En moins de deux ans, l’organisme Mentorat des femmes africaines immigrantes francophones (MFAIF) s’est imposé, selon sa fondatrice, comme un espace de rencontre, de transmission et d’émancipation pour les femmes nouvellement arrivées au Manitoba.

Il organise d’ailleurs son second rassemblement le 7 mars 2026 portant sur la parentalité au Canada, envisagée à travers le prisme des doubles cultures.

Fondé en juillet 2024 par Salimata Soro, le MFAIF est né d’une expérience intime devenue projet collectif.

Arrivée il y a 16 ans dans la province, la fondatrice se souvient d’ « années très, très difficiles », marquées par « le sentiment de solitude » et l’absence de repères.

« Je suis immigrante moi-même, africaine, francophone et je suis une femme. Je ne connaissais personne et c’était vraiment tout nouveau », confie-t-elle.

Aujourd’hui directrice de l’employabilité et de l’immigration économique au Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM), Salimata Soro a voulu transformer cette traversée personnelle en levier d’action.

« Je me suis demandée : de quoi est-ce que j’aurais eu besoin à mon arrivée? Je pense que j’aurais voulu avoir un mentor, quelqu’un à qui j’aurais pu parler. »

Un mentor « qui n’est pas forcément de ma communauté », précise-t-elle, soulignant l’importance d’ouvrir les horizons au-delà des appartenances nationales.

Rompre l’isolement et créer des ponts

Le constat est clair : « La première chose, c’est vraiment l’isolement », explique la fondatrice.

Beaucoup de femmes africaines immigrantes francophones arrivent dans un environnement où elles doivent « tout faire toutes seules », loin des solidarités familiales et communautaires qui structuraient leur quotidien.

Certaines occupaient des postes stables dans leur pays d’origine et se retrouvent ici sans emploi; d’autres découvrent un système scolaire et des codes parentaux différents. Face à ces défis, le MFAIF se veut un organisme rassembleur.

Son ambition : mettre en relation des mentors et des mentorées, organiser des activités éducatives et conviviales, et offrir un espace sécuritaire d’échange.

« On voulait apporter aux femmes un endroit où elles peuvent se retrouver, se parler sans fard, mais aussi s’amuser ensemble », souligne Salimata Soro.

Un organisme en croissance

Lancé officiellement le 12 juillet 2024 lors d’un Brunch de l’amitié, le MFAIF a rapidement suscité l’adhésion.

« La première fois, on avait peut-être 300 personnes. L’année passée, on avait plus de 400 personnes », relate Salimata Soro.

Organisé à Saint-Pierre-Jolys, quatre autobus ont été mobilisés à cette occasion pour transporter les participants depuis Winnipeg.

Financé à 95 % sur fonds propres, selon la fondatrice, le MFAIF est enregistré comme organisme à but non lucratif, doté conseil d’administration de sept femmes : la présidente Nina Condo; la vice-présidente Brenda Arakaza; la secrétaire Fatoumata Maiga; la trésorière Marie Josée Nyirarukundo; deux conseillères, Brigitte Lubaka Wabiwa et Yolande Legré; et la fondatrice, Salimata Soro.

Une dizaine de femmes, incluant la fondatrice, la secrétaire, et une conseillère du CA font également partie du comité de direction de l’organisme, qui opère de manière bénévole (1).

À cela s’ajoutent plus de 50 bénévoles inscrits, mobilisés selon les évènements.

Le programme de mentorat, cœur du projet, est en cours de structuration. 25 mentors se sont déjà inscrits et entament leur formation.

L’objectif : institutionnaliser ce que Salimata Soro a elle-même reçu.

« Je peux dire que je me suis faite grâce à mes mentors […]. J’ai voulu institutionnaliser le mentorat. »

Ses mentors, dont Salimata Soro préfère garder l’identité confidentielle, font toutes maintenant parties du MFAIF, s’étant engagées comme membres du conseil d’administration ou du comité de direction.

Parentalité et double culture le 7 mars

Prochaine étape majeure : le 7 mars, de 13 h à 16 h, au sous-sol de la cathédrale de Saint-Boniface. Déjà plus de 200 personnes sont inscrites.

« On a des femmes qui arrivent ici, qui ont une éducation toute différente de celle qui est ici au Canada, mais aussi qui doivent transmettre cette éducation à leurs enfants dans un environnement différent », note Salimata Soro.

Selon le site web de l’organisme, le programme prévoit cinq interventions : quatre mères, dont une Canadienne francophone née ici, et une jeune fille issue d’une famille immigrante (2).

Cette dernière évoquera le défi d’être « prise entre les deux cultures » comme le dit Salimata Soro.

« Souvent, les plus jeunes sont les plus oubliés de l’immigration », rappelle-t-elle.

Des activités interactives et des échanges avec le public viendront ponctuer l’après-midi.

L’objectif : outiller les parents et déconstruire certaines perceptions.

« On peut discipliner un enfant, mais voilà comment discipliner un enfant », insiste-t-elle, souhaitant clarifier les réalités du cadre canadien.

L’évènement est gratuit et ouvert à toutes les mères francophones, immigrantes ou non.

« L’immigration, c’est dans les deux sens, tout le monde est concerné », rappelle la fondatrice.

« Tout le monde a sa place »

« On pense qu’on a trouvé le bon rythme en ce moment », dit Salimata Soro, prudente mais confiante. Les projets à venir incluent le déploiement complet du mentorat et des collaborations accrues avec d’autres organismes francophones.

« Tout le monde a sa place au MFAIF. Chaque personne qui vient participer à une activité, c’est un plus qu’on apporte à notre communauté et c’est un pas vers l’intégration des personnes nouvellement arrivées au Manitoba », conclut-elle avec conviction.

(1) Le conseil de direction est composé de Salimata Soro, Fatoumata Maiga, Linda Laubouet, Guylaine Kemeni, Edith Assienin, Anta Mbaye, Chantal Sessi, Sarah Ouedraogo, Bineta Diallo et Myriam Koné.

(2) Parmi les panélistes de l’atelier, on retrouve Marie-Josée Nyirarukundo, Bernadette Faida et Salwa Meddri. Le panel inclura également Binetta Diallo, une étudiante à l’Université de Saint-Boniface, et Janelle Delorme, une mère Métisse de la Rivière Rouge.