Alors que leur visa temporaire arrive à échéance, beaucoup espèrent une accélération de l’accès à la résidence permanente.
Après une décennie de tension dans la région du Donbass, en février 2022, la Russie prend le monde de court en envahissant l’Ukraine.
Plusieurs millions d’Ukrainiens quittent alors leur pays, et près de 300 000 arrivent au Canada via le Programme d’autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (PAVEU). Ce dernier comprend en fait un visa de travail ou étudiant.
Quant au Manitoba, la province en a accueilli plus de 30 000 selon la présidente de la branche manitobaine du Congrès ukrainien canadien, Joanne Lewandosky.
Le Congrès tenait une cérémonie commémorative pour les quatre ans de la guerre ce dimanche 22 février au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP).

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour l’occasion, la plupart, enveloppés dans des drapeaux ukrainiens.
La cérémonie s’est ouverte sur les hymnes canadien et ukrainien.
Wab Kinew a tenu un discours en préambule pour réaffirmer le soutien du Manitoba à l’Ukraine dans ce conflit.
« L’Ukraine ne peut pas être vaincue, car elle se bat pour la démocratie et la liberté », a-t il déclaré sous les applaudissements de la foule.
L’évènement s’est tenu dans le sillage d’une nouvelle inquiétante pour les immigrés ukrainiens.
Une nouvelle inquiétante
La Presse Canadienne rapportait, en début de semaine dernière, qu’il était attendu des détenteurs du visa PAVEU qu’ils rentreraient en Ukraine lorsque la guerre prendra fin.
« Il faut que l’on comprenne que ces gens-là ont dû recommencer leur vie ici, réagit Joanne Lewandosky. Le Canada, et le Manitoba en particulier ont été très accueillants et nous en sommes reconnaissants, mais la grande majorité des réfugiés souhaite rester ici. »
Le PAVEU est un visa valable pendant trois ans et ceux qui en sont détenteurs doivent désormais dépo-ser une demande de renouvellement avant le 31 mars 2026.
Si le gouvernement canadien ne déporte per-sonne vers l’Ukraine en raison de la guerre qui y sévit, les détenteurs de ce visa d’urgence temporaire se retrouvent tout de même dans une situation d’incerti
« Des villes entières ont été détruites, pour beaucoup, il n’y a plus rien qui les attend en Ukraine », note Joanne Lewandosky.
Elle ajoute que le bureau national du Congrès ukrainien canadien, situé à Ottawa, travaille à trouver un moyen d’accélérer les processus d’attribution de résidence permanente par exemple.
À date, les données de l’IRCC indiquent que 2 500 détenteurs de visa d’urgence ont obtenu leur résidence permanente à travers l’ouverture d’une voie d’accès temporaire lancée le 23 octobre 2023 et interrompu le 22 octobre 2024. 25 000 personnes avaient fait demande.
Évidemment, les canaux classiques pour accéder à la résidence permanente sont ouverts à tous, mais les temps d’attente posent un problème (1).
En 2025, l’IRCC recevait un peu moins d’un million de demandes de résidence permanente et rendait 446 300 décisions, soit un peu moins de la moitié des demandes ont été traitées.
Une vie canadienne
Il y a quatre ans, en septembre 2022, la famille Lavryk foulait le sol manitobain pour la première fois et La Liberté avait suivi leur parcours.
Un peu plus tard, en 2024, Mariana, Yura et leurs filles Anhelina et Zlata Lavryk obtenaient leur résidence permanente. La famille espère aujourd’hui obtenir la citoyenneté. Repartir en Ukraine n’a jamais fait partie de leurs plans.
Yura Lavryk, après deux ans d’études ici à Winnipeg, est officiellement devenu massothérapeute. Il travaille à la fois au Ten Spa à l’hôtel Fort Garry, où Mariana sa femme est esthéticienne, mais il travaille aussi à son compte, chez lui.
Quant à leurs filles, Anhelina et Zlata pratiquent toutes deux l’athlétisme et le volleyball. La guitare d’Anhelina, elle, trône toujours fièrement dans un coin du salon. Si la famille ne dépend plus d’un visa d’urgence, ils ont toutefois dans leur entourage des gens qui sont concernés par les mesures de retour en Ukraine.
« Ils espèrent que le gouvernement proposera un nouveau moyen pour qu’ils puissent rester ici », explique Mariana Lavryk.
Son mari, lui, explique que « beaucoup de nos amis sont sur ce visa et sont en attente de leur RP, mais ça prend trois ans en moyenne. »
Après tout, rester au Canada, c’est l’objectif de beaucoup de réfugiés. À l’instar de Tetiana Bezhenar.
La jeune ukrainienne était au MCDP ce dimanche. Dans un français impeccable, elle raconte être arrivée au Manitoba il y a trois ans maintenant, pour fuir la guerre et l’insécurité.
« Ça a été une décision difficile de quitter mon pays. » Arrivée avec ses parents, ces derniers ont pris la décision de rentrer en Ukraine, pour tenter de reconstruire. Tetiana Bezhenar, elle, a bien l’intention de rester.
« Maintenant, je travaille en tant qu’enseignante à l’école catholique Immaculate Heart of Mary School. J’enseigne le français aux élèves de l’élémentaire. »
À date, son visa de travail découle du PAVEU, mais elle a déposé une demande de RP auprès du gouvernement canadien. Pour elle, pas question de repartir.
« J’ai trouvé l’apaisement ici, j’ai commencé ma carrière, j’ai trouvé des gens qui m’ont aidée à repartir de zéro. Alors personnellement, si je devais retourner en Ukraine, il faudrait que je recommence tout ce que j’ai accompli au Manitoba. Il y a beaucoup de familles avec des enfants qui ont trouvé la paix ici, des amis, une éducation, ils veulent continuer leur vie canadienne. »
Et cette situation temporaire est une source de stress et d’incertitude, qui n’est pas idéale pour ces familles-là.
Du côté du congrès ukrainien canadien en tout cas, on reste optimiste, comme le dit Joanne Lewandosky : « Le Canada les a accueillis, il trouvera une solution à ce problème. »
(1) Les demandes de résidence permanente dans les cas de contexte humanitaire peuvent prendre plusieurs années.
Initiative de journalisme local.

