« Le bilan que je fais de cette cinquième édition est très positif. »

En cinq ans, Noir et Fier est passé d’une exposition de portraits pour le mois de l’histoire des Noirs, à un festival qui occupe désormais tout au long de février et qui franchit aujourd’hui une nouvelle étape avec son incorporation.

« Chacune des activités a rassemblé beaucoup de personnes. Ça a été des moments de discussion très intenses, de très bons moments d’échange, de partage, de sensibilisation et d’éducation. Nos statistiques sont assez frappantes », assure Wilgis Agossa, directeur artistique et fondateur de Noir et Fier.

Des rendez-vous

Sous le thème Debout, cette cinquième édition a proposé « au moins une douzaine d’activités dans le mois », rappelle Wilgis Agossa. Entre discussions, célébrations et initiatives éducatives, la programmation a réuni des publics variés, allant des familles aux plus jeunes, en passant par les aînés et les acteurs communautaires.

Le grand déjeuner, organisé le 31 janvier à la cathédrale, a affiché complet en rassemblant 300 personnes. Le 4 février, le colloque jeunesse, tenu au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), a réuni environ 300 jeunes provenant de six écoles différentes. Le 7 février, la Nuit de la jeunesse afro a, elle, attiré près de 200 participants, tandis que le marché, présenté au MCDP les 7 et 8 février, comptait 23 exposants.

« C’est certainement des chiffres qui sont en évolution, c’est certain », souligne Wilgis Agossa.

Découvertes littéraires

Parmi les initiatives de cette édition, une a particulièrement marqué le directeur artistique, les Découvertes littéraires, en partenariat avec la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM).

« Cette initiative, en partenariat avec la DSFM, a permis d’apporter les livres issus des communautés afro-descendantes dans les écoles, c’était vraiment très spécial. Avec ça, on a fait de la lecture dans plus d’une trentaine de salles de classe. Et ça représente un peu plus de 600 jeunes avec lesquels nous avons partagé ces moments de lecture. Et c’était vraiment spécial », explique le directeur artistique.

Lieux de rencontre

La fréquentation du festival n’est pas un simple indicateur, elle traduit un besoin et illustre la place prise par Noir et Fier comme espace de rencontre au sein de la communauté francophone.

« On a, dans les dernières années, ressenti ce besoin de plusieurs membres de la communauté d’avoir un cadre de rencontre et de célébration, mais aussi de partage de nos diversités », explique Wilgis Agossa. L’un des objectifs centraux du comité, rappelé lors du gala, est de créer des espaces où les jeunes peuvent pleinement s’exprimer.

« On veut donner aux jeunes des espaces pour parler eux-mêmes. »

Depuis ses débuts, Noir et Fier s’est construit autour de la mise en lumière des parcours afrodescendants, puis autour d’une volonté de complexifier les récits, d’élargir les publics et de renforcer sa portée éducative. La création, pour la 5e édition, d’un comité jeunesse vient appuyer cette progression, et annonce un avenir où la programmation ne serait plus limitée au seul mois de février.

Incorporation, un tournant

C’est lors du gala du 26 février que Wilgis Agossa a officialisé l’incorporation de Noir et Fier. Cette étape marque l’enregistrement du projet comme entité juridique propre, lui permettant désormais de porter ses propres démarches, de structurer sa gouvernance et de développer ses activités sous son propre nom en tant qu’organisme à but non lucratif.

« Jusque-là, nous avons travaillé avec le Théâtre Cercle Molière, ce qui faisait que nos demandes de subventions se faisaient à travers le Théâtre Cercle Molière », indique Wilgis Agossa.

L’idée de l’incorporation a grandi au fil du temps : « On a commencé à y penser dans la dernière année », précise-t-il. « C’était le moment pour nous de commencer sur de nouvelles bases et d’entamer une nouvelle étape. »

Initialement pensé sur trois ans, Noir et Fier en est aujourd’hui à sa cinquième édition. L’équipe se projette désormais sur les cinq prochaines années, avec l’ambition de consolider l’aspect éducatif du projet et d’en élargir la portée.

 « Maintenant, nous sommes complètement indépendants dans notre façon d’avancer sur cette initiative. »

Cette autonomie n’exclut toutefois pas les partenariats : « Nous croyons en la force des collaborations et nous continuerons à collaborer avec toutes les organisations qui veulent, avec nous, mettre la main à la pâte », affirme le directeur artistique de Noir et Fier.

Bâtir ensemble

Cette incorporation ouvre aussi la porte à un changement de rythme, avec la volonté de proposer, à terme, une programmation qui ne se limite plus au mois de février. Ce tournant structurel pose néanmoins un défi majeur, celui des ressources.

Un conseil d’administration doit être mis en place dans les prochaines semaines, avec des membres fondateurs déjà impliqués, et un travail en cours pour constituer le premier conseil d’administration.

La question d’une direction générale et de futurs postes reste, elle aussi, liée au financement : « Pour le moment, nous n’avons pas les subventions nécessaires pour avoir une structure administrative », reconnaît Wilgis Agossa. Pour autant, il y a là une volonté de créer « un ou deux postes, dit-il, pour commencer », afin de soutenir une programmation plus étalée sur l’année.

Le bilan de cette cinquième édition se lit donc à la fois au regard de la fidélisation du public et de l’ancrage communautaire de Noir et Fier, mais aussi au regard d’un projet qui, cinq ans après ses débuts, se dote désormais d’outils nécessaires pour durer et inscrire son action dans le temps.