Par Michel LAGACÉ.
Les Amis du Musée de Saint-Boniface annonçaient en décembre dernier qu’ils faisaient appel au grand public pour recueillir 1,5 million $ afin de respecter un budget évalué à 6 millions $ requis pour rénover l’édifice.
Rappelons qu’il s’agit du bâtiment le plus ancien de Winnipeg et de la plus grande construction en rondins de chêne d’Amérique du Nord. Construit entre 1848 et 1851, il constitue un témoignage concret et unique de la présence francophone et métisse dans l’Ouest canadien. L’édifice a servi de couvent aux Sœurs Grises, d’hôpital, d’orphelinat et de foyer pour personnes âgées à différentes périodes.
Lorsque les religieuses ont déménagé dans leur nouvelle maison provinciale en 1956, il a été question de démolir l’ancien édifice, mais la Société historique de Saint-Boniface a dirigé les efforts pour désigner le bâtiment comme monument historique qui servirait de musée. La valeur historique du bâtiment a été reconnue officiellement par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada en 1958.
Après plusieurs années de travaux et de modifications, le Musée de Saint-Boniface ouvrait ses portes en 1967 avec le statut de musée de l’ancienne ville de Saint-Boniface. Il a été nécessaire d’entreprendre une restauration majeure du bâtiment en 1990 et les travaux actuels lui permettront d’atteindre son 175e anniversaire.
Restaurer l’édifice adéquatement exige la consultation des archives qui contiennent de précieuses informations sur les modifications qui ont été apportées à l’édifice au fil des années. Malheureusement, faute de relève au Manitoba, les archives des Sœurs Grises ont été transportées à Montréal, ce qui rend leur consultation difficile. Cette perte pour l’Ouest canadien ne se limite pas seulement aux informations architecturales. Il s’agit de chroniques qui relatent les événements importants à partir des lettres des fondatrices arrivées en 1844, en passant par la correspondance et les chroniques conservées par les religieuses dont un bon nombre ont été recrutées dans l’Ouest.
On comprend alors l’importance d’un principe de base en archivistique, celui de la territorialité. Ce principe stipule que les archives, dans la mesure du possible, doivent demeurer dans le territoire où elles ont été produites. Cela fait partie du contexte qui assure une meilleure intelligibilité des archives consultées et un rapport aux personnes pour qui elles ont le plus d’intérêt. Par ailleurs, le Vatican, par la voix de sa Commission pontificale pour les biens culturels de l’Église, entre autres, abonde dans le même sens depuis des décennies.
Pour célébrer convenablement le 175e anniversaire de l’édifice, il serait tout à fait souhaitable non seulement que les travaux en cours soient complétés, mais aussi qu’un projet soit initié pour assurer la consultation efficace des riches archives des Sœurs Grises.
Car cette documentation unique servirait à maintenir vivant le témoignage de la présence non seulement de ces religieuses, mais de l’époque longue de plus d’un siècle et demi de la vie francophone au Manitoba. Et c’est ce qui pourrait le mieux servir à raconter l’histoire de cet édifice et de ce qu’il représente.


