Par Michel LAGACÉ.

Le Premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, vient de poser un geste rare en politique canadienne : deux semaines après le dépôt de son budget, il s’est excusé d’avoir voulu procéder à des coupures budgétaires tout en promettant de les retirer du même souffle.

Dans son budget, le Premier ministre néo-écossais a voulu réduire les déboursés parce que, en prévoyant des dépenses de 18,9 milliards de dollars, son gouvernement faisait face à un déficit de 1,2 milliard de dollars. Il a annoncé une réduction de 130 millions de dollars dans les subventions et les programmes destinés aux organismes représentant les personnes handicapées, les personnes âgées et les étudiants afro-néo-écossais et autochtones, les arts et la culture.

À la suite d’un tollé public généré par une vaste coalition de ces organismes, il a annulé 53,6 millions de ces coupures. Pour comble de contrition, il a même exprimé ses regrets de ne pas avoir consulté les communautés concernées. Il a cependant décidé de maintenir les restrictions budgétaires proposées dans le domaine des arts et de la culture.

Encore une fois, un gouvernement traite ce domaine névralgique comme un luxe dont une société peut facilement se passer. Il ne reconnaît pas que ces réductions dans un secteur déjà sous-financé fragilisent le tissu artistique de la société, c’est-à-dire qu’elles fragilisent la société tout entière. Elles limitent l’accès à la culture pour le grand public et elles peuvent mener à la disparition de nombreuses initiatives locales. Cette politique budgétaire réduit la diversité culturelle et l’innovation, et accentue la précarité des emplois dans le secteur culturel.

Or il importe d’avoir conscience qu’il faut des années pour nourrir des talents artistiques, et des restrictions budgétaires ont donc des impacts à long terme. Elles privent les générations futures de l’occasion de découvrir et de développer ses talents. La société dans son ensemble se trouve ainsi privée d’espaces de réflexion, de créativité et de dialogues essentiels à son propre développement.

Pour sa part, Tim Houston se contente de répéter des clichés en affirmant que les responsables des arts sont appréciés, que l’art et la culture constituent une grande partie de ce qui rend sa province spéciale. Il y voit une grande raison pour laquelle les gens veulent vivre en Nouvelle-Écosse et que beaucoup d’autres veulent y vivre.

Il nous reste à voir quelle attitude le gouvernement du Manitoba prendra vis-à-vis les arts et la culture. Nous avons eu droit au phénomène des portes tournantes au ministère responsable de la culture, ce qui rend toute continuité difficile. Dans les gouvernements de Brian Pallister et de Heather Stefanson entre 2016 et 2023, nous avons connu quatre différents ministres. Depuis l’élection de Wab Kinew, Glen Simard a occupé le poste pendant 13 mois, et Nellie Kennedy lui a succédé en novembre 2024.

Nous en saurons plus long lorsque le gouvernement déposera son budget le 24 mars.