Dans le cadre de la 5e édition du Festival Noir et Fier, la conférence Debout : penser demain à partir d’hier s’est tenue le 5 février 2026, de 10 h à 12 h, au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP).
Organisé par Salwa Meddri, gestionnaire du Réseau en immigration francophone du Manitoba (RIF MB) et Bintou Sacko, directrice générale de l’Accueil francophone, l’évènement s’inscrivait dans la programmation du festival Noir et Fier dont les évènements ont lieu tout au long du mois de février.
La rencontre s’est ouverte avec les mots de Salwa Meddri et de Bintou Sacko, qui ont présenté le cadre du colloque et les panélistes, avant de céder la parole à Sophie Gaulin, directrice et rédactrice en chef de La Liberté, venue animer la discussion.
D’entrée de jeu, celle-ci souligne la richesse des parcours réunis :
« On ne peut être qu’empreints d’humilité quand on voit les parcours de nos trois intervenants. »
Elle lance ensuite le thème de cette 5e édition, et l’articule comme étant une posture collective faisant aussi écho à l’ensemble de la communauté francophone.
« On se pose la question de ce que veut dire Debout. Être debout, ce n’est pas seulement résister ou dénoncer. C’est aussi prendre sa place, transmettre, interroger nos héritages et réfléchir collectivement à ce que nous voulons construire pour les générations à venir. C’est une posture d’engagement, mais aussi une invitation à la lucidité : reconnaître les chemins parcourus sans jamais considérer les acquis comme définitifs. Et ça, je pense que les Franco-Manitobains ne le savent que trop bien ».
Des parcours pluriels, une posture collective
Le panel réunissait Ibrahima Diallo, ancien professeur titulaire de biologie à l’Université de Saint-Boniface (USB), ancien président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM) entre 2006 et 2011 et actuel vice-président de la FCFA du Canada, Brahim Ould Baba, chercheur, éducateur spécialisé en éducation interculturelle et consultant au ministère de l’Éducation de la province, et Anna Ndiaye, présidente de l’Association malienne du Manitoba.
Les échanges ont permis de revenir sur les parcours migratoires, les différences culturelles vécues au quotidien, le rôle des langues, la parentalité en contexte interculturel, ainsi que les défis rencontrés par les jeunes nés ici.
Ibrahima Diallo a notamment retracé l’évolution de la francophonie au Manitoba, rappelant que celle-ci s’est transformée au fil des années, passant d’un milieu beaucoup plus restreint à un espace aujourd’hui diversifié.
La discussion a aussi mis en lumière l’importance du décodage culturel. Plusieurs intervenants ont partagé des réflexions personnelles sur certains malentendus fréquents, comme le fait de baisser les yeux, perçu dans certains contextes comme un signe de respect.
Un pan important de la discussion a porté sur les jeunes générations et leurs trajectoires identitaires.
Brahim Ould Baba a insisté sur la distinction entre les jeunes arrivés à l’âge adulte et ceux qui ont grandi au Canada, souvent désignés par les chercheurs comme la génération 1.5.
« Les jeunes que j’ai interviewés sont, autant ceux qui sont nés ici que ceux arrivés très jeunes, ce que les chercheurs appellent la génération 1.5. Ils ne sont pas nés au Canada, mais sont arrivés assez tôt, souvent avant l’adolescence. C’est là que se fait la différence, par rapport à quelqu’un qui arrive à l’âge adulte, avec des marqueurs identitaires déjà construits ailleurs. Ceux qui ont grandi ici, qui ont fait l’école ici, développent davantage de référents identitaires liés à ce milieu. »
S’adapter
Il évoque également le code switching, cette capacité à adapter son comportement selon les espaces sociaux et professionnels, et l’inscrit dans un contexte personnel.
« Au travail, c’est comme si je me mets une façade, explique-t-il, et quand le travail finit, je laisse la façade ».
L’enjeu, selon lui, est de créer des milieux scolaires et professionnels où les jeunes peuvent être pleinement eux-mêmes, sans avoir à se réduire ou à se fragmenter pour être acceptés.
Anna Ndiaye revient, de son côté, sur son arrivée au Manitoba à l’adolescence et sur les ajustements constants entre les normes apprises ailleurs et celles de la société d’accueil.
Elle évoque aussi la transmission des valeurs, le rapport aux langues et l’importance de créer des espaces où les jeunes peuvent se reconnaître, se projeter et s’engager sans être jugés.
Le colloque s’est terminé sur les mots de fin des intervenants dans lequel Anna Ndiaye rappelle que « l’engagement des jeunes est à la fois un héritage, une nécessité et un choix conscient ».
Brahim Ould Baba, lui, insiste sur le fait que « la diversité n’est réelle que lorsqu’elle est aussi présente dans les lieux de décision ».
Pour Ibrahima Diallo, c’est l’espoir qui est important, notamment celui que l’on place dans les générations à venir.
La rencontre s’est terminée avec les mots de Wilgis Agossa, directeur artistique du Festival Noir et Fier, qui remercie les panélistes et le public.
« Je suis sûr que c’est ensemble que nous allons fonder cette communauté encore plus vivante et vivante », conclut-il.

