Alain Gautron, avocat franco-manitobain spécialisé dans les transports et expert en droits maritimes, a été récompensé récemment par la France en obtenant la Légion d’honneur, la plus haute décoration honorifique française.
Pour La Liberté, il parle de sa « fierté » à recevoir cet honneur et revient sur son parcours.
La cérémonie de remise de la Légion d’honneur a eu lieu le 19 février, à Paris.
Pour Alain Gautron, cette distinction appuie tout son travail, mais aussi, cela met en lumière son histoire familiale.
« C’est une énorme fierté », dit d’emblée l’avocat qui a obtenu la nationalité française en 2019.
« En tant que Franco-Canadien, Franco-Manitobain, on a des attaches à la France. Mes grands-parents, que ce soit du côté de ma mère et de mon père, sont arrivés au Canada entre 1890 et 1905.
« Alors, que la France ait pu identifier qu’un Franco-Canadien, un Franco-Manitobain, puisse accomplir des choses aussi grandes, et donc cette distinction le reconnaît vraiment, ça me donne une énorme fierté », insiste-t-il.
D’ailleurs, le fait français n’est pas étranger à sa réussite, pense Alain Gautron.
« Véritablement l’ancrage français au Manitoba, c’est peut-être ce qui m’a aidé à y arriver », souligne Alain Gautron, qui avait déjà été nommé Chevalier de l’ordre du Mérite Maritime par le gouvernement français en 2020. (1)
L’avocat aux barreaux du Manitoba depuis 1985, de New York depuis 1987 et de Paris depuis 1991 va plus loin dans l’analyse de ce qu’il appelle un « ADN francophone ».
Il explique en quoi cet instinct francophone qu’il a en lui, lui a permis d’arriver là où il est dans ses affaires.
« Clairement, tout le monde sait que je suis canadien dans ce métier, je ne le cache pas, et j’en suis extrêmement fier. J’en suis extrêmement fier parce que je suis arrivé, justement, à travers cette distinction, à faire quelque chose que même beaucoup de Français n’auront jamais ou n’arriveront jamais. C’est quand même assez rare.
« Je pense qu’il y a un caractère des francophones des Prairies, peut-être parce qu’il fait tellement froid, on est vraiment endurci (rires).
« L’autre chose, c’est qu’on n’a pas nécessairement des tas de bagages qui traînent derrière nous. Dans beaucoup d’endroits, les gens traînent des bagages. Le Manitoba est une province relativement jeune. Donc, il y a peut-être ce sentiment dans la population que l’on peut tout faire. »
Par son métier, Alain Gautron développe et forme des juristes et avocats spécialisés dans le droit des affaires maritime et le droit du financement maritime en France.
Il encadre présentement 10 professionnels à Paris et un réseau de plus de 50 personnes dans le monde.
Celui qui a suivi des cours de théâtre avec Roland Mahé au Théâtre Cercle Molière et a étudié à l’Université du Manitoba, explique en quoi le bilinguisme représente une réelle opportunité.
« L’opportunité numéro une, c’était la maîtrise des deux langues », lance Alain Gautron.
« Par exemple, quand on regarde pour recruter, je regarde si les gens ont plusieurs langues. La connaissance de langues supplémentaires, de plus d’une langue, c’est essentiel aujourd’hui pour fonctionner. Quant à moi, c’est à partir de la connaissance de ces deux langues-là que toutes les opportunités se sont enchaînées.
« Et la deuxième chose, c’est cette idée de voyager. Je trouve que les Canadiens, et les Franco-Manitobains aussi, l’on est très ouvert à ça. On est très ouvert à aller à l’autre bout du monde. Dans la mesure où on a les langues, on a la curiosité, on est prêts à bouger, je pense qu’on peut faire des carrières. Pas seulement pour être avocat, c’est probablement dans tous les domaines. »
Bien installé dans son cabinet d’avocat à Paris, et malgré tout le travail fourni pour arriver dans sa position, Alain Gautron dit penser souvent au Manitoba avec nostalgie.
Et en se replongeant dans ses souvenirs, l’avocat qui suit chaque jour l’actualité internationale du maritime, l’aérien et aussi du rail, avoue qu’il n’aurait imaginé avoir la carrière qu’il a aujourd’hui.
« Le petit gars de Saint-Boniface, qui est arrivé là, pour moi, c’est vraiment extraordinaire. C’est un beau parcours.
« Très souvent, je pense au Manitoba. J’y avais mon père jusqu’à l’année dernière, j’ai une sœur qui y habite, j’ai une autre sœur qui habite dans les montagnes rocheuses, on y va de temps en temps. Je garde beaucoup d’attaches. »
S’il n’avait pas fait carrière dans le droit, Alain Gautron ne sait pas vraiment ce qu’il aurait fait. Mais comme il le dit, il aurait « poussé les différents stops ».
L’avocat expérimenté donne d’ailleurs quelques conseils à ceux qui se lancent dans le métier.
« Vous pouvez savoir ce que vous voulez faire maintenant, mais dans 10 ans, je vous garantis que vous ne serez pas en train de faire ce que vous pensiez que vous alliez faire au début de votre carrière. Suivez les opportunités. Suivez les ouvertures », conclut-il.
(1) Voir notre édition du 2 au 8 décembre 2020.

