Par Michel LAGACÉ.

Le mandat de la nouvelle commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, commence sous des auspices défavorables alors qu’elle succède au Franco-Manitobain, Raymond Théberge.

Apparemment pour faire un peu d’humour en prévision de la Saint-Valentin, le Commissariat a publié un dessin animé mettant en scène deux chiens entourant un cœur rouge. La version anglaise de cette publicité dit : « My tail starts wagging and my heart is all aflutter when you practice your second official language. » Et la version française : « Ma queue et mon cœur s’emballent quand tu t’exerces à parler ta deuxième langue officielle. »

À la suite de nombreux commentaires de la part d’internautes, le Commissariat a reconnu que la version française pouvait faire l’objet d’interprétations malicieuses, et la publicité a été retirée. Cet épisode est emblématique de la question de la valeur accordée au bilinguisme à l’intérieur de la fonction publique fédérale. À plus forte raison lorsqu’une telle bévue provient non pas d’un quelconque ministère, mais plutôt de l’institution même qui est chargée de préciser les obligations des institutions fédérales en matière de langues officielles.

Évidemment, un faux pas de la sorte mine la crédibilité du Commissariat, car il laisse planner le doute sur sa propre capacité de donner l’exemple à l’ensemble de la fonction publique. En émettant une publicité qui sent la mauvaise traduction, il semble ne pas reconnaître que la traduction est un métier en soi et que le français ne peut pas être considéré tout simplement comme une langue de traduction. Car un texte doit être rattaché à des réflexes culturels et ne peut pas tout simplement se limiter à une question de vocabulaire.

Le Commissariat aux langues officielles lui-même nous rappelle, année après année, que certaines institutions fédérales n’adhèrent pas à la vision d’une fonction publique bilingue et qu’elles ne prennent pas leurs obligations linguistiques au sérieux. Et quant au gouvernement fédéral, la Loi sur les langues officielles a été modernisée en 2023 après plusieurs années d’efforts, et pourtant les règlements qui doivent encadrer l’application de la nouvelle loi se font toujours attendre.

La vision d’une fonction publique bilingue demeure donc un idéal, et l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais dans les institutions fédérales n’est toujours pas chose faite. Il reste à voir jusqu’à quel point le gouvernement fédéral actuel voudra consacrer les énergies nécessaires pour réaliser le rêve évoqué il y a 57 ans par la première Loi sur les langues officielles.