Par Raymond CLÉMENT.

La privatisation, la dérèglementation, le marché libre, le libre-échange et l’austérité sont les principales mesures qui ont été appliquées depuis les années 1980. Leur but? Clair et net : augmenter la croissance économique en libérant davantage le marché pour le secteur privé. Examinons maintenant le modèle économique qui a accompagné ce néolibéralisme et soulignons ses conséquences sur l’économie.

Le mode de pensée néoclassique

Le modèle néoclassique a été développé et utilisé à partir des années 1980 avec l’arrivée de la stagflation (un chômage élevé combiné avec un haut taux d’inflation). Ce modèle conçoit une économie de marché où les courbes de demande et d’offre se croisent à un point d’équilibre. Dans cette logique, les marchés de production, d’emploi et de biens vont toujours retourner vers l’équilibre après une perturbation.

Pour corriger les problèmes de stagflation, les autorités politiques ont décidé d’appuyer le modèle néoclassique en appliquant des politiques fiscales et monétaires favorables au néolibéralisme.

Le mode de pensée néolibéral

Les fervents du néolibéralisme et du modèle néoclassique détestent les mots gouvernement, impôt, déficit et dette. C’est pourquoi au début des 1980 on a voulu limiter le rôle du gouvernement et donner plus de place au marché. Et donc on a adopté une politique d’austérité. Autrement dit, on a taillé dans les dépenses gouvernementales et réduit les impôts.

Attention à la politique monétaire

Durant les années 1970 et 1980, l’inflation a grimpé à des niveaux record, un phénomène causé essentiellement par les chocs pétroliers de 1974 et 1979. Paul Volcker est arrivé à la Fed américaine et a décidé de hausser le taux bancaire à 20 % en juin 1981. Sa décision a causé la récession de 1982.

En 1992, la Banque du Canada a modifié sa politique monétaire en adoptant une cible de 2 % d’inflation. Cette politique est toujours en vigueur. Quand l’inflation est plus élevée que la cible, la Banque fait monter le taux bancaire. Avec pour conséquence de ralentir l’économie, ce qui crée plus de chômeurs. En ce moment le Canada a environ 1,5 million de personnes au chômage, soit un taux de chômage de 6,8 %.

Le libre-échange a sa propre dynamique

Pour compléter le portrait, il faut noter la logique qu’entraînent les accords de libre-échange et la création en 1995 de l’Organisation mondiale du commerce (OCM).

Durant les dernières décennies, des ententes de libre-échange ont été conclues avec les États-Unis (1988), puis avec le Mexique et les États-Unis (1994 et 2020). Ces ententes ont permis un plus grand accès pour nos produits à l’exportation et un plus grand accès à des biens de consommation pour les Canadiens. L’autre bénéfice a été les bas prix de certains biens de consommation.

Mais des conséquences moins reluisantes se sont aussi produites : transferts d’emploi vers d’autres pays, baisse de salaire et baisse du PIB, puisqu’on importe plus qu’on exporte. En fait sur les dernières décennies, la croissance moyenne du PIB et de la productivité ont décliné, tandis que les inégalités se sont amplifiées.

À la croisée des chemins

L’heure du renouvellement de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM de 2020) a sonné. Prenons-le comme une occasion de repenser les politiques fiscales et monétaires. Pensons-le comme une opportunité de stimuler l’économie à son potentiel, au lieu de s’obstiner à réduire le déficit du budget fédéral à zéro.

Vraiment, il serait grand temps de sérieusement se pencher sur les limites du modèle économique néoclassique servit à la sauce néolibérale.