Lors d’une conférence-midi organisée par l’ACFAS-Manitoba, la direction nationale de l’organisme a détaillé les obligations fédérales qui, selon l’organisme, découlent de la Loi sur les langues officielles modernisée en 2023.
L’objectif : corriger les écarts persistants dans le financement et la visibilité de la recherche scientifique menée en français.
À l’occasion des conférences-midi organisées par la branche manitobaine de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) le 12 mars, la directrice générale de l’association Sophie Montreuil ainsi que son président Martin Maltais ont fait le déplacement à Winnipeg. Ils ont tous les deux animé une présentation.
Celle-ci a donné l’occasion de revenir sur le plan stratégique 25-29 de l’ACFAS qui prône trois grandes orientations.
Le soutien de la production et de la diffusion, des sciences et de la recherche en français, une revalorisation des sciences et de la recherche en français ainsi que le renforcement du dynamisme organisationnel.
Il s’agit principalement de répondre aux défis persistants, à savoir les obstacles financiers ainsi que le manque de visibilité de la recherche en français.
Lors de la présentation, le président Martin Maltais expliquait notamment que les chercheurs d’expression française, qui représentent 21 % de l’ensemble de la communauté de la recherche au Canada, n’ont pas les mêmes capacités pour faire publier ou subventionner leurs travaux.
Mais le principal sujet, abordé à l’occasion de cette conférence-midi, concernait notamment la partie 7 de la Loi sur les langues officielles modernisée en 2023.
À l’article 41 titré Progression vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais, l’on peut lire qu’il incombe aux institutions fédérales de veiller à ce que des mesures positives soient prises.
La Loi stipule que ces dernières « peuvent notamment comprendre toute mesure visant à appuyer la création et la diffusion d’information en français qui contribue à l’avancement des savoirs scientifiques dans toute discipline. »
Du côté de l’ACFAS, on se réjouit du fait que la Loi reconnaisse la défavorisation du français.
Il existe au Canada trois grands conseils subventionnaires fédéraux, le CRSH (sciences humaines), le CRSNG (sciences naturelles et génie) et les IRSCH (instituts de recherche en santé).
Par ailleurs, le gouvernement fédéral explore en ce moment la possibilité de rassembler ces trois entités sous un nouvel organisme-cadre.
« Ils sont assujettis à la Loi sur les langues officielles, dit Sophie Montreuil. Ils peuvent recevoir des demandes en anglais et en français et celles-ci devraient être évaluées selon un processus équivalent.
Or ce n’est pas tout à fait le cas : la proportion des fonds accordés ne correspond pas à celle des demandes soumises en français.
« Un des leviers pour nous est de dire que le financement pour la recherche en français n’est pas suffisant parce que le système actuel dessert les demandes en français. »
C’est la loi du nombre, les demandes en français sont moins nombreuses, mais aussi, plus difficiles à soumettre.
« Lorsqu’un professeur n’a pas le soutien de son établissement pour faire sa demande en français, il va choisir de soumettre sa demande en anglais. On essaie de changer ça. »
La Loi devrait donc faire évoluer les choses dans le bon sens. « Sachant que le français est en situation minoritaire, ils doivent prendre des mesures pour aider davantage le français et ça devrait changer la donne. »
Il convient alors de s’assurer que des mesures concrètes soient appliquées.
À cette fin, Martin Maltais, président de l’ACFAS mais également professeur en financement et politiques d’éducation à l’Université du Québec à Rimouski a présenté devant le Comité de la science et de la recherche un mémoire comportant des recommandations.
L’on peut y lire ceci : « Dans le contexte actuel où 23 % de la population canadienne est francophone, nous proposons qu’au moins 25 % des subventions fédérales soient allouées, dans chacun des grands domaines — sciences naturelles et génie, santé, sciences humaines et sociales — à des chercheurs de langue française, à des universités de langue française et à des étudiants de langue française. Une telle cible constituerait un levier concret vers l’égalité réelle entre les deux langues officielles et il constitue un enjeu de prospérité économique. »
Pour Martin Maltais, les choses sont claires dorénavant, le gouvernement du Canada a l’obligation « d’avoir une évaluation de la situation dans ses transferts. » Il étend d’ailleurs ces obligations aux établissements universitaires.
« C’est l’ensemble des conditions de vie scientifique en langue française qui sont en jeu. »


