Par Laurent GIMENEZ.

Dans la comédie de Molière Le Bourgeois gentilhomme, le personnage principal, monsieur Jourdain, ressent une fierté naïve en apprenant qu’il « dit de la prose » chaque fois qu’il ouvre la bouche, y compris pour demander à sa servante de lui apporter ses pantoufles. De même, Donald Trump serait sans doute surpris d’apprendre qu’il pratique l’écriture latine lorsqu’il rédige ses tweets en lettres majuscules. En effet, les Romains de l’Antiquité écrivaient eux aussi leurs textes en majuscules, tout simplement parce que les minuscules n’existaient pas encore. On le constate aujourd’hui sur certains monuments anciens qui portent des inscriptions latines, comme « SENATVS POPVLVSQUE ROMANVS » (Senatus populusque romanus) ou son abréviation « SPQR », signifiant : « Le Sénat et le peuple romain ».

Les minuscules sont apparues progressivement au cours du Moyen Âge avec un double objectif. Premièrement : faciliter et accélérer le travail des copistes grâce aux lettres liées qui permettent d’écrire plus rapidement (écriture dite « cursive »). Deuxièmement : faciliter la lecture et la compréhension des textes en signalant chaque début de phrase par une majuscule. Aujourd’hui encore, cette fonction de clarification du message assurée par les majuscules est primordiale. Comment interpréter la phrase « le chat mange la souris regarde » sans majuscules et sans ponctuation? Faut-il comprendre « Le chat mange. La souris regarde. » ou « Le chat mange la souris. Regarde! »?

Au fil du temps, la majuscule s’est vu attribuer d’autres fonctions qui varient selon les langues. En anglais, elle sert notamment à mettre en valeur ou à honorer la notion que le mot exprime, par exemple un titre de fonction (« He greeted President Trump ») ou une religion et ses adeptes (« Christianity includes Catholics and Protestants »). C’est beaucoup moins le cas en français, où ni le premier ministre Mark Carney, ni les musulmans, les bouddhistes ou les chrétiens n’ont droit à la majuscule.

Alors, à quoi sert la majuscule en français, à part indiquer le début des phrases ou DONNER L’IMPRESSION DE CRIER, comme le fait Donald Trump? Essentiellement, à distinguer les noms propres des noms communs.

La majuscule est la marque des noms propres, une catégorie de mots extrêmement variés dont le point commun, en gros, consiste à désigner des êtres ou des choses qui présentent un caractère unique. Par exemple, le nom « métis » écrit avec une majuscule (les Métis, une Métisse) est un nom propre qui désigne un des trois peuples autochtones du Canada ainsi que ses membres. En revanche, le même nom écrit sans majuscule (des métis, une métisse) est un nom commun désignant toute personne dont les deux parents ont des origines ethniques différentes. À noter que, sauf exception, les adjectifs ne prennent pas la majuscule, même s’ils dérivent d’un nom propre. Exemple : « Les Métis du Canada sont soucieux de garder vivantes les traditions et les langues métisses ».

Alors que l’anglais fait un usage intensif de la majuscule, le français préfère la sobriété : une seule majuscule suffit généralement à indiquer la qualité de nom propre. Exemple : l’Organisation mondiale du commerce (en anglais : World Trade Organization). Mais comme rien n’est jamais simple dans la grammaire française, le nombre et la place des majuscules varient selon les catégories de noms propres. Ex. : le ministère de la Culture, la Seconde Guerre mondiale, Le Petit Prince. En outre, plusieurs noms communs, tels que « dieu », « état », « église », prennent parfois la majuscule pour exprimer un sens particulier.

Pour faire un bon usage de la majuscule dans tous les cas, l’assistance d’un correcteur informatique comme Antidote est particulièrement utile. On peut aussi consulter un bon ouvrage de référence, tel que le dictionnaire en ligne gratuit Usito qui consacre un chapitre détaillé aux principales règles d’emploi de la majuscule.