Par Virginie FRERE – collaboration spéciale
Quelque part, une famille attend. Un village est menacé. Des vies sont en jeu.
Dans ces moments-là, Gregory Fritz-Németh de Friedenlieb enfile son uniforme, grimpe à bord d’un avion Hercules CC-130 et fait ce qu’il a choisi de faire depuis plusieurs années : aider.
« Je suis navigateur sur les CC-130 en recherche et sauvetage au 435e escadron à Winnipeg », résume-t-il d’emblée d’une phrase sobre.
Pourtant, derrière cette fonction se cache une responsabilité immense : planifier, guider et coordonner des missions aériennes sur l’un des territoires les plus vastes du pays, allant « de la frontière de la Colombie-Britannique et de l’Alberta jusqu’à Thunder Bay, et vers le nord, jusqu’au pôle Nord », et ce parfois dans des conditions extrêmes.
Né à Ottawa, Gregory Fritz-Németh de Friedenlieb grandit dans un environnement où l’engagement faisait déjà partie du quotidien.
Son père, officier des transmissions dans l’armée canadienne, lui lègue très tôt le goût du dépassement et du bénévolat.
« Il m’a beaucoup inspiré avec la vie militaire », confie-t-il.
Ce n’est toutefois pas uniquement l’uniforme qui l’attire, mais aussi le sens qu’il y voit : celui d’être utile aux autres.
À cela s’ajoute une autre figure marquante : l’astronaute canadien Chris Hadfield.
« En 2012, il m’a beaucoup inspiré à me joindre aux Forces armées canadiennes », se souvient Gregory Fritz-Németh de Friedenlieb. L’idée d’un service au pays, combinée à l’appel du ciel, commence alors à prendre forme.
Un parcours militaire assumé
En 2018, Grégory Fritz-Németh de Friedenlieb s’enrôle officiellement. Il rejoint le Collège militaire royal du Canada, à Kingston, où il entreprend un baccalauréat en génie mécanique.
Il gradue en 2022, avant d’enchaîner avec la formation spécialisée de navigateur au 402e Escadron, à Winnipeg. Dès le départ, il sait qu’il se destine à l’aviation : « C’était vraiment un choix personnel. Quand j’ai commencé le processus d’enrôlement, je savais déjà que j’allais être navigateur, aussi connu comme officier de système de combat aérien. »
Mais ce sont surtout pendant ses années au collège militaire que se précise sa vocation pour la recherche et le sauvetage.
En quatrième année, un membre du personnel, lui-même issu de ce milieu, partage avec les élèves des récits de missions sur le terrain.
« Il m’a beaucoup parlé d’histoires, des missions qu’il est allé, des familles et des vies des Canadiens qu’il a pu aider. »
Ces témoignages laissent une empreinte durable : plus que l’adrénaline, c’est l’impact humain qui touche le jeune officier.
« Honnêtement, c’était plutôt l’idée d’aider les Canadiens, d’avoir une aide directe avec la population. »
Un an plus tard, en novembre 2023, Gregory Fritz-Németh de Friedenlieb obtient ses ailes.
Il est ensuite muté au 435e Escadron de Transport et Sauvetage de Winnipeg, et est aujourd’hui capitaine depuis mai 2025.
Aider les autres
Pourquoi Winnipeg? Pour Gregory Fritz-Németh de Friedenlieb, le Manitoba offre une diversité unique de missions.
Contrairement aux escadrons côtiers, davantage sollicités pour des interventions maritimes, celui de Winnipeg intervient souvent lors de catastrophes naturelles, d’évacuations et d’opérations d’aide aux populations.
« Winnipeg reçoit plutôt des appels pour aider en mission humanitaire, je trouvais ça plus intéressant », explique-t-il. Au quotidien, le rythme est soutenu.
« On a toujours un avion prêt à partir 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 », décrit-il.
La semaine, deux équipages se relaient jour et nuit. Les fins de semaine, les délais de réponse varient de deux à douze heures.
Entre deux missions, l’entraînement est constant : vols vers Brandon, Regina, Dauphin ou ailleurs, simulations de scénarios complexes, répétition des gestes essentiels.
« Ça nous donne les occasions de pratiquer et de raffiner nos habiletés. »
À bord de l’avion, l’équipage compte généralement sept personnes.
« Il y a le capitaine de l’avion, les pilotes, l’ingénieur de vol, le navigateur, le loadmaster et les techniciens de recherche et de sauvetage », détaille Grégory.
Lui, comme navigateur, programme les trajectoires, les patterns de recherche, communique avec les centres de coordination et guide l’appareil. Une fonction stratégique, où chaque décision compte.
Parmi toutes les missions auxquelles il a participé, une reste gravée dans sa mémoire : les évacuations lors des récents feux de forêt.
« C’était ma première fois vraiment à aider le monde. On atterrissait et on embarquait le monde. »
L’émotion est encore palpable. « Ça m’a vraiment touché le cœur. Je pense que c’était le moment où je me suis dit : ça, c’est la job pour moi. »
Vouloir aider, depuis jeune
Cette capacité à se connecter aux autres, Grégory Fritz-Németh de Friedenlieb ne la développe pas uniquement dans l’armée.
Elle s’enracine plus tôt dans l’adolescence, au bord d’une piscine. Il commence le water-polo à l’âge de huit ans et le pratique pendant plus de dix ans.
À 16 ans, il devient entraîneur et découvre la transmission, la patience et la responsabilité envers les autres.
« J’ai beaucoup aimé ça aider les jeunes. Et je pense que j’avais toujours ce sens de vouloir aider les autres. », raconte-t-il.
Aujourd’hui encore, il est entraîneur bénévole au club Vortex de Winnipeg. Les entraînements ont lieu le soir et les fins de semaine, lorsque son emploi du temps militaire le permet.
« Ma priorité, c’est d’être officier dans les Forces armées canadiennes », rappelle-t-il.
À Winnipeg, l’officier a trouvé plus qu’un lieu de travail : une communauté.
« Il y a vraiment une grosse communauté francophone et j’aime beaucoup ça », dit-il. Lui qui a toujours vécu en français de l’enfance à l’université, il voit dans cette présence un moyen de redonner.
« Ça aide beaucoup d’inspirer les jeunes à trouver leur potentiel. »
Il s’implique aussi comme bénévole au Festival du Voyageur, renforçant son lien avec la culture francophone locale.
À court terme, Gregory Fritz-Németh de Friedenlieb ne se projette pas ailleurs que dans un avion Hercules.
« En ce moment, la job que je fais, je suis assez content de le faire et j’aimerais continuer. »
Quant à l’après-carrière, il n’y pense pas encore vraiment. Une chose est sûre : que ce soit depuis un cockpit ou au bord d’un bassin, l’envie d’aider, elle, ne disparaîtra pas.
