Intitulé On fait des traces, l’ouvrage rassemble dix textes écrits par de jeunes auteurs et autrices francophones du Manitoba, réunis au sein du collectif Génération d’encre, ainsi qu’un texte d’Anne-Marie Turcotte.
Une initiative des Éditions du Blé visant à soutenir l’émergence de nouvelles voix.
Le lancement se tiendra le 25 février à la brasserie Kilter de 17 h à 19 h sous la forme de lectures d’extraits et d’échanges.
« L’esprit du projet, c’est vraiment d’inviter de nouvelles voix et de créer de la place pour celles qu’on entend moins », explique Katrine Deniset, directrice par intérim des Éditions du Blé.
On fait des traces se veut ainsi un recueil ancré dans le territoire, tant par ses histoires que par les parcours de celles et ceux qui les signent. Le titre du recueil, On fait des traces, puise directement dans une expression populaire des Prairies.
« C’est une expression qu’on utilise beaucoup au Manitoba pour dire qu’on s’en va, qu’on quitte un endroit, qu’on part vers une prochaine destination », raconte Katrine Deniset.
« Mais ça reflète aussi l’esprit du livre, parce que ce sont des personnages en mouvement, en quête d’identité, ici, chez nous », ajoute-t-elle.
Toutes les nouvelles du recueil se déroulent au Manitoba et forment ce que la directrice décrit comme « un livre du terroir ».
« On a réussi à créer une carte fictive du Manitoba. On voyage un peu dans la province : un auteur a écrit une nouvelle qui se passe plutôt dans un contexte rural. Ensuite, il y a un qui a écrit une nouvelle qui se déroule à Churchill, dans le nord du Manitoba. Des histoires ont lieu à Saint-Boniface. Alors, on voyage un peu dans différents coins de la province avec le livre », mentionne-t-elle.
Les histoires abordent des thèmes variés — l’amitié, l’exil, la précarité, la création artistique — tout en étant reliées par ce fil conducteur du déplacement, qu’il soit physique ou intérieur.
Rachelle Rocque : continuer d’écrire
C’est en découvrant l’appel à participation pour Génération d’encre que Rachelle Rocque décide de se lancer dans l’aventure.
« Je trouvais ça vraiment intéressant d’écrire et d’entendre les idées de gens de 35 ans et moins », explique l’autrice qui signe sa deuxième contribution collective avec les Éditions du Blé.
Le cadre structuré des ateliers, qui se sont tenus toutes les deux semaines au Café Postal de septembre à décembre 2025, lui a permis de développer une nouvelle profondément ancrée dans le réel manitobain.

Son texte, intitulé Une valise, un chariot…, explore la rencontre entre un père de famille syrien récemment arrivé au Canada et un homme en situation d’itinérance à Winnipeg.
« Je voulais montrer le paradoxe entre ces deux personnages-là : l’un n’a droit qu’à une seule valise, l’autre a toute sa vie dans un chariot d’épicerie », explique-t-elle.
À travers cette histoire, Rachelle Rocque souhaitait aborder des thèmes de compassion et de compréhension.
« Quand on rencontre quelqu’un, on ne sait jamais ce que l’autre vit tant qu’on n’a pas marché un peu dans ses pas », souligne-t-elle.
Axelle Oulé : explorer un nouveau territoire d’écriture
Étudiante en cinéma à l’université de Winnipeg et cinéaste de formation, Axelle Oulé participait pour la première fois à la publication d’une nouvelle.
« J’écrivais beaucoup de scénarios, des articles, des poèmes, mais la prose, la nouvelle, ça m’intriguait beaucoup », confie-t-elle.
Pour Axelle Oulé, Génération d’encre représentait autant une occasion de s’essayer à un nouveau genre que de se donner un cadre pour écrire.
« Ça m’a forcée à créer du temps pour écrire, parce que c’est quelque chose qu’on peut facilement négliger quand on est occupé », souligne-t-elle.

Le travail avec Anne-Marie Turcotte et Katrine Deniset lui a aussi permis d’acquérir des outils concrets.
« J’avais surtout hâte d’avoir leur avis, d’apprendre des techniques, d’être guidée », dit-elle.
Sa nouvelle, d’inspiration introspective, explore le rapport à la création et au doute, à travers le regard d’un personnage en quête de sens, pris entre ambitions artistiques et réalités du quotidien.
Le texte s’attarde aux hésitations, aux silences et aux petites décisions qui façonnent un parcours créatif, dans un environnement familier du Manitoba urbain.
La publication de On fait des traces marque ainsi une première étape importante dans son parcours d’écrivaine.
« C’est la première nouvelle que je vais publier », dit-elle, avec une certaine fierté.
Ena Mallarino : une déclaration d’amour au Manitoba
Arrivée de France il y a deux ans, Ena Mallarino vit aujourd’hui à Winnipeg, où elle travaille au Musée du Manitoba.
Pour elle aussi, On fait des traces représente une première expérience de publication.
Sa nouvelle s’articule autour du thème de la rencontre et de l’incompréhension initiale entre des personnages issus de réalités différentes.

À travers une situation du quotidien, le texte met en lumière la difficulté de réellement saisir ce que vit l’autre, tant qu’on n’a pas pris le temps de l’écouter ou de marcher à ses côtés.
« Au départ, je voulais appeler mon texte On ne sait jamais, dans le sens où on ne peut jamais vraiment savoir ce que l’autre traverse » confie-t-elle. Cette démarche s’inscrit dans son propre parcours d’immigrante.
« Je suis tombée amoureuse de la ville, du climat, j’ai trouvé une bonne communauté ici », raconte-t-elle en souriant.
Son rapport au Manitoba, fait d’étonnement et d’attachement progressif, transparaît en filigrane dans son écriture.
Si cette dernière n’occupait pas initialement une place centrale dans sa vie professionnelle, l’expérience du collectif lui a ouvert de nouvelles perspectives.
« Ça m’a donné beaucoup d’idées pour la suite, même si ça prendra du temps », conclut Ena Mallarino.
Un tremplin vers la relève littéraire
Au-delà de la publication d’un livre, On fait des traces s’inscrit dans une volonté plus large de renouveler la scène littéraire franco-manitobaine.
« L’objectif était que les participants comprennent comment fonctionne le processus d’édition et voient leurs mots imprimés sur des pages, que ça donne quelque chose de concret », explique Katrine Deniset.
Elle espère que cette expérience encouragera les jeunes auteurs à poursuivre l’écriture, à soumettre d’autres projets, voire à publier leurs propres recueils.
« C’est vraiment dans l’esprit d’inviter de nouvelles voix et de diversifier notre répertoire », conclut-elle.

