Pour les francophones hors Québec, l’accès aux soins en français demeure difficile et reste une réalité que vivent quotidiennement des patients comme Mélanie Ferrer.
Un nouveau rapport du Comité sénatorial des langues officielles met en lumière les barrières linguistiques qui subsistent pour les patients issus des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Le rapport, publié au mois de février, découle d’une étude menée auprès de plus d’une centaine de témoins et de soumissions écrites, étalée sur une durée de 18 mois.
Les conclusions du rapport sont sans appel et révèlent que le manque d’accès à des services de santé dans sa langue de prédilection a des effets concrets sur les résultats de santé.
De plus, la vulnérabilité des patients s’accentue en fonction de l’âge, du genre, de l’orientation sexuelle ainsi que d’autres facteurs comme l’ethnie ou l’appartenance religieuse.
Le rapport établit que « les iniquités en santé ont un coût que payent trop souvent les communautés de langue officielle en situation minoritaire, au détriment de leur propre santé ».
Pour ce qui est des conséquences de ces obstacles sur les populations francophones hors Québec, le rapport illustre quelques détails : « La population d’expression française hors Québec est vieillissante et diversifiée. Les expériences sont variables, mais son état de santé est rarement une priorité des provinces et des territoires. L’accès aux services en français est particulièrement difficile dans l’ouest du pays et dans les territoires, surtout pour les services en personne. Parfois, les francophones doivent se rendre dans d’autres provinces pour avoir accès à des soins spécialisés. Ils craignent des retards dans l’accès aux soins ou craignent de ne pas être compris. Les personnes âgées francophones sont particulièrement à risque; elles craignent des représailles en exigeant des services en français. Plusieurs se résignent à accepter des soins en anglais ou considèrent les services en français de moins bonne qualité. »
C’est donc avec 14 recommandations que le rapport a été déposé.
Sans les citer toutes, l’on peut mentionner la première recommandation du comité sénatorial qui encourage le gouvernement fédéral à revoir la Loi canadienne sur la santé afin que les investissements en santé respectent les principes de la Loi sur les langues officielles.
Le sénateur Allister W. Surette, président du comité sénatorial permanent des langues officielles, souligne l’importance de la collaboration entre le gouvernement du Canada et les gouvernements provinciaux et territoriaux.
Un point qui figure lui aussi à la liste des recommandations.
« La répartition des pouvoirs est complexe dans le domaine de la santé. Une grande partie des responsabilités relève des provinces et des territoires, mais le fédéral a une responsabilité, que ce soit au niveau de la Loi sur les langues officielles qui contient des engagements envers nos communautés et notamment dans le secteur de la santé qui fait partie intégrante de l’épanouissement de ces dernières. D’un autre côté, la Loi canadienne sur la santé, le gouvernement fédéral a une responsabilité dans le bien-être des citoyens du Canada. Alors ça prend une bonne collaboration pour assurer un bon service. »
Impossible de parler de santé sans aborder la question de la pénurie de main-d’œuvre.
Un problème que connaît bien le sénateur.
« Dans mon ancienne vie en tant que recteur universitaire, on voyait très bien les grands défis dans la santé avec la main-d’œuvre. Pour répondre à cela, l’on a exprimé la recommandation suivante : accroître le financement direct aux organismes communautaires et aux collèges et universités pour s’assurer de former une main-d’œuvre compétente. Une autre place où les organismes communautaires jouent un rôle, c’est dans l’accélération de l’immigration des professionnels. »
Accélérer le processus d’immigration et de reconnaissance des diplômes fait également partie des recommandations du rapport.
Si Allister W. Surette assure que son comité suivra les avancements du côté du gouvernement vis-à-vis du rapport, il faudra bel et bien veiller à ce que ces recommandations ne restent pas lettre morte.

Car la problématique est encore trop présente, au Manitoba ici.
C’est ce dont témoigne Mélanie Ferrer, qui souffre de douleurs chroniques à la hanche et dans le bas du dos depuis plusieurs mois et dont la situation est révélatrice d’un problème symptomatique au sein du système de santé actuel.
« Des rendez-vous en français, il n’y en a jamais! »
Au moment où surviennent les douleurs, Mélanie Ferrer s’est tournée vers son médecin généraliste, francophone, mais là encore, les choses ne sont pas si simples.
« Je pense qu’il y a un médecin francophone pour 100 000 personnes, hasarde-t-elle. Donc c’est difficile d’avoir de la place pour prendre un rendez-vous en urgence. »
Parce qu’elle souffre d’une condition médicale particulière, les médicaments qu’elle requiert ne peuvent pas être prescrits par des infirmières praticiennes, mais seulement par un médecin.
Elle est aussi toujours en attente d’un rendez-vous pour une IRM. Et pour ajouter à tout cela, la barrière de la langue.
« Quand tu as besoin d’un spécialiste, tu n’as pas le choix, tu n’as pas de services en français. Le problème pour moi c’est que même si mon anglais s’est considérablement amélioré, chaque fois que je dois me rendre quelque part, je dois étudier le vocabulaire. »
Et lorsqu’il s’agit de santé et de renseigner un médecin sur sa condition, ses symptômes, le choix des mots est d’autant plus important.
« Avant chaque rendez-vous je me prépare pour ne rien oublier, parce que je dois consulter plusieurs spécialistes pour que l’on découvre ce que j’ai. Il faut que je puisse poser des questions aussi, si je veux discuter et que je n’ai pas le vocabulaire, je suis foutue. Et je ne peux pas attendre six mois pour un autre rendez-vous.
« Au-delà de se faire bien comprendre, il faut aussi être en mesure de ne rien rater de ce que l’on nous dit. Quels sont mes besoins? Quelles sont les prochaines étapes, etc.
« Ça demande la préparation, du stress, de l’attente. Mélangez ça à la douleur et l’anxiété est démultipliée. »
Alors, les patients ont le droit à la présence d’un interprète lors de rencontre médicale, mais « parler de ma propre santé avec un inconnu qui n’est pas médecin, ça ne me met pas à l’aise ».
« Ce n’est pas juste. Le français est une langue officielle, on ne devrait pas avoir à se battre, surtout lorsqu’il s’agit de santé. »
Initiative de journalisme local.

