Par Michel LAGACÉ.

Ce printemps, le gouvernement du Manitoba pourrait afficher un déficit de 1 661 millions $, soit plus du double des 794 millions $ prévus dans le budget déposé au printemps 2025. Il envisage maintenant des recettes de 24 500 millions $ contre des dépenses de 26 161 millions $ en 2025-2026.

C’est ce qu’annonçait le mois dernier le ministre des Finances, Adrien Sala, dans son rapport fiscal couvrant la période d’avril à septembre 2025.

Le ministre a attribué une partie de ce déficit supplémentaire, environ 174 millions $, à la sécheresse qui a provoqué la pire saison des incendies de forêts depuis une trentaine d’années. Et cette sécheresse a causé une perte additionnelle de 464 millions $ pour Hydro Manitoba, la société de la Couronne dont les résultats financiers font partie du budget provincial.

Les critiques ont ciblé les dépenses du gouvernement, laissant entendre que les déficits sont causés par son manque de discipline fiscale. Et il est vrai que le gouvernement ne semble pas disposé à revoir ses budgets et à réduire ses dépenses là où c’est possible de le faire.

Mais, curieusement, les critiques ne semblent pas s’intéresser aux revenus du gouvernement, alors que la mise à jour du ministre montre qu’il a surestimé ses revenus de 556 millions $.

Certes, le gouvernement doit assumer les conséquences politiques d’avoir surestimé ses revenus et d’avoir sous-estimé ses dépenses. Sa situation financière découle cependant d’une série d’événements négatifs qui touchent tout le pays; il est maintenant prévu que chaque province terminera l’année avec un déficit.

Les pressions sur les dépenses dans les domaines critiques comme la santé et les infrastructures jouent un rôle dans cette situation, mais la croissance économique plus faible que prévue cause des difficultés pour tous les budgets gouvernementaux.

Car c’est la croissance économique qui génère des revenus et qui est le plus important moyen pratique de réduire les déficits.

Au Manitoba, le gouvernement ne pourrait pas diminuer de manière substantielle cette récente augmentation de 867 millions $ du déficit sans démanteler les services les plus importants qu’il fournit, en commençant par la santé. Les déficits doivent donc être réduits ou éliminés par la croissance et non par l’austérité. Et le public n’a jamais manifesté beaucoup d’enthousiasme pour l’austérité.

C’est pourquoi les prochaines deux ou trois années s’annoncent difficiles.

En effet, la Banque du Canada a réduit en octobre dernier sa projection de l’augmentation du produit intérieur brut pour 2026 de 1,8 % à 1,1 % (1).

Il faudra donc que le gouvernement manitobain gère ses finances avec beaucoup de soin et fasse preuve de plus de réalisme dans ses projections.

Et il devra continuer à dépendre des paiements de péréquation du gouvernement fédéral. Car à la lumière de la guerre économique que les États-Unis livrent actuellement au Canada, il est particulièrement important que les Canadiennes et les Canadiens fassent preuve de solidarité dans les années à venir.

(1) Voir : Projections – Banque du Canada.