Par Laëtitia KERMARREC.

Dans notre corps, nous possédons plusieurs types de tissus adipeux, ou tissus gras, qui servent notamment de réserve énergétique. On distingue principalement le tissu adipeux blanc du tissu adipeux brun. Ce dernier est particulièrement abondant chez le nourrisson, notamment au niveau de la nuque, entre les omoplates, autour des reins, des glandes surrénales et des gros vaisseaux sanguins, de même que dans les aisselles.

Ce tissu gras spécifique est capable de produire de la chaleur lorsqu’il est activé par le système nerveux sympathique, protégeant ainsi l’organisme contre le froid (1). Cette capacité s’explique entre autres par sa grande richesse en mitochondries, organites essentiels au fonctionnement énergétique des cellules (1).

En grandissant, la quantité de tissu adipeux brun diminue progressivement et est en grande partie remplacée par du tissu adipeux blanc, qui ne possède pas de fonction thermogénique. Cependant, contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, nous continuons d’en avoir à l’âge adulte (2), et l’ampleur de ce « remplacement » varie selon les individus.

S’adapter au froid, jusque dans les générations suivantes

En effet, les habitants des régions froides, comme le Canada, conservent en moyenne davantage de tissu adipeux brun à maturité que les populations vivant dans des climats plus chauds. Bonne nouvelle toutefois pour ceux qui décideraient de déménager dans un pays froid à l’âge mûr : ce phénomène est réversible.

Précisément, des recherches récentes ont montré que des adultes ayant perdu une grande partie de leur tissu adipeux brun peuvent en réactiver l’activité ou en développer à nouveau grâce à une exposition répétée au froid (2, 3). Il s’agit d’un mécanisme d’adaptation physiologique permettant au corps d’augmenter sa capacité de production de chaleur, notamment par l’induction de la prolifération des adipocytes bruns.

Fait encore plus remarquable, cette adaptation ne se limite pas à l’individu exposé : elle peut également être transmise à la génération suivante, probablement par la lignée paternelle. Les descendants deviennent alors, eux aussi, plus résistants au froid.

(1) Voir Human Brown Adipose Tissue: What We Have Learned So Far, Matthias J Betz, Sven EnerBäck, Diabetes 2015.

(2) Voir Les mitochondries, trace vivante de notre rencontre avec les bactéries, essentielles à notre santé dans La Liberté du 11 au 17 mars 2026.

(3) Voir Cold-activated brown adipose tissue in healthy men, Wouter D van Marken Lichtenbelt et al., N Engl J Med. 2009.