. Il y a des artistes qui font une grande œuvre, mais ils ont seule- ment quelques secondes pour la montrer. L’art devient jetable de cette façon. »
Lou-Anne Bourdeau, directrice générale de la Maison des artistes visuels francophones, partage son expérience.
« Même dans la galerie, on est habitué à scroller. Dès que quelque chose ne nous plaît pas ou qu’on n’est pas attiré, on passe à autre chose rapidement.
« Je me demande, dans l’expérience de la vie réelle, lorsqu’on voit une œuvre, si l’on prend le temps de s’arrêter et de regarder tous les détails et de réfléchir à ce qu’on sent, ou de commencer à jaser avec nous? »
La majorité des œuvres de Charlotte Sigurdson en exposition représentent non seulement ses reflets face à la technologie moderne, mais aussi ses propres expériences en ligne.
« Nous recevons peut-être un peu trop d’informations, spécialement avec la manière dont les algorithmes nous présentent avec ces informations. La manière dont on pense et prend nos idées et nos opinions, c’est à l’algorithme qu’on donne de la responsabilité. »
L’algorithme prend fort dans cette exposition : une large espèce d’oreille couverte de petits miroirs pend du plafond du Studio, reflétant les rayons du soleil et l’image du soi. Charlotte Sigurdson donne plus de détails.
« Quand je l’ai visualisé, je pensais à quelque chose de grand et qui prend de la place. L’on aperçoit un reflet de soi-même, mais ce n’est pas vrai.
« L’algorithme vise à refléter nos visages, mais ce sont juste des aspects de nos visages. Ce n’est pas entièrement nous. »
Charlotte Sigurdson démontre qu’il y a aussi des trous dans cette pièce d’art.
« C’est là où l’on se perd dans des trous de la désinformation ou de l’obsession. C’est un peu l’idée du trou de lapin, comme on l’appelle. »
Une autre œuvre de Charlotte Sigurdson en exposition est une cellule construite de tissu doré et orné de perles minuscules. L’écran du téléphone, aussi en tissu, porte la date du 27 février à l’heure 16 h 57, lorsque l’artiste a commencé le projet.
« Je voulais faire un téléphone pour l’expo, mais d’une manière aussi longue que je pouvais faire. Cela m’a pris presque un an à le compléter. Chaque petit morceau est cousu. »
L’image du téléphone est aussi prédominante. Charlotte Sigurdson le perçoit comme un objet à la base de son projet et du titre de l’exposition.
« Si l’on avait simplement cette technologie, mais qu’elle n’attirait pas notre attention tout le temps, ça ne serait pas un problème », confie-t-elle.
Lou-Anne Bourdeau explique aussi le défi de partager l’art visuel en ligne.
« Peut-être qu’il est encore trop tôt pour vraiment se rendre compte des effets, mais je suis sûre qu’il va y avoir une façon différente de consommer l’art comme spectateur.
« Après, plus on consomme de réseaux sociaux, plus on se déconnecte. Qu’est-ce que ça veut dire d’être devant une toile? Ce n’est pas la même chose que d’être devant un écran. »
Charlotte Sigurdson et Lou-Anne Bourdeau reconnaissent toutes les deux les opportunités que représentent les nouvelles technologies. Mais, c’est avant tout une question d’équilibre. L’aspect humain doit rester majeur.
« Il faut trouver le juste milieu avec ce qu’on montre aux gens. Dans certains domaines, les technologies peuvent nous remplacer. Mais pour créer une œuvre au complet, seuls les artistes peuvent le faire », conclut Lou-Anne Bourdeau.
