Par Michel LAGACÉ.

C’est une des raisons pour lesquelles les conseils municipaux successifs de Winnipeg hésitent grandement à augmenter ces impôts, particulièrement un an avant les prochaines élections.

On se souviendra qu’ils ont même été gelés de 1998 à 2012, faisant fi des besoins à long terme de la Ville. Ce manque de courage politique explique pourquoi la Ville de Winnipeg a renvoyé aux calendes grecques des décisions fondamentales sur les dépenses en infrastructures.

L’exemple le plus flagrant : le coût entier du Centre de traitement des eaux usées du North End avait été évalué à 795 millions $ en 2017 mais, après de longs retards, il s’élève maintenant à 3 milliards $. Et, en plus, la Ville a annoncé récemment que la capacité des égouts pourrait ne plus suffire pour soutenir de nouveaux développements résidentiels et industriels si la troisième phase du projet n’est pas achevée.

Concrètement, cela veut dire que la Ville est à moins de sept ans d’atteindre une limite de croissance, faute de ne pas avoir planifié le traitement des eaux usées. Les plans de croissance de Winnipeg sont donc confrontés à une échéance de 2032.

Il ne s’agit pourtant pas d’une crise soudaine et imprévisible. Le mouvement d’augmentation de la population est bien établi et la planification à long terme de la Ville prévoit le besoin de plus de logements, de développement industriel et d’infrastructures.

Un autre exemple : après 111 ans de service, le pont Arlington a dû être fermé en permanence en 2023 après de nombreuses réparations ponctuelles et des solutions de fortune qui ont réussi à prolonger sa vie de 80 ans au-delà des premiers appels à son remplacement.

Une évaluation technique avait révélé que la corrosion avait atteint un point où les réparations annuelles n’étaient plus viables. Dans ces deux cas, comme dans tant d’autres, la Ville n’a pas planifié le financement d’infrastructures majeures.

Elle s’est contentée d’augmenter les impôts fonciers le moins possible pour ne pas soulever ce qui est considéré comme l’opposition inévitable des contribuables.

C’est une stratégie à court terme qui a des conséquences désastreuses à long terme.

Quand le conseil de Ville va-t-il finalement prendre son courage à deux mains pour faire connaître clairement aux contribuables l’ampleur de ses besoins financiers et la justification de ses dépenses?

Et quand les contribuables vont-ils sérieusement évaluer ce qui leur est proposé?

Si chacune des parties répond honnêtement à la question posée, elles reconnaîtront que des hausses de taxes foncières sont parfois inévitables même si elles sont à priori considérées impopulaires.