Par Michel LAGACÉ.

Tandis que les Jeux paralympiques se déroulent en Italie, on ne peut oublier le fâcheux incident qui s’est déroulé durant les Jeux olympiques. Après la défaite de l’équipe féminine du Canada, la capitaine Marie-Philip Poulin s’est adressée aux médias lors d’une conférence de presse. En bonne Canadienne, elle l’aurait fait dans les deux langues officielles. Mais c’est alors qu’un responsable de presse du comité international olympique (CIO) lui a demandé expressément de s’exprimer en anglais seulement.

À cette même occasion, le journaliste de La Presse, Guillaume Lefrançois, s’est fait interdire de poser une question en français; seuls l’anglais ou l’italien devaient être utilisés. Jean-Nicolas Blanchet du Journal de Québec a confirmé l’incident et ajouté que les communications du comité organisateur se faisaient en anglais, qu’il devait leur écrire en anglais ou en italien, et que sur les sites de compétitions, les panneaux d’affichage étaient dans ces deux langues seulement.

Rappelons que la version moderne des Jeux olympiques a été lancée en 1896 par le Français Pierre de Coubertin. Il a présidé le Comité international olympique de 1896 à 1925, et c’est ainsi que le français, alors la langue internationale de la diplomatie, est devenu la langue du CIO. L’anglais est devenu sa deuxième langue officielle en 1972, la puissance économique des États-Unis s’étant imposée.

Dès la fin de l’incident à Milan, le responsable de presse du CIO a présenté ses excuses. Le Comité olympique canadien a porté l’affaire auprès du CIO qui a reconnu qu’un « problème d’interprétation » s’était produit lors de la conférence de presse. Il semblerait que l’absence d’un interprète a fait en sorte que le responsable a carrément interdit l’usage d’une langue autre que l’anglais.

Cet incident soulève des questions plus larges sur la place réservée au français dans les institutions olympiques. Ni le CIO ni le Comité olympique canadien n’a précisé si des mesures seraient adoptées pour assurer une place au français dans de futures conférences de presse.

Inévitablement, de nombreuses personnalités politiques notamment au Québec ont dénoncé ce qu’elles considèrent légitimement comme un cas de discrimination inadmissible sur la plus grande scène sportive mondiale. Pour ceux et celles qui prétendent qu’il ne faut pas mélanger sport et politique, rappelons tout simplement que la politique est indissociable des Jeux olympiques. On en veut pour preuve les hymnes nationaux, les drapeaux et la présence de représentants officiels de divers pays qui donnent aux Jeux une dimension politique dont le CIO ne peut pas se défaire.

Il reste maintenant à voir quelles suites le Canada voudra donner à cet incident fâcheux. Parce qu’autant notre pays veut donner aux athlètes canadiens toutes les possibilités de se manifester sur la scène internationale, autant il voudra faire respecter la charte du CIO.

Car le Canada a fait le choix difficile du bilinguisme et connaît le besoin d’ouverture à l’autre. Voilà la tâche que doit affronter le CIO.