Les mitochondries, trace vivante de notre rencontre avec les bactéries, essentielles à notre santé, par Laëtitia KERMARREC.

Le cœur de notre vitalité repose en grande partie sur les mitochondries. Véritables centrales énergétiques de nos cellules sans lesquelles aucun de nos gestes, ni même de nos pensées ne serait possible.

Ces structures minuscules en mouvement permanent sont présentes dans chacune de nos cellules en quantité variable, allant de quelques centaines à plusieurs milliers.

Les cellules musculaires, par exemple, en sont particulièrement riches, contrairement aux cellules osseuses qui en possèdent peu.

On estime qu’un corps humain abrite environ 10 milliards de mitochondries, soit près de 10 % de notre masse corporelle.

Leur rôle ne se limite pas à la production d’énergie : les mitochondries la transforment, la distribuent et la régulent.

En effet, lorsque nous consommons des sucres ou des matières grasses, autrement dit des calories, celles-ci ne sont pas directement utilisables par notre organisme.

Les mitochondries vont alors « brûler » les nutriments afin de produire de l’ATP (adénosine triphosphate), une forme d’énergie immédiatement exploitable par la cellule.

Rendant ainsi possible, entre autres, le maintien de notre température corporelle (1), l’alimentation de notre cerveau ou encore le fonctionnement continu de notre cœur.

À l’instar du pétrole brut, inutilisable tel quel par une voiture, mais transformé en diesel ou en essence à ces fins.

Une origine bactérienne étonnante

Le plus fascinant est l’origine de ces mitochondries, car, il y a plus d’un milliard d’années, elles étaient des bactéries indépendantes. Cette origine bactérienne est attestée par plusieurs indices, notamment la présence d’un ADN qui lui est propre.

Mais un jour, une cellule primitive (pré-cellule eucaryote) en a intégré certaines et au lieu de les digérer, elle a appris à vivre avec ces bactéries en (endo)symbiose : « tu me fournis de l’énergie, je te nourris et te protège ».

Cette alliance a rendu possible l’émergence de formes de vie complexes, dont l’être humain fait aujourd’hui partie…

Ces dernières années, les mitochondries sont devenues une piste de recherche majeure dans la compréhension de nombreux troubles et maladies.

Des baisses de mémoire ou de concentration pourraient, par exemple, être liées à des dysfonctionnements mitochondriaux. Certains troubles de la santé mentale, parfois dès le plus jeune âge, pourraient également y être associés.

Les traitements actuels étant souvent peu efficaces, explorer des approches ciblant directement les mitochondries suscite donc un intérêt croissant.

Une piste prometteuse contre le cancer

Les mitochondries jouent aussi un rôle fondamental dans le destin des cellules. Elles participent notamment à la décision de leur survie ou de leur destruction, c’est-à-dire la mort cellulaire programmée (apoptose), un mécanisme essentiel à l’équilibre du vivant.

En effet, chaque jour, notre organisme produit des cellules potentiellement cancéreuses.

Lorsque les mitochondries fonctionnent correctement, elles peuvent déclencher l’élimination de ces cellules défectueuses.

En revanche, si leur fonctionnement est altéré, un phénomène d’échappement peut se produire, permettant alors à la cellule cancéreuse de survivre.

Bonne nouvelle toutefois : les chercheurs soulignent que de nombreux troubles mitochondriaux peuvent être réversibles, notamment grâce à une alimentation adaptée. D’où l’importance de mieux faire connaitre leur rôle au grand public.

Le magnésium, par exemple, est essentiel au fonctionnement mitochondrial, alors même que les carences sont fréquentes.

Le coenzyme Q10, dont la production diminue avec l’âge, est également indispensable. Les vitamines C et E, ainsi que certains polyphénols comme la fisétine (2), contribuent quant à eux à protéger les mitochondries.

(1) À l’intérieur des mitochondries, la température est de 50 degrés Celsius.

(2) La fisétine est par exemple très présente dans les fraises et les pommes.