Un rapport publié en janvier 2026 par la Canadian Health Coalition vient appuyer leurs revendications, dans un contexte où aucune solution politique n’a encore été annoncée au Manitoba.
« Quand l’assurance a été retirée, j’étais encore étudiant. J’ai vécu le transfert entre l’assurance provinciale et l’assurance privée. Certains étudiants maintenant n’ont pas connu l’avant-après. Pour eux, c’est devenu normal. Mais ça ne veut pas dire que c’est juste », affirme Beydi Traoré, directeur de l’Association étudiante de l’Université de Saint-Boniface (AEUSB).
En 2018, le gouvernement manitobain de Brian Pallister a retiré l’accès à l’assurance maladie provinciale pour les étudiants internationaux, les contraignant à se tourner vers des assurances privées.
En janvier 2026, un rapport de la Canadian Health Coalition souligne que, selon les provinces, les étudiants internationaux sont parfois considérés non comme des résidents, mais comme des touristes ou visiteurs temporaires.
À l’Université du Manitoba, le président de l’UMSU, Prabhnoor Singh, affirme que la couverture de santé est l’une des principales revendications étudiantes.

« Quand on a faim, on est plus susceptible de tomber malade, c’est un effet domino. En tant qu’étudiant international, on n’a pas le même accès aux services de santé. On ne va pas chez le médecin et cela finit par affecter les études. »
Il dénonce aussi ce qu’il voit comme un double standard de la part du gouvernement actuel : « Il dit qu’il répare le système de santé, mais seulement pour certaines personnes, seulement si vous pouvez voter ou si vous êtes résident permanent. La province utilise réellement les étudiants internationaux comme des vaches à lait », dénonce-t-il vigoureusement.
Interrogée par La Liberté, la ministre de l’Éducation postsecondaire et de la Formation, Renée Cable, dit reconnaître « l’importance de l’éducation postsecondaire et la contribution significative des étudiants internationaux à nos communautés et à notre économie ».
Elle attribue la situation actuelle aux décisions du gouvernement précédent qui, dit-elle, « a réduit à plusieurs reprises le financement de l’éducation postsecondaire », avant d’ajouter que la décision prise en 2018 fait partie de plusieurs mesures « qui ont affaibli nos institutions et n’ont pas reconnu pleinement la valeur des étudiants ».
À l’Université du Manitoba, près de 6 278 étudiants, soit environ 19,7 % de la population étudiante, étaient internationaux en 2024-2025.
À l’Université de Winnipeg, ils représentaient environ 14 % des étudiants en 2020-2021. Malgré ce poids démographique, les associations étudiantes ne constatent aucune avancée concrète.
Défaillance dans le soutien
Beydi Traoré, de l’AEUSB, décrit une transition mal accompagnée, où la responsabilité est reportée sur les étudiants.
Le fait que des représentants étudiants doivent eux-mêmes assurer la médiation avec les cliniques ou rappeler publiquement les engagements gouvernementaux soulève une question plus large quant à la place accordée aux étudiants internationaux dans le système.
« La plupart des fournisseurs de soins n’étaient même pas au courant que les étudiants internationaux n’avaient plus accès à l’assurance provinciale. Les étudiants devaient payer immédiatement et gérer eux-mêmes avec l’assurance privée. »
Face à cette désorganisation, il raconte avoir pris l’initiative de rencontrer lui-même des cliniques et des hôpitaux, notamment dans le quartier de Saint-Boniface.
« Ce n’était pas à moi de le faire. Je l’ai fait par nécessité parce que nos étudiants avaient beaucoup de mal et on voyait qu’ils n’allaient pas se faire soigner. »
Du côté de l’Université du Manitoba, Prabhnoor Singh évoque le Budget Town Hall tenu le 10 février au Dakota Community Centre, où il a interpellé le gouvernement provincial sur l’assurance santé des étudiants internationaux.
« Ma question n’a même pas été reconnue, encore moins répondue », lance-t-il.
Ruptures et précarité
Le coût des soins demeure un frein majeur.
Dans certains cas, explique Beydi Traoré, des factures impayées sont transmises à des agences de recouvrement, ce qui affecte le dossier de crédit des étudiants.
Toutefois, il s’interroge, « quand les assurances ont été retirées, c’était pour économiser à peu près trois millions de dollars par an. À l’échelle d’une province, ce n’est pas énorme ».
Et l’insécurité alimentaire
À cela s’ajoute la précarité alimentaire, une situation connue chez les étudiants.
En 2023, Statistique Canada indiquait que 26 % des étudiants à temps plein vivant sous le seuil de pauvreté étaient en situation d’insécurité alimentaire. Mais 24 % d’entre eux vivant au-dessus du seuil étaient également dans cette situation.
À l’Université du Manitoba, la fréquentation de la banque alimentaire est passée d’environ 75 étudiants par mois avant la pandémie à près de 600 aujourd’hui.
« Des étudiants vont en cours le ventre vide, précise Prabhnoor Singh, c’est pourquoi l’UMSU organise des repas gratuits et a versé 20 000 $ pour les soutenir ».
À l’USB, une banque alimentaire existe depuis 2008 et plus de 1 600 à 1 700 paniers ont été distribués pour une population d’environ 1 500 étudiants.
Recommandations
Dans son rapport, la Canadian Health Coalition recommande aux provinces d’offrir une couverture publique complète aux étudiants internationaux pour toute la durée de leur séjour et d’éliminer les périodes d’attente.
On y demande aussi au gouvernement fédéral de respecter les principes d’universalité et d’accessibilité de la Loi canadienne sur la santé, de revoir certaines restrictions liées aux permis d’études et de travail, de modifier les critères du Régime canadien de soins dentaires et enfin, de faciliter l’accès à la résidence permanente.
Au Manitoba, les associations étudiantes tournent désormais le regard vers le budget provincial attendu le 24 mars, dans l’attente d’engagements concrets car « les combats menés avant ne sont toujours pas réglés, et à un moment donné, il faut que ça avance », affirme Beydi Traoré.
Pour la ministre, Renée Cable, le gouvernement est « déterminé à travailler à l’échelle gouvernementale pour corriger ces décisions passées ».
« Le rétablissement de la couverture de soins de santé pour les étudiants internationaux demeure une priorité, et le travail sur ce dossier se poursuit », indique-t-elle.
« L’éducation est la colonne vertébrale de notre économie. Nous ne pouvons pas traiter les étudiants internationaux comme temporaires. Nous continuerons à demander jusqu’à ce que quelque chose change », conclut Prabhnoor Singh.


